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09 - dhutaṅga āraññika

Signification du dhutaṅga āraññika

Le terme pali « āraññika » signifie « celui qui a l’habitude de demeurer dans un logement de campagne loin des villages », c’est-à-dire celui qui vit éloigné des zones habitées.

« ārañña » = « forêt (campagne) » ; « āraññika » = « celui qui demeure dans la forêt »

Lorsque cette pratique est convenablement appliquée, avec constance et diligence, avec la détermination de ne pas la rompre, on dit qu’il y a « āraññikaṅga » (état d’esprit du logement éloigné des zones habitées).

Adoption du dhutaṅga āraññika

Pour adopter ce dhutaṅga, il convient de prononcer la phrase suivante soit en pali, soit dans la langue de son choix…

En pali :

« gāmantasenāsanaṃ paṭikkhipāmi, āraññikaṅgaṃ samādhiyāmi. »

En français :

« Je renonce à demeurer dans un monastère situé près d’un village (à l’intérieur ou à proximité d’une zone habitée), je m’entraînerai à demeurer dans un monastère de forêt. »

Remarque : « village » est une traduction du mot pali « gāma », qui signifie aussi bien « village » que « ville ».

Les trois sortes de pratiquants du dhutaṅga āraññika

Selon les restrictions, il existe trois sortes de pratiquants du dhutaṅga āraññika:

  1. ukkaṭṭha āraññika, le pratiquant noble du dhutaṅga āraññika
  2. majjhima āraññika, le pratiquant intermédiaire du dhutaṅga āraññika
  3. mudu āraññika, le pratiquant ordinaire du dhutaṅga āraññika

1. le pratiquant noble

Le bhikkhu pratiquant noble du dhutaṅga āraññika se détermine à demeurer et demeure dans un monastère de forêt (éloignée des zones habitées) tout le temps, durant les trois saisons de l’année que sont l’été (environ mars à juin), la mousson (environ juillet à octobre) et l’hiver (environ novembre à février).

2. le pratiquant intermédiaire

Le bhikkhu pratiquant intermédiaire du dhutaṅga āraññika peut demeurer les quatre mois de la mousson dans un monastère situé à l’intérieur ou près d’un village, bien qu’il demeure durant tout l’hiver et tout l’été dans un monastère de forêt (éloignée des zones habitées).

3. le pratiquant ordinaire

Le bhikkhu pratiquant ordinaire du dhutaṅga āraññika peut demeurer les quatre mois de la mousson et les quatre mois de l’hiver dans un monastère situé à l’intérieur ou près d’un village, bien qu’il demeure durant tout l’été dans un monastère de forêt (éloignée des zones habitées).

Les avantages du dhutaṅga āraññika

En pratiquant le dhutaṅga āraññika, on peut bénéficier des avantages suivants…

1. Développement de la concentration.

2. Entretien de la concentration.

3. Bouddha a beaucoup de considération pour les bhikkhu qui demeurent dans un monastère de forêt.

4. Absence de sources de distraction enclines à dissiper le mental.

5. On est épargné de frayeurs.

6. On est débarrassé du risque de s’attacher à une personne.

7. On a l’esprit libre de désirs sensuels.

8. Sur la base de ce dhutaṅga, les douze autres dhutaṅga sont faciles à adopter.

Remarque : seule la pratique d’un dhutaṅga permet d’en comprendre véritablement les avantages.

La manière de rompre le dhutaṅga āraññika

Dès l’instant où, sans raison valable, un individu pratiquant du dhutaṅga āraññika ne demeure pas « en forêt » au moment de l’aube, il brise son dhutaṅga.

Si un bhikkhu se rend dans un village pour écouter un enseignement et, bien qu’en rentrant tout de suite à l’issu de cet enseignement, ne se trouve pas encore « en forêt » au moment de l’aube, il ne brise toutefois pas son dhutaṅga. En revanche, si après l’enseignement, il prend un peu de repos avant de retourner dans la forêt, et qu’il n’est pas encore « en forêt » au moment de l’aube, il brise son dhutaṅga.

La façon de considérer un lieu « en forêt »

Celui qui souhaite pratiquer le dhutaṅga āraññika devrait préalablement étudier l’endroit où il pense s’installer. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra s’assurer de la complétude des conditions pour sa pratique. Les Écritures sont pourvues de nombreuses explications sur la façon de considérer un tel endroit.

Dans le pārājika 2, on trouve la définition suivante :

« Un monastère de forêt est un monastère situé dans n’importe quel autre endroit que dans un village ou près d’un village. »

Dans l’abhidhamma, il est dit :

« Un lieu “en forêt” correspond à tout endroit situé en dehors du pas de porte d’entrée d’une maison située à l’extrémité d’un village. »

Dans le vinaya, nous trouvons encore :

« Un “monastère de forêt” est un monastère situé à au moins 500 longueurs d’arc (courbé) depuis le pas-de-porte d’entrée d’une maison située à l’extrémité d’un village. »

Dans le « visuddhi magga », il est précisé que l’on considère l’éloignement minimal d’un « monastère de forêt » depuis un village à partir du pas de porte d’entrée d’une maison située à l’extrémité de ce village, s’il s’agit d’un village sans rempart (muraille, clôture, etc.) ; et à partir du rempart dans le cas d’un village qui en est pourvu.

Les quatre facteurs nécessaires au dhutaṅga āraññika

Si un bhikkhu souhaite pratiquer le dhutaṅga āraññika, il doit, avant cela, s’entraîner au développement des quatre facteurs nécessaires à la résidence en monastère de forêt. Voici ces quatre facteurs :

  1. adoption complète d’un sīla (vertu) digne de celui d’un ariyā (ariyā sīla)
  2. adoption complète d’une tenue (comportement) digne de celui d’un ariyā (ariyaindriyasaṃvara)
  3. adoption complète d’un sati et d’un sampajañña (contemplation de tous les phénomènes physiques et mentaux de sorte à les connaître clairement) digne de celui d’un ariyā (ariyasatisampajañña)
  4. adoption complète d’une faculté à se contenter de sa situation, digne de celui d’un ariyā (ariyasantuṭṭhi)

Ce n’est que lorsque ces quatre facteurs sont pleinement remplis qu’il est envisageable de demeurer dans un « monastère de forêt » sans être à la merci de nombreux empêchements. Pour le bhikkhu qui ne remplit pas ces quatre facteurs, le fait de résider en forêt serait nettement plus nuisible que bénéfique. Un tel bhikkhu ne serait pas différent d’un vulgaire animal ou chasseur vivant dans la forêt.

Il est déjà arrivé que des deva, voyant des bhikkhu ne remplissant pas les quatre facteurs précités, se disent : « Quel avantage peut-il y avoir pour ce bhikkhu à adopter une si mauvaise pratique en forêt ? » Ensuite, pour dissuader de tels bhikkhu de rester dans la forêt, ces deva les font fuir à l’aide de perceptions effrayantes (visions, bruits, odeurs, etc.).

En demeurant dans la forêt (dans une zone inhabitée), le bhikkhu qui remplit les quatre facteurs précités bénéficie des conditions idéales pour progresser vers les réalisations qu’il n’a pas encore obtenues. Il devrait y demeurer jusqu’à parvenir à ces réalisations.

Si un bhikkhu ne trouve pas de souillure ou d’imperfection dans son sīla, il pourra être très satisfait et connaîtra aisément pīti (une joie profonde, non causée par les plaisirs sensoriels). Il sera en mesure de développer rapidement la connaissance directe de la réalité. Ayant une immense admiration pour de tels êtres, les deva vivant dans la forêt le féliciteront et feront connaître sa gloire dans les quatre directions et le protégeront. Il est impossible de connaître de tels bénéfices pour des bhikkhu vivant à l’intérieur ou proche d’un village. En effet, dans une zone habitée, on entend le cri des jeunes personnes, on entend de nombreux bruits, on voit de très diverses choses distractives. À cause de ces visions et de ces bruits, on peut facilement être tenté de se détourner du sāsana, de la vie monastique, de la voie de la Connaissance.

Le bhikkhu qui vit dans la forêt ne peut entendre que les sons produits par les lions, les léopards, les tigres, les singes, les oiseaux, etc. Il ne peut donc pas être perturbé par des bruits inconvenants, susceptibles d’endommager sa concentration ou de lui causer des attachements. Comme ce type de bruits est absent de la forêt, celui qui y demeure y bénéficie d’une véritable tranquillité, très bénéfique pour le développement de la concentration et de l’attention.

Les devoirs du bhikkhu qui réside en forêt

Le bhikkhu qui pratique le dhutaṅga āraññika doit remplir plusieurs tâches quotidiennes, comme le fait d’aller effectuer sa collecte de nourriture à l’aide de son bol. Ce n’est qu’ainsi que son devoir pourra être considéré comme complet. Seuls les bhikkhu qui sont complets dans leur devoir sont dignes de recevoir la vénération des humains et des deva.

Le matin, avant le réveil des corbeaux, le bhikkhu qui vit dans un monastère de forêt se lève et dès son réveil, il applique son entraînement de développement de kammaṭṭhāna (vipassanā ou samatha).

Lorsque le moment est venu d’aller effectuer la collecte de nourriture, le bhikkhu ferme convenablement sa robe, prend son bol et se rend dans un village alentour pour y recevoir son repas quotidien. Avant de partir pour le village, il range tout ce qui demeure à l’extérieur de son logement et ferme correctement la porte. Si le chemin qui conduit au village est rugueux, il peut l’emprunter avec des sandales aux pieds. Cependant, il doit les retirer et les laisser de côté) juste avant de franchir l’entrée du village. Il doit observer soigneusement tous les sekhiya. Il entre dans les maisons avec attention et tâche de se souvenir de son emplacement (pour pouvoir retrouver la maison d’un dāyakā qui l’invite à venir collecter la nourriture chez lui), il évite d’y entrer en dehors de la collecte ou d’un cas d’urgence. Il évite d’être trop lent ou trop rapide en entrant et en sortant des maisons. Quand il attend debout avec son bol, il ne stationne ni trop près ni trop loin de la maison. Il n’attend jamais trop longtemps devant une maison. Quand sa collecte est terminée, il ne va pas chez des gens, sans raison importante. Il ne gaspille pas son temps à bavarder. Il rentre sans tarder à son monastère dans la forêt.

Lorsqu’il rentre à son monastère de forêt, il effectue convenablement tous les travaux domestiques qui s’imposent, comme l’entreposage d’eau potable et d’eau d’emploi divers, ou du balayage. Quand il fait sombre, il allume des lampes à huile. Pour éviter tout danger causé par des animaux, il se munit d’un bâton pour se protéger. Il essaie de repérer l’emplacement des étoiles et les quatre directions (sud, est, nord, et ouest) pour ne pas se perdre. Il fait attention au calendrier (pour les jours d’uposatha, etc.)

Si un bhikkhu qui vit en monastère de forêt a un instructeur ou un précepteur en mauvaise santé et que le monastère ne reçoit pas de médicaments (ou de matériel médical susceptible de soigner ce dernier), il doit le conduire dans un monastère de village, où il pourra facilement bénéficier des soins nécessaires. En faisant ainsi, le bhikkhu pratiquant du dhutaṅga āraññika doit quitter le monastère de village avant l’aube de façon à être parvenu dans la forêt au moment de l’aube. Si l’état de santé de son instructeur ou précepteur s’est empiré, il doit rester dans le monastère de village pour seulement s’occuper de lui. Dans ce cas, pas d’inquiétude pour son dhutaṅga. L’état d’esprit étant l’élément essentiel, le dhutaṅga n’est pas brisé.

Encouragement au dhutaṅga āraññika

Bouddha approuve particulièrement les bhikkhu qui demeurent dans la forêt, l’esprit tranquille. Lorsqu’on demeure seul dans un monastère de forêt, le corps connaît le calme, la sérénité. Le mental n’a pas l’occasion d’entendre des mauvais sons ou choses. On peut parvenir facilement à la réalisation du dhamma. On a une paix telle que même le roi des deva ou celui des brahmā n’est pas en mesure de connaître.

Pendant une guerre, protégée par les armures de ses soldats, et grâce à la complétude des quatre caractéristiques guerrières, une armée peut vaincre aisément l’armée ennemie. De la même manière, protégé par l’armure du dhutaṅga paṃsukūla, le bhikkhu qui pratique le dhutaṅga āraññika peut, grâce à la complétude des quatre facteurs nécessaires à la pratique de ce dhutaṅga, vaincre aisément les kilesā.

infos sur cette page

Origine : Ouvrage en birman

Auteur : Moine Devinda

Date : 2001

Traducteur : Moine Dhamma Sāmi

Date de traduction : Janv. 2004

Mise à jour : 18 juin 2005