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résumé de la page

Présentation en quelques lignes des origines et de la transmission des Enseignements canoniques palis, qui constituent les textes les plus proches de la paroles de la Bouddha dont nous pouvons encore bénéficier aujourd’hui.

Canon Pali

L’ancien Canon

Le plus ancien canon bouddhique qui nous soit parvenu se compose de trois « corbeilles », piṭaka, entre lesquelles ont été répartis tous les textes qui s’étaient au préalable transmis par voie orale :

Origine : le premier concile

Une fois achevée la crémation de Gotama le Bouddha et distribuées ses reliques, la question de la pérennisation du Dhamma-vinaya, enseignés par le défunt Maître se posa d’autant plus fortement qu’un moine du nom de Subhadda avait déjà remarqué avec satisfaction qu’il ne risquerait plus d’être rappelé à l’ordre après la mort du Maître et qu’il pourrait agir comme bon lui semblerait. Le danger d’une rapide dégénérescence de l’héritage spirituel était bien réel. Comme les deux principaux disciples du Bouddha, Sāriputta et Mahāmoggallāna, étaient morts peu de temps auparavant, ce fut au Vénérable Mahākassapa, le troisième dans l’ordre de préséance, que revint la tâche de régler cette question. Il proposa de réunir un concile pour fixer le canon et reçut l’accord de la communauté. Il désigna un grand groupe de moines confirmés pour accomplir cette tâche et la communauté entérina ses choix.

Ces moines se rendirent à Rājagaha, la capitale du Magadha. Pendant un mois ils édifièrent des huttes puis ils mirent sept mois à établir le canon. Ceci eut lieu à la grotte de Sattapanni sur le mont Vebhāra. Le Vénérable Upāli récita le Vinaya, et le Vénérable Ānanda le Dhamma (il n’était pas encore question d’une troisième corbeille).

Upāli était certainement un moine éminent pour qu’on lui eut confié la récitation du Vinaya. Pourtant, nous ne savons quasiment rien de lui, ce qui montre à quel point notre connaissance des premiers temps du bouddhisme reste fragmentaire. Quant au Vénérable Ānanda, il était réputé pour son excellente mémoire et pour les nombreuses années qu’il avait passées auprès du Maître en tant qu’assistant. Il avait donc été constamment présent auprès du Bouddha et témoin de ses actes et de ses conversations. Les moines présents lors de la psalmodie purent apporter des précisions et soulever des contestations. Quand toute l’assemblée était d’accord, le récit prenait place dans le canon qui, rappelons-le, était encore purement oral.

Peu après la fin de la recension, un moine du nom de Purāna vint faire sa collecte à Rājagaha avec ses disciples. Interrogé sur les récits fraîchement fixés, il ne les contesta pas, mais déclara préférer se souvenir de ce qu’il avait lui-même entendu du Maître.

À la suite du premier concile, des moines récitants furent chargés de mémoriser et de réciter le canon. Chaque génération le transmit à la suivante, assurant ainsi sa pérennité.

Les deuxième et troisième conciles

Cent ans plus tard, des innovations concernant la discipline monastique suscitèrent des débats, au point qu’un deuxième concile dut être convoqué à Vesāli afin de réciter à nouveau le canon et de régler ainsi les différends. Mais un schisme se produisit, ceux qui restèrent fidèles à l’ancienne tradition furent appelés theravāda alors que ceux, probablement majoritaires, qui optèrent pour les innovations prirent le nom de mahāsanghika. Par la suite, de nouvelles scissions eurent lieu chez les uns et chez les autres, donnant naissance à de nombreuses écoles, dix-huit selon les chroniques.

Plus tard, au IIIe siècle avant notre ère, sous le règne de l’empereur Asoka, de nombreux gourous prétendaient abusivement que leur enseignement personnel n’était autre que celui du Bouddha, et ces déclarations jetaient le trouble dans les esprits. Il devint nécessaire de réunir un nouveau concile, le troisième, qui se tint à Pātaliputta, dans le parc d’Asoka, vraisemblablement en 253 avant notre ère. Ce grand concile fut organisé selon la structure des trois « corbeilles » que nous connaissons aujourd’hui. À la suite de quoi, des missions furent envoyées dans neuf pays, dont le Sri Lanka.

La transmission au Sri Lanka

Ce pays avait été colonisé au siècle précédent par un certain Vijaya qui venait du nord de l’Inde. La langue et les coutumes de l’île ressemblaient fort à celles en vigueur dans la plaine du Gange. Devanampiyatissa, roi au Sri Lanka de 307 à 267 (avant notre ère), entretenait d’amicales relations avec l’empereur Asoka. Lors d’une partie de chasse à Mihintale, le roi rencontra Mahinda, le moine qui apportait l’enseignement bouddhique sur l’île. Ce moine était en outre un fils de l’empereur. Le roi ne tarda pas à se déclarer favorable au bouddhisme et fit construire pour Mahinda le Grand Monastère, avec ses neuf étages, à côté de sa capitale, Anurādhapura. On peut visiter encore aujourd’hui les vestiges de la ville et du monastère. Le roi reçut de l’empereur le bol du Bouddha, des reliques ainsi qu’un rejet de l’arbre bodhi sous lequel le Maître avait atteint la Réalisation. Cet arbre est toujours un but de pèlerinage.

Les commentaires du canon furent mis par écrit en langue cingalaise pendant le règne de ce roi.

Au Ier siècle avant notre ère, sous le règne du roi Vattagāmani (104-88), des troubles politiques firent craindre que les lignées de transmission ne s’interrompissent. Les dirigeants du Grand Monastère décidèrent de mettre par écrit les récits canoniques et firent réaliser ce travail loin de la capitale, au monastère Aluvihare, qui se visite encore aujourd’hui près de Matale, au nord de Kandy. On peut y voir comment les lettres étaient gravées au stylet sur des feuilles de talipot bien polies, comment les feuilles étaient encrées puis essuyées pour ne laisser l’encre que dans les lignes creusées par le stylet.

Sous le règne du roi Kutakannatissa (42-20), les chefs du Grand Monastère décidèrent, compte tenu de circonstances que nous ne connaissons pas, que l’entretien des textes et les prêches devraient désormais prendre le pas sur la mise en pratique des instructions.

Dans les années 430 de notre ère, le Vénérable Buddhaghosa traduisit les commentaires cingalais dans la langue d’origine, langue que la tradition nomme magadhien, du nom du royaume du Magadha qui existait du temps du Bouddha avec Rājagaha pour capitale, et où se trouva plus tard Pataliputta, la capitale de l’empereur Asoka. On parle aujourd’hui généralement de pāḷi, bien que pour la tradition ce mot signifie texte canonique par opposition aux commentaires, atthakathā. Buddhaghosa traduisit en particulier le commentaire du Majjhima Nikāya, connu sous le nom de Papañcasūdanī, mais il avait auparavant composé le Visuddhimagga qui était une synthèse de tous les commentaires des textes canoniques. Il prit scrupuleusement soin de rapporter l’ancienne tradition qui s’était formée, rappelons-le, du vivant même de Siddhattha Gotama le Bouddha — mais qui avait pu se modifier jusqu’au IIIe siècle avant notre ère. Buddhaghosa donne rarement son opinion propre, et quand il le fait, il n’omet jamais de le mentionner.

L’ancien enseignement

Les récits du Majjhima Nikāya mettent en scène un maître indien dès le VIe-Ve siècles avant notre ère, Gotama le Bouddha, et sa communauté de moines qui s’appliquaient à suivre un enseignement que Gotama exposait de multiples façons, insistant tantôt sur tel aspect, tantôt sur tel autre, en fonction de ses interlocuteurs. Nous suivrons ici la présentation en sept étapes telle qu’elle est énoncée dans le Récit du relais de chars, et reprise dans le Visuddhimagga dont elle forme la structure.

Certaines idées répandues en cette lointaine époque peuvent déconcerter le lecteur d’aujourd’hui.

Par exemple, la pensée a une place fondamentale dans l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes, nous croyons que nous existons en tant qu’êtres humains dans la mesure où nous réfléchissons, nous donnons plus de poids aux pensées et aux raisonnements qu’à l’expérience directe, concrète. Et pourtant, dès que l’on pense, on s’écarte de la réalité perceptible, immédiate, on crée un écran mental qui voile plus ou moins le réel. Pour accéder à la réalité profonde, il faut arrêter les pensées conceptuelles, et c’est alors que l’on peut voir toutes choses clairement, lucidement.

On peut ainsi aborder la vie de façon élémentaire en la considérant comme une succession d’instants, tantôt agréables (sukha), tantôt désagréables (dukkha), tantôt neutres. Chaque instant recèle des éléments divers, certains physiques, d’autres non physiques. On peut observer la rencontre entre les cinq sens physiques et leurs objets, entre la faculté de connaître et les choses connaissables, et aussi connaître la connaissance elle-même. Tout demande à être scruté directement, dans l’instant, pas seulement imaginé intellectuellement.

Par ailleurs, nous accordons aujourd’hui beaucoup d’importance à l’individu ; la personne constitue une valeur essentielle pour nous. Il peut être déconcertant de lire dans les anciens textes que tous les éléments de l’expérience vécue sont impersonnels, mais rappelons-nous qu’il s’agit là de la perception (saññā) d’un contemplatif qui a déjà pénétré au cœur de l’instant présent au prix d’efforts soutenus et répétés. Il n’est pas surprenant que sa vision diffère autant de la nôtre.

Autre point surprenant : ce même contemplatif voit, entend, sent, goûte et touche, tout comme nous, mais n’imagine pas forcément des objets matériels vus, touchés, etc. Il les appréhende en revanche d’après leurs qualités, dureté-solidité, fluidité, chaleur et mouvements, qu’il dénomme terre, eau, feu et vent d’après les éléments qui les représentent le mieux.

En résumé, l’ancien enseignement en sept étapes permet de pénétrer par l’expérience ce que sont réellement la vie et l’être humain, puis de tirer les conclusions qui découlent de cette découverte.

Quelques mots sur le Papañcasūdanī

Le Papañcasūdanī, commentaire du Majjhima Nikāya, a été, sous sa forme actuelle, écrit par Buddhaghosa au Sri Lanka dans les années 430 de notre ère. Il reprend un plus ancien commentaire rédigé en cingalais. À vrai dire, Buddhaghosa n’a fait que traduire du cingalais en magadhien ce qu’il a trouvé tout prêt. Le commentaire en cingalais avait été mis par écrit au IIIe siècle avant notre ère, bien avant que les textes canoniques ne le fussent.

La Pali Text Society en a publié une édition critique, c’est-à-dire à partir de plusieurs manuscrits, dès 1922.

Que trouve-t-on dans le Papañcasūdanī ? Le Papañcasūdanī suit le texte du Majjhima Nikāya en l’expliquant mot à mot, ne négligeant rien, même pas les particules les plus insignifiantes.

Il explique dans quelles circonstances s’est produite telle ou telle scène et pourquoi telle ou telle chose fut dite.

Il donne des explications grammaticales.

Il définit les différents sens possibles de chaque mot et précise quel sens retenir dans chaque contexte.

Il ajoute des commentaires doctrinaux indispensables à la compréhension du texte.

Il les illustre au moyen d’anecdotes ou de petites fables.

Le commentaire se révèle ainsi une mine d’informations, souvent fort austères, parfois amusantes.

On comprend quel outil précieux le commentaire constitue pour la juste compréhension des textes.

Mais : le Papañcasūdanī ne répète pas une explication déjà donnée. Ainsi, le commentaire du énième Soutta suppose connues les explications fournies dans tous les Souttas précédents. Le lecteur qui étudierait ce énième sans avoir lu tout ce qui précède se retrouverait fort démuni.

Mais : les explications sont très détaillées au début, certes, mais de moins en moins abondantes au fur et à mesure qu’on avance dans les récits.

Mais : le commentaire renvoie souvent au Visuddhimagga pour ne pas avoir à répéter ce qui y est déjà dit. Visuddhimagga et commentaires forment un tout cohérent, indissociable des textes canoniques eux-mêmes et nécessaire à leur compréhension. On ne peut donc pas se passer d’une bonne connaissance du Visuddhimagga.

Au final, le Papañcasūdanī représente un nombre de pages à peu près égal à celui du Majjhima Nikāya lui-même.

Quelques mots sur le Visuddhimagga

Le Visuddhimagga fut composé dans les années 430 de notre ère, au Sri Lanka, par le Vénérable Buddhaghosa. Il constitue une synthèse des commentaires, dont la plupart ont eux-mêmes été retraduits du cingalais en pāḷi par le même auteur. Ce livre n’est pas un exposé philosophique, mais une description pragmatique des exercices pratiques qui permettent au pratiquant persévérant d’atteindre le but ultime. Il ne s’appuie pas sur des croyances, mais prône au contraire l’expérimentation directe dans la vie quotidienne comme dans la pratique contemplative. Le Visuddhimagga et les commentaires forment un tout cohérent, indissociable des textes canoniques eux-mêmes et nécessaire à leur compréhension.

Ce livre décrit les trois parties successives du chemin spirituel : un comportement extérieur et intérieur irréprochable, qui n’est rien d’autre qu’une cohérence totale de l’individu, en harmonie avec son environnement, une capacité de concentration intense, qui procure une bonne acuité de conscience, et une grande sagacité dans l’observation attentive des instants de conscience dont la succession forme la vie, et dans l’examen de leurs composants physiques ou psychiques, et des interactions entre eux. Autant de façons d’accroître la lucidité et la responsabilité.

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Date : 200?

Auteur : Christian Maës

Mise à jour : 25 févr. 2011