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résumé de la page

Brève présentation de ce qu’est un moine, et de la signification de la tradition des offrandes de robes lors du kathina (fin du vassa).

La différence entre l’utilité de cette tradition et son aspect cérémonial est expliquée, ainsi que leurs origines.

La tradition d’offrandes de robes (kathina)

Enseignement disponible sur fichier audio

Je vais vous exposer en quelques lignes la signification de l’offrande de robes aux moines.

Il faut séparer deux choses ; la première, est la nécessité pour un moine, un bhikkhu de porter des robes, et la deuxième concerne tout le côté traditionnel, cérémonieux, parfois même un peu folklorique que de telles cérémonies peuvent prendre.

Le mot français « moine » est tout à fait adéquat. Cela vient du grec « monos », qui veut dire seul, un, l’unique, le solitaire. Le moine est celui qui fait le choix de vivre seul, de vivre solitaire ; dans une certaine solitude du corps, une solitude de l’esprit. Il est celui qui préfère renoncer à une vie de famille, une vie de travail, une vie de laïc pour pouvoir se consacrer plus pleinement, complètement à l’étude, à la pratique, à la mise en application de ce qu’il pense être bénéfique pour lui.

Il ne s’agit donc évidemment pas du tout d’un sacerdoce, il ne s’agit pas non plus d’une prise de vœux à vie. Simplement, celui qui, pour une raison donnée, déterminée ou indéterminée, souhaite faire cette expérience de la solitude, du célibat, peut le faire. Lorsqu’il pense que son expérience est suffisante, rien ne l’empêche, bien entendu, de déposer ses robes et de reprendre une vie de laïc, voire de prendre épouse et de fonder une famille.

Le plus souvent, c’est après avoir vécu une vie ordinaire de laïc, une vie de famille que certaines personnes arrivées à un certain âge, une certaine réflexion, une certaine maturité dans leur vie, une fois que leurs enfants ont grandi, qu’ils ont bien travaillé, qu’ils ont bien peiné, font le choix à ce moment-là, d’embrasser la vie de moine. La vie de moine est une vie extraordinairement libérale, et paradoxalement très libre. Le moine jouit vraiment d’une très grande autonomie et d’une très grande capacité à choisir lui-même la destination qu’il souhaite donner à sa vie.

Cela se fait dans un cadre, évidemment, mais un cadre qui n’est certainement pas rigide et dont la seule utilité est de structurer un minimum sa démarche pour que celle-ci ne soit pas complètement anarchique. Ce cadre, c’est un ensemble de règles dont le développement a été rendu nécessaire à cause du comportement de certains moines qui étaient particulièrement réprouvables. Bouddha a donc été obligé au fil du temps, au fil de ses quarante-cinq années d’enseignement, d’élaborer de plus en plus de règles. Il établit parfois des règles vraiment petites, presque insignifiantes, parce que certains moines avaient des comportements qui n’étaient pas tout à fait bien perçus, par d’autres moines ou par des laïcs.

Ces règles ne sont pas une camisole de force, ne sont pas un carcan, ni une prison. Ce sont simplement des moments d’attention que le moine essaye de développer dans son quotidien. Ce sont des repères. Ce sont des balises qui l’aident à se tenir, à être attentif et à être présent à ce qu’il fait. Elles contribuent aussi incontestablement, ou devraient contribuer si elles étaient bien appliquées, à présenter à la communauté des laïcs qui soutiennent les moines, qui les nourrissent, qui leur offrent les robes, qui leur donnent les médicaments, qui leur donnent tout ce dont ils ont besoin pour se sustenter, donner à ces laïcs l’image d’une communauté unie, cohérente, structurée et digne de recevoir ces offrandes.

Les robes sont parmi les quatre choses dont tout être humain a besoin pour vivre :

  • Il a besoin de vêtements
  • Il a besoin d’un toit
  • Il a besoin de médicaments quand il est malade
  • Il a besoin, bien sûr, de nourriture

Donc, le moine, qui ne s’engage pas dans une activité sociale ou dans une activité professionnelle, pour subvenir à ses besoins, a besoin pour cela, du recours des laïcs qui le soutiennent. Néanmoins, les laïcs ne sont pas des serviteurs et les moines ne sont pas des seigneurs, ou je devrais dire malheureusement ne devraient pas être des seigneurs. Le moine est celui qui vit dans la solitude, dans la simplicité, dans le renoncement. Cependant, cela ne fait pas de lui un spécimen asocial, reclus, perdu quelque part dans la montagne, égoïste, renfermé sur lui-même, pour autant. Encore que chacun est libre de vivre cela comme il l’entend.

L’idée est que, en s’abstenant de s’investir dans les activités ordinaires – je ne mets aucun sens péjoratif dans le mot ordinaire – le moine se rend paradoxalement plus disponible, en consacrant l’essentiel de son temps à comprendre cet enseignement, à comprendre finalement ce que j’appelle souvent le « schmilblick » du monde. C’est-à-dire qu’il va tenter de comprendre ce monde, son caractère oppressant dont il est intimement convaincu de l’existence.

Il s’agit aussi d’essayer, par les conseils qui ont été donnés par Bouddha, des conseils qui sont plus des conseils d’une hygiène physique et d’une hygiène mentale que des pratiques spirituelles ou des pratiques mystiques. Ce sont des conseils sains, efficaces, très pratiques, pour apprendre à gérer ces situations pesantes et pressantes du quotidien, voire peut-être pour arriver de manière ultime à finalement, s’en libérer complètement.

De nos jours, nous pouvons souvent participer à des cérémonies qui prennent des allures un peu formelles, un peu cérémonieuses, avec des récitations. Ce type de cérémonie peut être beaucoup plus informelle : Tout simplement lorsqu’on voit qu’un moine porte des robes usées ou trouées, une personne peut de sa propre initiative, aller lui acheter un jeu de robes et lui apporter sans qu’il y ait nécessairement de récitation ou quoi que ce soit. Toutefois, le monde étant ce qu’il est, les peuples étant ce qu’ils sont, il y a un besoin tout à fait naturel – d’ailleurs compris et anticipé par Bouddha – de la part des communautés, de la part des peuples, de se livrer à des choses qui prennent des aspects plus formels, plus cérémonieux. Bouddha n’a bien entendu, donné aucune contre-indication à la chose. C’est au moine à faire la part des choses. C’est à lui à comprendre ce qui se passe.

Ainsi, on offre des robes, avec une courte récitation qui accompagne l’offrande. Ensuite, comme cela se faisait beaucoup du temps de Bouddha, comme lui-même encourageait qu’on le fasse et comme cela se fait fort heureusement beaucoup dans certaines régions d’Asie, ceux qui ont participé à cela, qui pensent avoir fait quelque chose d’utile, d’avoir fait quelque chose de bénéfique, se disent qu’ils ne veulent pas garder ou conserver pour leur petit bien être personnel le bienfait de ce qui s’est passé.

Alors, l’idée est de se dire : « Puisse tout le monde (même ceux qui ne sont pas là) profiter du bienfait qui vient d’être fait. » À ce moment, on récite une sorte de dédicace, finalement, on essaie d’offrir le mérite, le bienfait de ce don, le bienfait d’avoir supporté la communauté des moines. On fait profiter de ce mérite à tous les êtres qui peuplent l’univers, même ceux dont on ne soupçonne pas l’existence (peu importe). C’est en fait ce que nous faisons lorsque nous versons de l’eau dans une coupelle pendant que des récitations sont prononcées. Ces récitations signifient en deux mots : « Puissent tous les êtres profiter, puissent tous les êtres bénéficier du bien qui vient d’être accompli par cette offrande. »

Ensuite, les moines récitent la parole de Bouddha. Ils ne récitent pas des formules magiques, ni des prières et il ne faut pas attendre des bénédictions de ces récitations. Pour aider les laïcs, pour aider ceux qui sont là à comprendre, pour les aider à avancer, pour les aider à s’émanciper progressivement de la pression, de la peine du monde, ils leur donnent des bons conseils. Et quoi de mieux que de répéter la parole de Bouddha ? Ainsi, ils répètent mot pour mot dans son dialecte maternel, la parole de Bouddha.

Généralement, d’une part, on énumère les appellations de Bouddha, qui est une manière de lui rendre hommage, une manière de le remercier d’avoir eu la bonté de nous communiquer cet enseignement et l’intelligence de découvrir ce qu’il a découvert. D’autre part, on récite traditionnellement une autre parole de Bouddha dans laquelle il encourage les êtres à pratiquer la bonté, la bienveillance, en toutes circonstances et en tous lieus, il encourage les êtres à développer des pensées de bonté à l’égard de tous les autres. En fait, il ne nous invite pas seulement à le faire à l’égard de tous les autres, mais à l’égard de soi aussi ; c’est-à-dire finalement, à l’égard de tous les êtres.

« Puissent tous les êtres, qu’ils soient éloignés ou proches, qu’ils soient grands ou petits, qu’ils soient visibles ou invisibles, qu’ils soient nés ou à naître, puissent-ils tous être en bonne santé, puissent-ils tous être heureux, puissent-ils tous être affranchis de la peine. »

infos sur cette page

Origine : enseignement (en français) délivré à Pagan (Birmanie)

Auteur : Moine Sāsana

Date : Nov. 1999

Mise à jour : 18 juin 2005