Cliquez ici pour afficher normalement la page (avec mise en forme et graphisme). Si ça ne fonctionne pas, vérifiez que votre navigateur accepte JavaScript et supporte les CSS. Nous vous recommandons un navigateur respectant les standards, tel que : Google Chrome, Firefox, Safari…

Vous êtes ici : accueil > bouddha > dispute des moines
résumé de la page

Pour un détail insignifiant, deux moines se disputent. Rapidement, de nombreuses personnes se mettent du côté de l’un ou de l’autre, donnant une immense ampleur à l’affaire.

Bouddha tente de raisonner tout le monde, mais chacun s’accroche tant sur ses convictions que personne ne l’écoute. Déçu, il part seul pour la forêt…

la dispute des moines

L’éclatement du conflit

Trois dāyaka du royaume de Kosambī offrirent un monastère chacun à Bouddha et au saṃgha, auxquels ils donnèrent leurs noms respectifs : Ghositā – où était alors établi Bouddha –, Kukkuṭā et Pāvārikā. Dans le monastère Ghositā demeuraient également un mahāthera spécialiste du vinaya, et un mahāthera spécialiste du dhamma, ainsi que leurs nombreux disciples, au nombre de cinq cents chacun.

Un jour, le vénérable spécialiste du dhamma alla aux toilettes et laissa de l’eau dans l’écuelle destinée à se laver après utilisation des toilettes.

Remarque : Bouddha établit de très nombreux points à observer pour les moines. Lorsqu’ils sont transgressés, certains engendrent une grande faute ; d’autres une faute moyenne, d’autres une petite faute. Les plus petits points, eux, n’occasionnent pas de faute lorsqu’ils ne sont pas respectés, ils sont seulement des points que chaque moine est tenu d’observer, ou tout au moins de s’y entraîner. Le point concernant l’écuelle des toilettes ne constitue pas une faute, mais seulement un manquement qui compte parmi les points les plus mineurs de cette dernière catégorie.

Allant à son tour aux toilettes, le vénérable spécialiste du vinaya s’aperçut que l’autre vénérable laissa de l’eau dans l’écuelle. En sortant des sanitaires, il alla vers lui :

« Vénérable ! Sachez que vous avez commis un manquement au vinaya : un moine ne doit pas laisser d’eau dans l’écuelle des toilettes qui sert au rinçage après usage.

— J’ai omis de le faire, donc il n’y a pas de manquement, car cela n’était pas volontaire. »

Désapprouvant le prétexte, le moine spécialiste du vinaya s’en alla, sans rien ajouter. Lorsqu’il parvint auprès de ses disciples, il leur déclara, à propos du moine spécialiste du dhamma :

« Ce moine est très compétent pour enseigner le dhamma, mais il n’est visiblement pas capable de mettre correctement en application le vinaya. Il ne sait même pas aller proprement aux toilettes ! »

Quand les disciples du mahāthera spécialiste du dhamma entendirent cela, ils se fâchèrent, se retrouvant ainsi en conflit avec les disciples de l’autre mahāthera. Ils ne furent plus du tout en bons termes, ils ne s’adressèrent même plus la parole. Les dāyaka des deux moines spécialistes ne vénérèrent, ne parlèrent, n’offrirent et ne rendirent service plus qu’au moine avec lequel ils avaient le plus d’affinités, dédaignant totalement l’autre. À l’identique, les deva se divisèrent, les uns privilégiant l’un des deux mahāthera, et les autres préférant l’autre. Chaque fois que les deux mahāthera se croisèrent, ils ne se parlèrent pas, feignant s’ignorer l’un l’autre. S’ils s’adressaient une parole, ce ne fut que pour se disputer et se vociférer mutuellement de rudes remontrances. Si l’un parlait en présence de l’autre, ce dernier le réfutait violemment.

Quand Bouddha vit cela, il réunit tout le monde :

« Ô moines ! Ne vous fâchez pas ! Ne vous laissez pas envahir par la discorde ! Ne laissez pas le saṃgha s’altérer inutilement ! Efforcez-vous de ne développer que de l’amour et de la bienveillance les uns envers les autres !

— (Un moine intervint) Vénérable Bouddha ! Restez tranquillement absorbé en nibbāna, ne dites rien, ne vous mêlez pas de ce conflit, restez à part ! »

Bouddha répéta trois fois sa morale. Comme personne ne l’écouta, il enseigna deux jātaka (récits d’existences passées) :

« Autrefois, un chasseur attrapait des oiseaux avec un grand filet. Il y avait un groupe d’oiseaux, toujours les mêmes, qui restaient tout le temps groupé. Chaque fois que le chasseur lançait son filet sur les oiseaux, ils s’envolaient tous en même temps, soulevant alors le filet avant de s’échapper. Si bien que le chasseur ne parvenait jamais à en attraper un seul. Un jour, les oiseaux s’étaient pris dans une dispute. Le chasseur arriva et lança son filet. Les oiseaux étaient si fâchés qu’ils restaient au sol. Certains disaient :

“Qu’attendez-vous pour vous envoler ? Voulez-vous bien vous dépêcher un peu ?”

Les autres répondaient :

“Puisque vous parlez si bien, donnez donc l’exemple !”

Ils étaient tellement préoccupés par leur dispute qu’ils ne s’envolèrent même pas. Le chasseur put alors sans peine tous les attraper.

Autrefois, un souverain envoya ses hommes pour tuer le roi d’un autre royaume afin de se l’accaparer. Blessé à mort, le roi du royaume convoité agonisait, quand son fils arriva. En voyant que son père venait d’être victime d’un assassinat, il fut horrifié. Lorsqu’il lui en demanda la raison, le roi mourant, la lui expliqua. Alors que le fils fit serment de le venger en allant tuer lui-même le souverain malfaisant, son père eut encore le temps de lui faire une recommandation, avant de succomber :

“Ne faites surtout pas cela ! Cela ne ferait que perpétuer le mal, la vengeance engendre des guerres sans fin !”

Le fils du roi affirma qu’il obéira, mais lorsqu’il vit son père s’éteindre pour toujours, il ressentit une si forte haine, qu’il oublia aussitôt sa promesse. Il se précipita chez le souverain ennemi avec la ferme intention de le tuer. En arrivant dans son palais, lorsqu’il s’approcha du souverain, celui-ci était paisiblement en train de faire la sieste. Sur le point de lui enfoncer son épée dans le ventre, il hésita un instant, se remémorant le sage conseil de son père défunt. Il s’y résigna et repartit sur la petite des pieds. Comme le sommeil du souverain était très léger, il se réveilla d’un bond, interrogeant le jeune homme :

“Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?”

Le jeune homme lui avoua :

“Je suis le fils du roi que vous avez fait assassiner. Je suis venu ici pour venger mon père, mais finalement, je me suis rappelé de sa dernière recommandation. Il m’a dit de ne surtout pas le venger, car cela ne ferait que perpétrer indéfiniment le mal.”

Ému, le souverain regretta amèrement son geste. Il rendit au fils du roi défunt le royaume qu’il venait de dérober à ce dernier. »

Comme les autres moines ne daignèrent pas prêter attention aux paroles de Bouddha, il partit seul dans la forêt, s’isoler dans la tranquillité de la nature, à sept yūjanā de Kosambī, près du village de Pālileyyaka. Ce village était entouré d’une vaste forêt du même nom, dans laquelle il s’enfonça paisiblement.

L’éléphant Pālileyyaka

Lorsque Bouddha fut installé dans cette forêt, un éléphant vint vers lui. C’était un éléphant exaspéré de vivre dans son troupeau, qui demeurait en un lieu où la nourriture était insuffisante tant les bêtes étaient nombreuses. Las de demeurer à l’étroit parmi les autres éléphants qui vivaient chacun pour soi, sans respecter les autres, celui-ci avait préféré s’isoler seul dans un endroit paisible. Il partit sans prévenir les autres éléphants. Bouddha l’aperçut et pensa :

« À l’instar de cet éléphant qui n’a pas voulu rester avec les autres, je suis parti m’isoler dans la forêt. »

Quand l’animal vit le Bienheureux, il vint s’abaisser devant lui en signe de respect. Bouddha le nomma Pālileyyaka, du nom de la forêt. Il dit au pachyderme :

« Pālileyyaka ! C’est parce que j’ai été déçu des miens que je suis parti seul dans cette forêt, tout comme toi. »

L’éléphant était très serviable avec Bouddha ; il balaya les feuilles mortes devant lui, et lorsque le Bienheureux se dirigeait vers les villages voisins pour aller collecter sa nourriture quotidienne, l’éléphant lui portait son bol à l’aide de sa trompe. Pendant la nuit, il veillait sur lui. Parfois, il allait lui cueillir des fruits. Un jour, un singe aperçut l’éléphant Pālileyyaka prendre soin de Bouddha. Il décida alors :

« Moi aussi, je veux faire ma bonne action pour Bouddha. »

Il alla s’emparer d’une ruche, et après en avoir soigneusement retiré les abeilles une à une, il l’offrit au Bienheureux, qui la mangea entièrement. Heureux de son offrande, le singe hurla de joie en sautant comme un fou d’arbre en arbre. Manquant une branche, il tomba de si haut qu’il se tua sur le coup. En raison de son mérite, il renaquit dans le monde des deva.

La fin du conflit

Le temps passait et Bouddha resta durant tout le vassa dans la forêt de Pālileyyaka. À Kosambī, les gens se plaignaient de son absence. Les moines n’avaient toujours pas cessé d’être en conflit, les gens en eurent assez, ils ne venaient plus auprès d’eux. Comme ils décidèrent de ne plus du tout donner de nourriture aux moines, ceux-là finirent par vite se mettre d’accord et régler enfin le conflit une fois pour toutes. À la fin du vassa, les moines voulurent le retour de leur maître. Le Vénérable Ānandā partit à sa recherche, accompagné de ses disciples. À l’entrée de la jungle, le Vénérable Ānandā demanda aux moines de l’attendre. Il pénétra dans la forêt Pālileyyaka, et lorsqu’il s’approcha de Bouddha, il se fit charger par l’éléphant qui le prit pour un ennemi. Complètement apprivoisé par Bouddha, l’éléphant lui obéit lorsqu’il reçut l’ordre de laisser le Vénérable Ānandā tranquille. Après avoir raconté la fin du conflit à Bouddha, son cousin Ānandā lui indiqua que ses disciples attendaient à l’entrée de la forêt et qu’ils avaient très envie de le voir. Bouddha consentit à ce qu’ils vinssent tous vers lui. Chacun d’eux fut enchanté de revoir le Bienheureux, tous lui demandèrent de revenir à Kosambī. Comme il accepta, il s’apprêta à repartir avec tous les moines, mais l’éléphant Pālileyyaka les en empêcha avec sa trompe. Bouddha, qui comprit le souhait du pachyderme, indiqua aux moines :

« Il tient à vous faire un don, restons donc ici une nuit, nous retournerons à Kosambī demain. »

Pendant toute la nuit, l’éléphant alla cueillir de nombreux fruits dans la forêt, qu’il offrit le lendemain matin à tous les moines. Quand tous se mirent en route, l’éléphant tint à les accompagner. Bouddha lui expliqua que cela ne fut pas possible :

« Tu dois rester dans la forêt. Là-bas, il n’y a pas de place pour toi. Il y a beaucoup d’hommes, certains pourraient te faire du mal. »

L’éléphant fut tellement triste de voir partir Bouddha qui le laissait seul, qu’il mourut de chagrin. Il renaquit, à l’instar du singe, dans le monde des deva. Avant de parvenir à Kosambī, Bouddha croisa un messager qui vint lui faire part d’une invitation du dāyaka Anāthapiṇḍika — le donateur du monastère de Jetavana. Sans aller à Kosambī, Bouddha se rendit directement à Sāvatthi. Quand les moines qui furent à l’origine du conflit surent que Bouddha était au monastère de Jetavana, ils vinrent tous auprès de lui. Ces moines avaient provoqué tant d’agitation qu’ils avaient développé une mauvaise réputation jusqu’à de lointaines contrées. En les voyant, beaucoup de gens se mirent alors à les critiquer ouvertement. Les moines eurent tellement honte qu’ils n’osèrent pas relever la tête. Bouddha leur délivra un enseignement à l’issue duquel certains devinrent sotāpana, d’autres sakadāgāmi, d’autres encore anāgāmi et les autres arahant. Dans cet enseignement, il mit notamment en garde :

« Il faut s’associer avec le sage, il ne faut pas s’associer avec l’idiot. Si nous ne pouvons pas trouver de bons amis, il est mieux de rester seul. Il n’y a pas d’amitié bénéfique avec les idiots. »

infos sur cette page

Origine : ouvrage français

Auteur : Moine Dhamma Sāmi

Date : Janv. 2004

Mise à jour : 14 juin 2005