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résumé de la page

La place des moines dans le dhamma, leur rôle face aux laïcs.

Parallèlement, les laïcs ont aussi un rôle à accomplir dans le dhamma. S’ils n’ont pas de règles monastiques à observer, ils ont – outre les préceptes – une certaine forme de respect à avoir envers les moines.

Discours à propos des moines

À propos des moines

Je voudrais vous dire quelques mots sur ces créatures étranges dont vous avez (peut-être) constaté l’apparition ces dernières années dans les pays occidentaux, qu’on appelle… les moines.

Le moine du theravāda est quelqu’un qui occupe une place assez particulière dans l’enseignement de Bouddha. Il en est le véhicule, il en est le principal agent de transmission. En ce sens, on peut dire qu’il en est l’incarnation. Le moine n’est pas quelqu’un qui vit un mode de vie tout à fait ordinaire et habituel. De par les choix qu’il a fait, il est censé se consacrer essentiellement à l’étude, à la pratique et bien entendu, à la réalisation de l’enseignement de Bouddha.

Aujourd’hui, les moines sont tout ce qui nous reste de Bouddha car lui, est mort, il n’est plus là. Si aujourd’hui nous voulions rencontrer Bouddha nous n’y parviendrions pas. Par contre, nous pouvons écouter l’enseignement donné par les moines, dès lors qu’il est juste et conforme à la parole de Bouddha. Nous pouvons respecter les moines, savoir garder la distance qui s’impose, les regarder non pas comme des divinités incarnées mais comme des êtres qui, de par leur choix et leur engagement total, sont précieux, sont respectables. Bien entendu, nous pouvons aussi mettre en application leur enseignement. Tout cela est ce qui permettra de « rencontrer » Bouddha. Bouddha dit : « Qui voit mon enseignement me voit. »

Aujourd’hui, nous avons les « écritures », et si nous avons ces écritures, c’est grâce au travail des moines. Bien entendu, cela est aussi grâce au support considérable des laïcs qui les ont nourris, qui leur ont donné leurs robes, qui leur ont donné leur abri, qui leur ont donné leurs médicaments. Car il serait erroné de croire que le theravāda n’est qu’une affaire de moines. Le moine est en quelque sorte le professeur, le professionnel. C’est lui qui fait tout le travail. Il étudie, il pratique, il enseigne. Les laïcs, sont censés eux aussi, bien entendu, essayer d’étudier, de pratiquer et de réaliser. Mais, pour diverses raisons, d’obligations familiales ou professionnelles, ils continuent de mener une vie de laïc.

Un moine n’est pas un être supérieur à un laïc et un laïc n’est pas inférieur à un moine. Mais, le moine est quelqu’un qui véhicule, de par son respect de ses règles de discipline, de par son travail d’étude et de pratique, ce que nous avons aujourd’hui de reste de l’enseignement de Bouddha. En ce sens, il y a un minimum de respect et de distance à avoir envers eux.

De plus, un moine est quelqu’un qui est censé ne pas accepter de l’argent, de manipuler de l’argent et d’utiliser de l’argent (que ce soit pour son compte ou pour celui d’autrui). C’est-à-dire que le moine a ceci de particulier, qu’il ne peut pas véritablement se nourrir par lui-même. C’est très intelligent si Bouddha a mis cela en place et même de nos jours c’est encore valide et bénéfique…

Comment se comporter avec les moines ?

Le moine est celui à qui il faut apporter la nourriture. Parce que si on ne lui apporte pas la nourriture, il n’ira pas la chercher. Il est celui à qui on peut offrir des robes car si on ne lui offre pas des robes, il devra se contenter de quelques guenilles ramassées ici et là. Il faut lui apporter un toit, un logement car si on ne lui apporte pas un toit et un logement, il ira vivre seul dans la forêt. Il faut lui apporter les médicaments nécessaires à sa santé car si on ne lui apporte pas les médicaments nécessaires à sa santé, il pourra tomber très malade et succombera.

En fait, on ne fait pas cela pour lui, personnellement. D’ailleurs Bouddha le dit bien :

« Ne faites pas de dons aux moines personnellement, ne faites pas de don à un moine en particulier, mais pensez lorsque vous donnez à un moine, qu’en réalité, vous donnez à l’ensemble des moines, que vous donnez à moi, que vous donnez à mon enseignement. » Car le but, l’intérêt et la fonction essentielle de soutenir les moines, c’est avant tout de préserver l’enseignement.

L’enseignement de Bouddha est avant tout une pratique. Le moine a sa pratique, le laïc a sa pratique. Sans les moines, les laïcs ne pourraient pas progresser dans leur pratique et sans les laïcs, il serait vain d’imaginer que les moines puissent le faire. S’il semble qu’il y ait des différences entre les moines et les lacïs, il y a en tout cas une chose qui les unis de manière inséparable et inéluctable : Ils ne pourraient rien faire les uns sans les autres.

Ainsi, il est important que les laïcs apportent un certain soutien aux moines s’ils souhaitent entendre leur enseignement. Et il est important que les moines remplissent leurs obligations.

Un jour, quelqu’un vint vers Bouddha et lui demanda : « Dans le fond, quelles sont les obligations d’un moine envers les laïcs ? » Bouddha lui a répondu : « Il doit observer strictement les règles de conduite (le pātimokkha) et il doit leur faire entendre les choses qu’ils n’ont encore jamais entendues. »

Voilà quelle est la conception que Bouddha donne du moine vis-à-vis du laïc. Respecter ses règles, c’est-à-dire avoir une conduite digne, une pureté d’être, de vie. Et leur enseigner ce qu’ils n’ont jamais entendu, c’est-à-dire leur donner les informations et les conseils qu’ils essayeront de mettre en application pour parvenir à leur tour, comme Bouddha le fit, à la libération et à la fin de la souffrance.

En fait, par certains aspects, on peut dire qu’un moine est quelque chose de précieux. Pour prendre un mot que l’on aime bien utiliser dans le monde moderne, la présence du saṃgha, est d’une certaine manière une véritable bénédiction. Néanmoins, cette présence n’est rien s’il n’y a pas des laïcs qui sont là, car en fait ce sont eux qui font tout. Ce sont eux qui offrent les robes, ce sont eux qui construisent les monastères ou qui les financent, ce sont eux qui vont travailler, qui vont gagner de l’argent, qui vont faire la cuisine et qui vont apporter à manger aux moines. Ce qui ne veut pas dire que le moine n’a rien à faire pour autant. Les laïcs sont ceux qui préservent l’enseignement, Bouddha le dit : « C’est grâce aux laïcs que mon enseignement est préservé. C’est à cause des manquements et des comportements des moines que mon enseignement est détruit. »

Ce sont les laïcs, qui permettent que l’enseignement de Bouddha soit connu du public, qu’il soit un achèvement qui puisse véritablement apporter aux êtres la libération. Ce sont les moines qui seuls, sont responsables de sa destruction et de sa disparition.

Ce sont les laïcs qui préservent l’enseignement et ce sont les moines qui le détruisent.

Ainsi, il est important de marquer à l’égard du moine une certaine distance et une certaine révérence. Néanmoins, ayons bien à l’esprit qu’un moine n’est pas une divinité, ni une sainteté, même s’il a atteint la pleine réalisation, et les laïcs ne sont pas des serviteurs. En contrepartie de quoi les laïcs sont ceux qui apportent la nourriture aux moines.

Lorsqu’un moine s’apprête à donner un enseignement, à rapporter la parole de Bouddha, il convient de marquer d’une certaine manière sa satisfaction à cet égard. On fait cela premièrement en se prosternant devant le moine avant qu’il ne commence son enseignement. On ne se prosterne pas devant l’homme. De toute façon, il cache son visage. Il n’existe pas, il n’est personne, on ne le connaît pas et demain il aura peut-être disparu. On se prosterne pour marquer un signe de respect devant tout ce qu’il représente. C’est-à-dire :

  • Bouddha, dont l’enseignement est arrivé à nos jours grâce à lui et à ses successeurs
  • le dhamma, l’enseignement lui-même
  • la communauté (saṃgha) de ceux qui se sont engagés disons, professionnellement (si l’on peut dire ainsi), à le pratiquer

Le moine est censé enseigner en gardant une voix totalement monocorde et sans extérioriser d’émotions particulières. Il est censé se contenter simplement de transmettre ce qui a été dit, de transmettre ce qu’il sait, de transmettre ce qu’il a connu, sans non plus, faire son propre enseignement, sans faire sa propre salade. Bouddha dit une fois : « Le moine qui enseigne n’enseigne pas son propre enseignement. Il ne donne pas non plus mon enseignement. Le moine qui enseigne relate simplement la réalité des faits. »

Une fois que le moine a terminé son enseignement, on peut alors marquer son signe de contentement en faisant comme cela se faisait traditionnellement du temps de Bouddha et de nos jours encore en Asie, en disant par trois fois le mot sādhu. Ce mot veut dire quelque chose comme : « Très bien ! » ou « Qu’il en soit ainsi ! » C’est juste une manière de montrer son contentement et certains auront peut-être remarqué que certaines personnes venant d’Asie le font en Occident.

Une fois que l’enseignement est terminé, que l’on a dit « sādhu ! », de nouveau, on se prosterne par trois fois pour marquer son respect envers Bouddha, le dhamma et le saṃgha. Ceci n’est pas seulement une tradition formelle et rituelle. Cela fait partie de ces petits détails, de ces petits plus, de ces choses qui permettent d’entretenir une relation simple et une relation saine entre les moines et les laïcs. N’oublions pas, les moines doivent vouvoyer les autres, ils doivent se vouvoyer entre eux et les laïcs doivent vouvoyer les moines, même s’ils venaient à être leur propre fils, leur propre frère ou leur propre père. Un moine n’est pas un camarade, ça n’est pas un copain.

Qu’est ce qu’un moine, qui est un moine en réalité ? Un moine, c’est absolument personne, un moine, ça n’est… Rien !

Pourquoi un moine se cache le visage pendant qu’il enseigne ?

Il y a plusieurs raisons à cela. La raison essentielle est qu’il est mieux pour l’auditoire de ne pas regarder celui qui fait son exposé afin de ne pas élaborer de jugements personnels sur sa beauté, sa laideur ou sur les expressions qui pourraient éventuellement naître sur son visage.

L’idée est que chacun reçoive l’enseignement, la parole de Bouddha, brut. Tel quel. Un peu comme si ça sortait d’un magnétophone. C’est la raison pour laquelle Bouddha insiste pour que les moines n’extériorisent, n’expriment absolument rien sur leur visage pendant qu’ils exposent et qu’ils parlent d’une manière parfaitement monocorde et monotone car ce qui est important, c’est uniquement ce qui est dit. Pas du tout l’environnement. L’une des manières de faire pour cela consiste donc à cacher l’orateur.

La meilleure manière d’écouter un enseignement c’est de fermer soi-même les yeux afin d’être plus concentré à ce qu’on entend. Ou éventuellement de poser son regard sur le sol, d’éviter de regarder autour de soi, pour ne pas réfléchir sur l’esthétique de ce que l’on voit.

infos sur cette page

Origine : Enseignement délivré (en français) à Pagan (Birmanie)

Auteur : Moine Sāsana

Date : 1999

Mise à jour : 18 juin 2005