Cliquez ici pour afficher normalement la page (avec mise en forme et graphisme). Si ça ne fonctionne pas, vérifiez que votre navigateur accepte JavaScript et supporte les CSS. Nous vous recommandons un navigateur respectant les standards, tel que : Google Chrome, Firefox, Safari…

Vous êtes ici : accueil > extra > interviews > nonne nanda mālā
résumé de la page

Entrevues avec une nonne birmane, qui explique son choix et les conditions d’une existence tournée vers le Dhamma.

interview : la discipline des nonnes

Entrevue avec la nonne Nanda Mālā

Nonne en méditationDhammaDāna.org : Il n’y a pas de vinaya pour les nonnes (sīladhara ). Avez-vous néanmoins un code de discipline à respecter ?

Nonne Nanda Mālā : Nous pouvons observer les 8, les 9 ou les 10 préceptes, au choix, selon les capacités ou le souhait de chacune. Le 9e des 9 préceptes, c’est s’engager à développer mettā, l’amour bienveillant à l’égard de tous les êtres, chaque fois que possible.

DD : En dehors des 8, 9 ou 10 préceptes, avez-vous d’autres points d’entraînement à la conduite ?

NNM : Il peut y en avoir d’autres ; nous pouvons, si nous le souhaitons, et dans la mesure de notre capacité, pratiquer un ou plusieurs dhutaṅga. Néanmoins, nous ne pouvons pas pratiquer les 13 dhutaṅga. Du fait que nous sommes des femmes, seule la moitié d’entre elles nous est accessible. Il ne nous est pas permis de pratiquer les autres, car ils présentent des conditions trop difficiles pour une femme. Exemples : susānika dhutaṅga ou rukkhamūlika dhutaṅga. Pour āraññika dhutaṅga, une nonne n’est pas autorisée à demeurer seule dans la forêt, car elle serait trop exposée aux dangers. En revanche, des nonnes en groupe sont autorisées à pratiquer ce dhutaṅga.

À l’instar des moines (bhikkhu), les nonnes n’ont pas toutes les mêmes dispositions. Certaines s’investissent dans l’étude des textes, d’autres dans la méditation, d’autres encore, dans la pratique des dhutaṅga, chacune selon ses compétences. Certaines nonnes ont comme seule idée de pratiquer sans relâche jusqu’au stade d’arahant. Certaines sont très habiles dans le pariyatti, d’autres dans le paṭipatti. Celles qui sont très disposées au paṭipatti ont une tendance naturelle à observer facilement les phénomènes qu’elles perçoivent. De ce fait, elles sont enclines à pratiquer les dhutaṅga. Par contre, les nonnes qui ne parviennent pas à distinguer les phénomènes perçus n’ont pas la capacité de pratiquer les dhutaṅga.

Nonne étudiant un livreIl y a des nonnes qui étudient les textes, qui apprennent par cœur des extraits de la parole de Bouddha, qui sont très passionnées par l’étude du dhamma. Elles sont très attelées à développer continuellement des kusala. Certaines nonnes s’entraînent à purifier leur sīla en observant les 9 ou 10 préceptes, en pratiquant les dhutaṅga, en s’abstenant de manger de la viande, et ainsi de suite. Elles essaient, au maximum de leurs capacités, de développer du mérite. Il y a aussi des nonnes qui, appréciant la solitude, demeurent seules dans leur chambre. Certaines veulent être très compétentes dans la connaissance des textes, certaines donnent des enseignements (aux nonnes et aux laïcs) pour faire connaître le dhamma.

Deux nonnes sous leur ombrelleIl m’est arrivé de rencontrer des nonnes qui appliquent le vinaya des bhikkhunī. J’ai beaucoup de respect pour ces nonnes. Moi-même, d’ailleurs, j’aurais voulu être bhikkhunī (si cela existait encore) et j’ai l’intention, un jour, de suivre cette discipline. De même, je pratique des dhutaṅga chaque fois que j’en ai l’occasion (comme le fait de se limiter à un seul repas par jour et de manger à l’aide d’un seul récipient). Par contre, si ma santé n’est pas bonne, je me contente d’observer les 8 préceptes, en étudiant et en effectuant un travail missionnaire (pour porter la connaissance du dhamma aux autres).

Nonne en plastique portant un plateau sur la têteDD : Les nonnes vont-elles aussi parfois collecter leur nourriture quotidienne dans les zones habitées (comme le font les moines) ?

NNM : Oui, mais pas tous les jours, car le gouvernement autorise les nonnes à ne le faire que deux fois par semaine ; les deux jours qui précèdent chaque jour de lune (ce qui fait exactement 8 fois par lunaison).

File de nonnesDD : Pourquoi ne sont-elles pas autorisées à aller collecter la nourriture tous les jours ?

NNM : Parce que beaucoup d’entre elles, ont une tendance à l’avidité. De ce fait, elles passeraient leurs journées à ne faire que ça. Elles n’auraient ainsi plus beaucoup de temps à consacrer à la pratique et à l’étude du dhamma. Beaucoup de nonnes sont des femmes qui ont été mariées, qui ont connu la vie familiale. Ainsi, habituées à se promener longtemps à l’extérieur, elles auraient facilement tendance à passer du temps à faire leur collecte. S’il en était ainsi, la dévotion des gens aurait rapidement tendance à s’estomper. C’est pourquoi, suite à la demande du gouvernement, l’organisation nationale du saṃgha a publié un livre officiel dans lequel apparaissent tous les points que les nonnes sont tenues de respecter. Notamment, il est précisé qu’elles ne doivent aller collecter la nourriture que deux fois par semaine, et s’entraîner à la pratique et à l’étude du dhamma.

Nonne reçevant du rizDD : Pourquoi les moines, quant à eux, sont-ils autorisés à aller tous les jours chercher leur nourriture ? Ne font-ils jamais preuve d’avidité ?

NNM : Leur discipline est beaucoup plus stricte. Entre autres, ils ne sont pas autorisés à cuisiner leur repas eux-mêmes (ni à accepter de l’argent). Certains, les plus chanceux — grâce à leur kusala antécédent (nombreuses actions méritoires effectuées auparavant), bénéficient chaque jour d’un repas offert sur place. Pour la grande majorité, la collecte quotidienne est le seul moyen de subvenir à leurs besoins.

On ne peut pas comparer la vie de moine avec la vie de nonne. On peut néanmoins la comparer avec la vie de moniale (bhikkhunī). Les moniales avaient, tout comme les moines, une discipline monastique très aboutie, mais cette vocation s’est éteinte depuis longtemps déjà. Le saṃgha masculin connaîtra tôt ou tard le même sort. Cela ne fait que depuis peu que les nonnes sont en grand nombre. Je pense que c’est aussi pour cette raison qu’elles ne constituent pas un véhicule solide pour la propagation (et préservation) du sāsana. C’est pourquoi il y a moins de considération pour leur statut.

Nonne cuisinantDD : Deux fois par mois, les moines se réunissent pour écouter le pātimokkha, chaque jour de lune, les novices (sāmaṇera) reprennent les 10 préceptes. De la même façon, les nonnes ont-elles un rappel régulier à propos de leur conduite à suivre ?

NNM : Pas tout à fait. Disons que la plupart des nonnes s’appuient sur les jours de lune en se disant : «  Aujourd’hui, c’est un jour de lune, profitons d’un tel jour pour s’efforcer de développer un maximum de kusala !  » ou «  observons une conduite pure !  » etc. Si certaines nonnes ont tendance à développer facilement de la colère, elles saisissent cette occasion pour s’efforcer de s’en abstenir. Mais tout cela ne fait pas – contrairement aux moines – l’objet d’une procédure établie. C’est seulement en fonction de la dévotion de chacune. Nous ne sommes pas non plus tenues de reprendre régulièrement nos préceptes. C’est à chacune de faire comme bien lui semble.

DD : Si un moine commet un pārājika, il perd son statut de moine, et si un novice transgresse l’un des cinq premiers des 10 préceptes, il perd son statut (jusqu’à reprise de ses préceptes). De la même manière, n’y a-t-il pas de fautes pour lesquelles une nonne perd son statut ?

NNM : Non, il n’y a aucune restriction sévère de ce genre concernant les nonnes. La vie de nonne permet essentiellement de développer des parāmī et des kusala en observant les 8 ou les 9 préceptes, et à purifier leur conduite (sīla).

Nonnes prenant leur repasDD : Comment devient-on nonne ? La volonté suffit-elle ?

NNM : Il faut vouloir être nonne. Il faut observer au minimum les 8 préceptes. Pour beaucoup de femmes qui font le choix de devenir nonne, c’est très difficile, parce qu’elles sont habituées à faire beaucoup de choses dont elles sont subitement tenues de s’abstenir. Pour certaines femmes, il est très difficile de passer des 5 aux 10 préceptes. Par exemple, du jour au lendemain, elles ne doivent plus écouter de musique, plus regarder de vidéos, plus manger le soir (renoncer à leur maquillage et à leurs bijoux).

Cette existence s’avère très difficile pour les nonnes qui n’ont qu’une faible dévotion pour la vie religieuse. Comme beaucoup de femmes sont attachées à leur chevelure, il est très dur pour elles de devoir se raser la tête lorsqu’elles prennent la robe de nonne. J’en ai souvent rencontré qui avait beaucoup de nostalgie envers leur existence laïque, certaines chantaient souvent et cela leur manquait amèrement. Les nonnes sont tenues de se lever à quatre heures le matin (dans la plupart des nonneries), ce qui est une difficulté de plus pour certaines.

Ainsi, beaucoup de femmes ont du mal à endurer cette existence. Par contre, d’autres qui ont plus de parāmī, ne rencontrent aucun inconvénient à mener cette vie.

Nonne jeune et nonne âgée

Propos en birman recueillis par le moine Dhamma Sāmi en février 2002

infos sur la page

Origine : interview

Questions & photos : Dhamma Sāmi (isi Dhamma)

Date : 2002

Mise à jour : 30 juin 2005