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MN 10 - satipaṭṭhāna sutta

Le récit de l’attention vigilante

Le pays des Kourous jouissait de bonnes conditions climatiques, et ses habitants, moines et laïcs, avaient une bonne santé physique et mentale qui les rendait aptes à comprendre des enseignements profonds. D’autres récits leur furent destinés, en particulier ceux de Māgandiya (n°75), de Gardechar (n°82) et de l’utilité de l’immobilité (n°106) pour ne mentionner que ceux du Majjhima Nikāya.

Ainsi ai-je entendu.

En ce temps-là le Bienheureux séjournait chez les Kourous. Un village des Kourous s’appelle Kammassadhamma. En cette circonstance le Bienheureux s’adressa aux moines :

— Moines !

— Oui, Maître, lui répondirent les moines.

Et le Bienheureux leur dit ceci :

— Elle est unique, moines, la voie qui conduit les êtres à la totale pureté, à la fin du chagrin et des lamentations, à la disparition de la douleur et de l’insatisfaction, à l’obtention de l’octuple Enseignement, à l’expérience directe du dénouement, autrement dit la voie des quatre vigilances (les quatre satipaṭṭhāna).

Quelles vigilances ? Ici, moines, un moine contemple le corps physique, seulement dans le corps physique(*), avec ardeur, sagacité profonde, vigilance, et en chassant la convoitise et l’insatisfaction relatives à ce monde. Il contemple le ressenti, seulement dans le ressenti, avec ardeur, sagacité profonde, vigilance, et en chassant la convoitise et l’insatisfaction relative à ce monde. Il contemple l’état d’être, seulement dans l’état d’être, avec ardeur, sagacité profonde, vigilance, et en chassant la convoitise et l’insatisfaction relative à ce monde. Il contemple les facteurs mentaux, seulement dans les facteurs mentaux, avec ardeur, sagacité profonde, vigilance, et en chassant la convoitise et l’insatisfaction relatives à ce monde.

Sans mélanger les choses contemplées.

Corps physique : inspirs-expirs, organes du corps, activités, éléments, etc.

Avec sagacité (pañña) : sans imaginer l’existence d’un moi-autonome.

Ce monde : le monde du corps physique.

Et comment le moine contemple-t-il le corps physique (kāya) dans le corps physique ? Ici, le moine va dans la forêt, au pied d’un arbre ou dans un habitat vide, et il s’assied. Il croise les jambes, redresse le corps et stabilise l’attention au-dessus de sa bouche. Vigilant, il inspire ; vigilant, il expire. Quand il inspire longuement, il sait : « J’inspire longuement ». Quand il expire longuement, il sait : « J’expire longuement ». Quand il inspire brièvement, il sait : « J’inspire brièvement ». Quand il expire brièvement, il sait : « J’expire brièvement ». Il s’exerce : « J’inspirerai en connaissant tout le corps ». Il s’exerce : « J’expirerai en connaissant tout le corps ». Il s’exerce : « J’inspirerai en apaisant les activités corporelles ». Il s’exerce : « J’expirerai en apaisant les activités corporelles ».

Quand un habile potier, ou un habile apprenti potier, fait tourner son tour longuement, il sait qu’il le fait tourner longuement. Quand il le fait tourner brièvement, il sait qu’il le fait tourner brièvement. De même, quand le moine inspire longuement, il sait : « J’inspire longuement »… et il s’exerce : « J’expirerai en apaisant les activités corporelles ».

Il contemple ainsi son propre corps physique, il contemple le corps d’autrui, il contemple tantôt l’un tantôt l’autre. Il contemple, dans le corps, les agents (dhamma) de l’apparition, il contemple les agents de la disparition, il contemple tantôt ceux de l’apparition et tantôt ceux de la disparition(*), ou il maintient la vigilance sur le fait qu’il s’agit seulement d’un corps, juste dans un but de connaissance, juste dans un but de vigilance. Il reste libre et ne s’attache à rien dans ce monde(**). Voilà comment le moine contemple le corps physique dans le corps physique.

* Il faut la poche, le tuyau et l’action adéquate du forgeron pour que le soufflet de forge attise le feu. De même faut-il les poumons, les narines et l’action mentale adéquate pour que se produisent les inspirs-expirs. Si l’un de ces facteurs est détruit, les inspirs et les expirs cessent.

** Il s’agit d’un corps et non d’un être. Le pratiquant n’a ni désir ni croyance, il ne saisit aucun des éléments contemplés comme moi, mien, soi ou sien.

De plus, moines, quand le moine marche, il sait avec sagacité : « Je marche »(*). Quand il se tient debout, il sait avec sagacité : « Je me tiens debout ». Quand il est assis, il sait avec sagacité : « Je suis assis ». Quand il est couché, il sait avec sagacité : « Je suis couché ». Ou il sait au fur et à mesure avec sagacité comment son corps physique est disposé.

Le mouvement de la marche est causé par l’élément vent que dirige l’action mentale. La marche n’est que le déplacement du corps physique mue par cet élément vent, le moine détruit ainsi la perception d’un moi-autonome qui marcherait. Il développe la sagacité en 4 points : la marche est-elle utile à sa pratique ? Les circonstances sont-elles favorables ? Comment maintenir l’attention sur l’objet de la pratique ? Comment percevoir que la marche ne représente pas l’action d’un être ?

Il contemple ainsi son propre corps… il contemple, dans le corps, les agents de l’apparition et de la disparition… ou il maintient la vigilance sur le fait qu’il s’agit d’un corps… et ne s’attache à rien dans ce monde. Voilà une façon de contempler le corps physique dans le corps physique.

De plus, moines, quand il avance ou recule, le moine agit en toute sagacité. Quand il regarde devant lui ou de côté, il agit en toute sagacité. Quand il plie ou étend les membres, il agit en toute sagacité(*). Quand il revêt la robe double ou (une autre) robe, quand il prend son bol, il agit en toute sagacité. Quand il mange, boit, mâche ou savoure, il agit en toute sagacité. Quand il urine ou défèque, il agit en toute sagacité. Quand il marche, quand il se tient debout, assis ou couché, quand il est éveillé, quand il parle ou se tait, il agit en toute sagacité.

Anecdote. Un vénérable conversait avec ses disciples quand il plia brusquement le bras. Il le ramena ensuite à sa position première avant de le plier lentement. Les disciples lui en demandèrent la raison, et le vénérable répondit : « Depuis que j’ai choisi l’objet de ma pratique, je n’avais jamais plié le bras en perdant de vue cet objet. Mais là, en parlant avec vous, je l’ai plié en perdant l’objet. Voilà pourquoi j’ai répété le mouvement, cette fois sans perdre l’objet.

Il contemple ainsi son propre corps… les agents de l’apparition et de la disparition… ou il maintient la vigilance sur le fait qu’il s’agit seulement d’un corps… et ne s’attache à rien dans ce monde…

De plus, moines, le moine contemple le corps physique depuis le bas, la plante des pieds, jusqu’en haut, la pointe des cheveux, limitée par la peau et pleine de saletés variées : « Il y a dans ce corps les cheveux, les poils, les ongles, les dents, la peau, la chair, les ligaments, les os, la moelle, les reins, le cœur, le foie, la membrane, la rate, les poumons, le tube digestif, l’attache du tube digestif, le contenu de l’estomac, les fèces, le cerveau, la bile, le flegme, le pus, le sang, la sueur, la graisse, les larmes, le sébum, la salive, la morve, la synovie et l’urine ».

Lorsque, moines, un sac à deux ouvertures est rempli de graines variées – paddy, haricots, fèves, sésame et riz –, un homme doué d’une bonne vue peut ouvrir ce sac et l’examiner : « Voici le paddy, voilà les haricots, voilà les fèves, voici le sésame, voilà le riz ». De même, le moine examine ce corps depuis le bas, la plante des pieds, jusqu’en haut, la pointe des cheveux, limitée par la peau et pleine de saletés variées : « Il y a dans ce corps les cheveux…

Il contemple ainsi son propre corps… les agents de l’apparition et de la disparition… ou il maintient la vigilance sur le fait qu’il s’agit seulement d’un corps… et ne s’attache à rien dans ce monde…

De plus, moines, le moine examine les éléments du corps physique telle qu’il est disposé, tel qu’il est agencé : « Il y a dans ce corps l’élément terre, l’élément eau, l’élément feu et l’élément vent ».

Un habile boucher, ou un habile apprenti boucher, peut abattre une vache, en disposer les morceaux au carrefour de quatre grand-routes et s’asseoir. De même, le moine examine les éléments de ce corps : « Il y a là l’élément terre, l’élément eau, l’élément feu et l’élément vent ».

Il contemple ainsi son propre corps… les agents de l’apparition et de la disparition… ou il maintient la vigilance sur le fait qu’il s’agit seulement d’un corps… et ne s’attache à rien dans ce monde…

De plus, moines, le moine compare son propre corps physique au cadavre qu’il voit gisant dans un charnier, mort depuis un jour, deux jours ou trois jours, gonflé, bleuâtre, suppurant : « Mon corps physique a la même nature, le même destin auquel elle ne peut échapper ». Il contemple ainsi son propre corps… les agents de l’apparition et de la disparition… il maintient la vigilance sur le fait qu’il s’agit seulement d’un corps… et ne s’attache à rien dans ce monde…

Il compare encore son propre corps au cadavre qu’il voit gisant dans un charnier, dévoré par les corbeaux, les gypaètes, les vautours, les chiens, les chacals ou différentes espèces de petits animaux : « Mon corps physique a la même nature, le même destin auquel elle ne peut échapper ». Il contemple ainsi son propre corps…

Il compare aussi son propre corps au squelette gisant dans un charnier, chaîne d’os reliés par des ligaments, tachés de sang, avec encore de la chair…

Il compare encore son propre corps au squelette gisant dans un charnier, chaîne d’os reliés par des ligaments, tachés de sang, sans plus de chair…

Il compare aussi son propre corps au squelette gisant dans un charnier, chaîne d’os encore reliés par des ligaments, sans plus de chair ni de sang…

Il compare encore son propre corps aux restes qui gisent dans un charnier, ossements détachés et dispersés dans plusieurs directions — ici un os de la main et là un os du pied, ici un os de la jambe et là un os de la cuisse, ici un os de la hanche et là le crâne…

Il compare aussi son propre corps aux restes qui gisent dans un charnier, ossements blanchis comme des coquillages…

Il compare encore son propre corps aux restes qui gisent dans un charnier, ossements empilés, vieux de plus d’un an…

Il compare enfin son propre corps aux restes qui gisent dans un charnier, ossements en décomposition, tombant en poussière : « Mon corps physique a la même nature, le même destin auquel elle ne peut échapper ». Il contemple ainsi son propre corps physique, il contemple le corps d’autrui, ou tantôt l’un tantôt l’autre. Il contemple, dans le corps, les agents de l’apparition, ceux de la disparition, ou tantôt les uns tantôt les autres. Ou il maintient la vigilance (sati) sur le fait qu’il s’agit seulement d’un corps, juste dans un but de connaissance, juste dans un but de vigilance. Il reste libre et ne s’attache à rien dans ce monde. Voilà comment le moine contemple le corps physique dans le corps physique.

Et comment, moines, le moine contemple-t-il le ressenti dans le ressenti ? Ici, moines, quand il y a un ressenti agréable (sukha), le moine sait en toute sagacité : « Le ressenti est agréable ». Quand il y a un ressenti désagréable (dukkha), il sait en toute sagacité : « Le ressenti est désagréable ». Quand il y a un ressenti ni agréable ni désagréable… un ressenti agréable pour un laïc… un ressenti agréable pour un moine… un ressenti désagréable pour un laïc… un ressenti désagréable pour un moine… un ressenti ni agréable ni désagréable pour un laïc… un ressenti ni agréable ni désagréable pour un moine, il sait en toute sagacité : « Le ressenti n’est ni agréable ni désagréable pour un moine ».

Il contemple ainsi son ressenti propre, le ressenti d’autrui, ou tantôt l’un tantôt l’autre. Il contemple, dans le ressenti, les agents de l’apparition, les agents de la disparition, ou tantôt les uns tantôt les autres. Ou il maintient la vigilance sur le fait qu’il s’agit seulement d’un ressenti, juste dans un but de connaissance, juste dans un but de vigilance. Il reste libre et ne s’attache à rien dans ce monde. Voilà comment le moine contemple le ressenti dans le ressenti.

Et comment, moines, le moine contemple-t-il l’état d’être dans l’état d’être ? Quand l’état d’être est teinté d’attachement, le moine sait avec sagacité : « L’état d’être est teinté d’attachement ».

Quand l’état d’être est dénué d’attachement, le moine sait avec sagacité : « L’état d’être est dénué d’attachement ».

Quand l’état d’être est teinté d’aversion…

Quand l’état d’être est dénué d’aversion…

Quand l’état d’être est teinté de confusion…

Quand l’état d’être est dénué de confusion…

Quand l’état d’être est engourdi…

Quand l’état d’être est dispersé…

Quand l’état d’être est agrandi (par une absorption extrasensorielle)…

Quand l’état d’être n’est pas agrandi…

Quand l’état d’être est plafonné (à la sphère sensorielle)…

Quand l’état d’être n’est pas plafonné…

Quand l’état d’être est intensément concentré…

Quand l’état d’être n’est pas intensément concentré…

Quand l’état d’être est délivré…

Quand l’état d’être n’est pas délivré, le moine sait avec sagacité : « L’état d’être n’est pas délivré ».

Il contemple ainsi son propre état d’être, l’état d’être d’autrui, ou tantôt l’un tantôt l’autre. Il contemple, dans l’état d’être, les agents de l’apparition, les agents de la disparition, ou tantôt les uns tantôt les autres. Ou il maintient la vigilance sur le fait qu’il s’agit seulement d’un état d’être, juste dans un but de connaissance, dans un but de vigilance. Il reste libre et ne s’attache à rien dans ce monde. Voilà comment le moine contemple l’état d’être dans l’état d’être.

Et comment, moines, le moine contemple-t-il les facteurs mentaux dans les facteurs mentaux ? Le moine peut contempler les facteurs mentaux sous l’angle des cinq obstacles.

Comment contemple-t-il les facteurs mentaux sous l’angle des cinq obstacles ? Ici, moines, quand il y a un élan sensoriel en lui, le moine sait avec sagacité : « Il y a en moi un élan sensoriel ». Quand il n’y a pas d’élan sensoriel en lui, il sait avec sagacité : « Il n’y a pas d’élan sensoriel en moi ». Il sait avec sagacité comment se produit un élan sensoriel(*). Il sait avec sagacité comment éliminer un élan sensoriel existant. Il sait avec sagacité comment empêcher que l’élan sensoriel éliminé ne réapparaisse plus tard.

Un élan sensoriel apparaît quand on s’attarde sur une chose perçue comme plaisante. On élimine l’élan sensoriel en s’intéressant au déplaisant, en s’y accoutumant, en gardant les portes des sens, en limitant convenablement la nourriture, en fréquentant des amis vertueux et en écoutant les explications adéquates. Seul l’accomplissement ultime empêche définitivement l’élan sensoriel de ne jamais réapparaître.

Quand il y a de l’aversion en lui, il sait avec sagacité : « Il y a de l’aversion en moi »…

Quand il y a de l’engourdissement ou de la torpeur en lui…

Quand il y a de l’agitation ou de l’inquiétude en lui…

Quand il y a de l’hésitation en lui…

Il contemple ainsi ses propres facteurs mentaux, ceux d’autrui, ou tantôt les uns tantôt les autres. Il contemple, dans les facteurs mentaux, les agents de l’apparition, ceux de la disparition, ou tantôt les uns tantôt les autres. Ou il maintient la vigilance sur le fait qu’il s’agit seulement de facteurs mentaux, juste dans un but de connaissance, juste dans un but de vigilance. Il reste libre et ne s’attache à rien dans ce monde. Voilà comment le moine contemple les facteurs mentaux sous l’angle des cinq obstacles.

De plus, moines, le moine peut contempler les facteurs mentaux sous l’angle des ensembles saisis(*). Comment le moine les contemple-t-il sous l’angle des ensembles saisis ?

Les ensembles (khandhā) en tant qu’ils peuvent être un objet de saisie et d’attachement.

Ici, moines, le moine observe : « Voici le physique, voici l’apparition du physique, voici la disparition du physique, voici le ressenti, voici son apparition, voici sa disparition, voici la perception, voici son apparition, voici sa disparition, voici les composants mentaux, voici leur apparition, voici leur disparition, voici l’état de conscience, voici son apparition, voici sa disparition ».

Il contemple ainsi ses propres facteurs mentaux…

De plus, moines, le moine peut contempler les facteurs mentaux sous l’angle des six portes personnelles et des six portes extérieures. Comment s’y prend-il ?

Il connaît avec sagacité l’œil, il connaît avec sagacité le visible et il connaît avec sagacité la chaîne(*) qui se forge à partir des deux, il sait avec sagacité comment se forge une nouvelle chaîne, il sait avec sagacité comment se brise une chaîne existante, il sait avec sagacité comment empêcher que la chaîne brisée ne puisse se reformer plus tard.

Il y a dix chaînes : l’attachement sensoriel, la répulsion, l’estime de soi, la croyance, l’hésitation, la méprise quant aux observances et rites, l’attachement à l’existence, la jalousie, le refus de partager et l’aveuglement (avijjā). Quand un objet agréable se présente dans le champ visuel, la chaîne de l’attachement sensoriel peut se forger. Mais la chaîne de la répulsion s’il s’agit d’un objet désagréable. La chaîne de l’estime de soi quand on pense : « Qui d’autre que moi peut comprendre cet objet ? » La chaîne de la croyance quand on croit que cet objet est permanent. La chaîne de l’hésitation quand on se demande si cet objet est une entité permanente ou appartient à une entité permanente. La chaîne de l’attachement à l’existence quand on espère naître dans une existence supérieure. La chaîne de la méprise quant aux observances et rites lorsqu’on pense atteindre cette existence supérieure grâce à des observances ou à des rites. La chaîne de la jalousie quand on ne veut pas que d’autres acquièrent cet objet. La chaîne du refus de partager quand on ne veut pas partager l’objet avec autrui. Et la chaîne de l’aveuglement est présente dans tous les cas.

Il connaît avec sagacité l’oreille, il connaît avec sagacité le son…

Il connaît avec sagacité le nez, il connaît avec sagacité l’odeur…

Il connaît avec sagacité la langue, il connaît avec sagacité la saveur…

Il connaît avec sagacité le corps, il connaît avec sagacité le toucher…

Il connaît avec sagacité la faculté de connaître, il connaît avec sagacité le connaissable, il connaît avec sagacité la chaîne qui se forge à partir des deux, il sait avec sagacité comment se forge une nouvelle chaîne, il sait avec sagacité comment se brise une chaîne existante, il sait avec sagacité comment empêcher que la chaîne brisée ne puisse se reformer plus tard.

Il contemple ainsi ses propres facteurs…

De plus, moines, le moine peut contempler les facteurs mentaux sous l’angle des sept facteurs d’éveil. Comment s’y prend-il ?

Quand le facteur d’éveil (bojjhaṅga) vigilance (sati) est présent en lui, le moine sait avec sagacité : « Le facteur d’éveil vigilance est présent en moi ». Quand ce facteur n’est pas présent, il sait avec sagacité : « Le facteur d’éveil vigilance n’est pas présent en moi ». Il sait avec sagacité comment se produit le facteur d’éveil vigilance non encore existant. Il sait avec sagacité comment se perfectionne le facteur d’éveil vigilance déjà existant.

Quand le facteur d’éveil examen-des-agents (dhammavicaya) est présent…

Quand le facteur d’éveil vigueur (vīriya) est présent…

Quand le facteur d’éveil ravissement (pīti) est présent…

Quand le facteur d’éveil tranquillité (passaddhi) est présent…

Quand le facteur d’éveil concentration (samādhi) est présent…

Quand le facteur d’éveil équanimité (upekkhā) est présent…

Il contemple ainsi ses propres facteurs mentaux…

De plus, moines, le moine peut contempler les facteurs mentaux sous l’angle des quatre vérités pures. Comment s’y prend-il ?

Il sait avec sagacité et véracité : « Ceci est le malheur ». Il sait avec sagacité et véracité : « Ceci est la source du malheur ». Il sait avec sagacité et véracité : « Ceci est l’arrêt du malheur ». Il sait avec sagacité et véracité : « Ceci est le chemin qui mène à l’arrêt du malheur ».

Il contemple ainsi ses propres facteurs mentaux…

Quiconque, moines, développera les quatre vigilances de cette façon pendant sept ans pourra en attendre l’un des deux effets suivant : la connaissance ultime dans la réalité présente ou, s’il subsiste un reste d’attachement, l’état sans retour.

Laissons ces sept années, moines. Quiconque développera les quatre vigilances de cette façon pendant six ans… pendant cinq ans… quatre ans… trois ans… deux ans… un an… sept mois… six mois… cinq mois… quatre mois… trois mois… deux mois… un mois… pendant un demi mois, pourra en attendre l’un des deux effets suivants : la connaissance ultime dans la réalité présente ou, s’il subsiste un reste d’attachement, l’état sans retour.

Tout ce qui a été dit ici se rapporte à la phrase : Elle est unique, moines, la voie qui conduit les êtres à la totale pureté, à la fin du chagrin et des lamentations, à la disparition de la douleur et de l’insatisfaction, à l’obtention de l’octuple Enseignement, à l’expérience directe du dénouement, autrement dit la voie des quatre vigilances.

Ainsi parla le Bienheureux.

Les moines furent satisfaits des paroles du Bienheureux et ils s’en réjouirent.

infos sur cette page

Origine : Enseignements et discussions entre Bouddha, ses disciples, ses antagonistes… (Nord de l’Inde actuelle)

Date : Ve siècle avant notre ère

Traducteur : Christian Maës

Mise à jour : 25 févr. 2011