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MN 24 - rathavinīta sutta

Le récit du relais de chars

(Autre titre : Le récit des chars attelés). Le Repas des Écureuils était un endroit où l’on donnait à manger aux écureuils. Un roi, dit-on, était venu se distraire dans ce parc et s’y était enivré au point de s’endormir. Pendant son sommeil, la cour s’était dispersée pour cueillir des fleurs et des fruits. Un cobra noir, attiré par l’odeur de l’alcool, était sorti d’un arbre creux et s’approchait du roi quand une divinité arboricole prit la forme d’un écureuil pour crier dans l’oreille du roi. Cela le réveilla, ce qui suffit à mettre le cobra en fuite. En signe de remerciement, le roi ordonna de nourrir les écureuils de ce lieu, qui était un parc d’agrément entouré de bambous.

Ainsi ai-je entendu.

En ce temps-là le Bienheureux séjournait, près de Rājagaha, au Repas des Écureuils dans le Bois de Bambous.

Or des moines qui logeaient au Lieu de la Naissance(*) et y avaient passé la mousson vinrent trouver le Bienheureux. Ils le saluèrent en arrivant et s’assirent convenablement. Quand ils furent bien assis, le Bienheureux leur demanda :

— Y a-t-il au Lieu de la Naissance, moines, quelqu’un que les moines, ses compagnons dans la vie sainte honorent ainsi : « Il n’a aucun désir(**) et recommande aux moines de n’avoir aucun désir ; il se contente de ce qu’il a et recommande aux moines de se contenter de ce qu’ils ont ; il est solitaire et recommande aux moines la solitude ; il évite les contacts(***) et recommande aux moines d’éviter les contacts ; il est énergique et recommande aux moines cette énergie ; il est discipliné et recommande aux moines cette vertu ; il est intensément concentré et recommande aux moines cette concentration ; il est profondément sagace et recommande aux moines cette sagacité ; il est délivré et recommande aux moines cette Délivrance ; il a la connaissance et vision de la Délivrance(****) et recommande aux moines cette connaissance et vision ; il instruit ses compagnons dans la vie sainte, les éclaire, les illumine, leur fait faire l’expérience, les exalte et les ravit » ?

— Il y a Puṇṇa, Maître. Au Lieu de la Naissance, le Vénérable Puṇṇa, fils de Mantāni, est honoré par ses compagnons dans la vie sainte de cette façon : « Il n’a aucun désir… il instruit ses compagnons dans la vie sainte… et les ravit ».

À ce moment le Vénérable Sāriputta, qui était assis non loin du Bienheureux, eut cette idée : « Il est bon pour le Vénérable Puṇṇa, il est excellent pour le Vénérable Puṇṇa que ses sages compagnons dans la vie sainte proclament ses louanges, point par point, en présence du Bienheureux, et que le Bienheureux en fasse l’éloge. Puissè-je rencontrer un jour ou l’autre le Vénérable Puṇṇa, puissè-je avoir une conversation avec lui. »

* Kapilavatthu, lieu de naissance de Siddhattha Gotama.

** L’absence de tout désir et les autres qualités mentionnées ici caractérisent les accomplis. Le bon moine doit éviter de convoiter des biens matériels, ou la part d’autrui quand il est mécontent de celle qu’il a reçue, il ne doit pas souhaiter qu’on lui reconnaisse des qualités, réelles ou imaginaires, telles que pratique rigoureuse (Visud chap.II), érudition ou accomplissement ultime

*** Il évite les passions qui peuvent naître chez un moine suite aux relations avec des femmes.

**** C’est-à-dire l’examen qui succède au chemin immaculé (Visud XXII 19).


Par la suite, le Bienheureux qui avait séjourné près de Rājagaha aussi longtemps que cela lui plaisait, se mit en route pour Sāvatthi. Il atteignit Sāvatthi en progressant par étapes et s’y installa dans le parc Anāthapiṇḍika du bois Jéta.


Le Vénérable Puṇṇa, fils de Mantāni, apprit que le Bienheureux était arrivé à Sāvatthi et qu’il y séjournait dans le parc Anāthapiṇḍika du bois Jéta. Il mit son logement en ordre, prit son bol et sa robe, et se mit à son tour en route pour Sāvatthi. En progressant par étapes il arriva au parc Anāthapiṇḍika et se rendit auprès du Bienheureux. Il salua le Bienheureux dès son arrivée et s’assit convenablement. Quand le Vénérable Puṇṇa fut bien assis, le Bienheureux l’illumina par un exposé de la réalité, la lui fit expérimenter, il l’exalta et le ravit.

Quand le Vénérable Puṇṇa eut été illuminé par le discours du Bienheureux sur la réalité, qu’il l’eut bien expérimentée, qu’il eut été exalté et ravi, il se réjouit des paroles du Bienheureux et en fit l’éloge. Puis il se leva, salua le Bienheureux, tourna autour de lui en le gardant à sa droite et se dirigea vers le Bois des Aveugles pour y passer la journée(*).

Le bois Jéta n’était pas favorable à la pratique contemplative, car très fréquenté dans la journée. Le Bois des Aveugles conservait au contraire toute sa tranquillité.

Un moine alla trouver le Vénérable Sāriputta et lui dit :

— Le moine Puṇṇa, fils de Mantāni, dont toi, ami Sāriputta, tu as souvent fait l’éloge, a été illuminé par un exposé du Bienheureux, il a expérimenté cette réalité, il a été exalté et ravi. Il s’est réjoui des paroles du Bienheureux et en a fait l’éloge, puis il s’est levé, a salué le Bienheureux et a tourné autour de lui. Il se dirige maintenant vers le bois des Aveugles pour y passer la journée.

Alors, le Vénérable Sāriputta se dépêcha de saisir une natte et suivit de loin le Vénérable Puṇṇa sans le perdre de vue. Le Vénérable Puṇṇa s’enfonça dans le Bois des Aveugles et s’assit au pied d’un arbre pour y passer la journée. Le Vénérable Sāriputta lui aussi s’enfonça dans le Bois des Aveugles et s’assit au pied d’un arbre pour y passer la journée.


Vers le soir, le Vénérable Sāriputta sortit de sa solitude et s’approcha du Vénérable Puṇṇa. Il échangea d’abord des paroles courtoises avec le Vénérable Puṇṇa, fils de Mantāni, et conclut leur dialogue aimable et mémorable en s’asseyant convenablement. Une fois bien assis, le Vénérable Sāriputta demanda au Vénérable Puṇṇa :

— Est-ce bien avec le Bienheureux, mon ami, que l’on mène la vie sainte ?

— Oui, mon ami.

— Est-ce pour épurer la vertu, mon ami, que l’on mène la vie sainte avec le Bienheureux ?

— Non, mon ami.

— Est-ce pour épurer l’état d’être, mon ami, que l’on mène la vie sainte avec le Bienheureux ?

— Non, mon ami.

— Est-ce pour épurer la vue, mon ami, que l’on mène la vie sainte avec le Bienheureux ?

— Non, mon ami.

— Est-ce pour épurer l’élimination des doutes, mon ami, que l’on mène la vie sainte avec le Bienheureux ?

— Non, mon ami.

— Est-ce pour épurer la connaissance et vision du chemin et du non-chemin, mon ami, que l’on mène la vie sainte avec le Bienheureux ?

— Non, mon ami.

— Est-ce pour épurer la connaissance et vision du parcours, mon ami, que l’on mène la vie sainte avec le Bienheureux ?

— Non, mon ami.

— Est-ce pour épurer la connaissance et vision, mon ami, que l’on mène la vie sainte avec le Bienheureux(*) ?

— Non, mon ami.

— Ainsi, mon ami, quand on te demande si l’on mène la vie sainte avec le Bienheureux pour purifier la vertu, tu réponds : « Non, mon ami. » Quand on te demande si l’on mène la vie sainte avec le Bienheureux pour épurer l’état d’être… la vue… l’élimination des doutes… la connaissance et vision du chemin et du non-chemin… la connaissance et vision du parcours… ou la connaissance et vision, tu réponds toujours : « Non, mon ami. » Mais alors, mon ami, dans quel but mène-t-on la vie sainte avec le Bienheureux ?

— On mène la vie sainte avec le Bienheureux, mon ami, afin d’atteindre le complet Dénouement inconditionné(**).

* Ces 7 points sont repris un par un dans le Visuddhimagga où ils recoupent le plan en trois parties, vertu, état d’être et sagacité, où la sagacité regroupe les 5 dernières puretés.

** anupādā parinibbāna. upādā a tantôt le sens d’attachement, généralement sous la forme upādāna(Visud XVII 240), tantôt dans le sens de condition, paccaya, et c’est ce dernier cas qui s’applique ici.

— Mais, mon ami, la pureté de la vertu ne constitue-t-elle pas le complet Dénouement inconditionné ?

— Non, mon ami.

— Est-ce donc, mon ami, la pureté de l’état d’être qui constitue le complet Dénouement inconditionné ?

— Non, mon ami.

— Est-ce alors, mon ami, la pureté de la vue qui constitue le complet Dénouement inconditionné ?

— Non, mon ami.

— Est-ce donc, mon ami, la pureté de l’élimination des doutes qui constitue le complet Dénouement inconditionné ?

— Non, mon ami.

— Est-ce alors, mon ami, la pureté de la connaissance et vision du chemin et du non-chemin qui constitue le complet Dénouement inconditionné ?

— Non, mon ami.

— Est-ce donc, mon ami, la pureté de la connaissance et vision du parcours qui constitue le complet Dénouement inconditionné ?

— Non, mon ami.

— Est-ce alors, mon ami, la pureté de la connaissance et vision qui constitue le complet Dénouement inconditionné ?

— Non, mon ami.

— Le complet Dénouement inconditionné, mon ami, se trouve-t-il donc en dehors de ces réalités ?

— Non, mon ami.

— Ainsi, mon ami, quand on te demande si la pureté de la vertu… si la pureté de l’état d’être… si la pureté de la vue… si la pureté dans l’élimination des doutes… si la pureté de la connaissance et vision du chemin et du non-chemin… si la pureté de la connaissance et vision du parcours… si la pureté de la connaissance et vision constitue le complet Dénouement inconditionné, tu réponds toujours : « Non, mon ami. » Et quand on te demande si le complet Dénouement inconditionné est étranger à ces réalités, tu réponds encore : « Non, mon ami. » Comment faut-il voir le sens de tes paroles, mon ami ?

— Si, mon ami, le Bienheureux désignait la pureté de la vertu comme complet Dénouement inconditionné, il désignerait quelque chose de conditionné comme complet Dénouement inconditionné (nibbāna). S’il désignait la pureté de l’état d’être… la pureté de la vue… la pureté dans l’élimination des doutes… la pureté de la connaissance et vision du chemin et du non-chemin… la pureté de la connaissance et vision du parcours… la pureté de la connaissance et vision comme complet Dénouement inconditionné, il désignerait quelque chose de conditionné comme complet Dénouement inconditionné. Et si le complet Dénouement inconditionné était étranger à ces réalités, n’importe qui pourrait atteindre le complet Dénouement, car l’homme ordinaire ne connaît pas ces réalités.

Je vais prendre une image, mon ami, car les images permettent à certains sages de comprendre le sens d’un exposé.

Le roi Pasenadi du Kosala réside à Sāvatthi, mon ami. Il peut avoir une affaire urgente à régler à Sāketa. Sept chars déjà attelés ont été disposés entre Sāvatthi et Sāketa. Le roi sort de Sāvatthi par la porte de la ville et monte dans le premier char déjà attelé. Ce premier char l’amène jusqu’au deuxième char déjà attelé. Le roi descend du premier char pour monter dans le deuxième, qui l’amène au troisième… le troisième au quatrième… le quatrième au cinquième… le cinquième au sixième… et le sixième au septième. Il descend du sixième char pour monter dans le septième, et il arrive à la porte de Sāketa avec le septième char. Quand il est devant la porte de la ville, ses amis, conseillers, connaissances et parents lui demandent : « Est-ce avec ce char, grand roi, que tu es allé de Sāvatthi jusqu’à la porte de Sāketa ? » Comment le roi Pasenadi du Kosala doit-il répondre pour que sa réponse soit juste ?

Pour que sa réponse soit juste, le roi doit répondre : « Moi qui réside à Sāvatthi, j’eus une affaire urgente à régler à Sāketa et sept chars déjà attelés étaient disposés entre Sāvatthi et Sāketa. Je sortis de Sāvatthi par la porte de la ville et je montai dans le premier char déjà attelé. Ce premier char m’amena au deuxième char. Je descendis alors du premier char pour monter dans le deuxième, qui m’amena au troisième… et j’arrivai à la porte de Sāketa avec le septième char. » Voilà comment le roi Pasenadi du Kosala doit répondre pour que sa réponse soit juste.

De même, mon ami, la pureté de la vertu a pour seul but la pureté de l’état d’être, la pureté de l’état d’être a pour seul but la pureté de la vue, la pureté de la vue a pour seul but la pureté dans l’élimination des doutes, la pureté dans l’élimination des doutes a pour seul but la pureté de la connaissance et vision du chemin et du non-chemin, la pureté de la connaissance et vision du chemin et du non-chemin a pour seul but la pureté de la connaissance et vision du parcours, la pureté de la connaissance et vision du parcours a pour seul but la connaissance et vision, la pureté de la connaissance et vision a pour seul but le complet Dénouement inconditionné. On mène donc la vie sainte avec le Bienheureux, mon ami, afin d’atteindre le complet Dénouement inconditionné.

Ainsi parla-t-il.

Et le Vénérable Sāriputta demanda au Vénérable Puṇṇa :

— Comment s’appelle le vénérable ? Sous quel nom ses compagnons dans la vie sainte le connaissent-ils ?

— Je m’appelle Puṇṇa, mon ami, et mes compagnons dans la vie sainte me connaissent comme Fils de Mantāni(*).

Fils de la brahmane Mantāni. Les deux vénérables étaient de la même caste brahmane Udicca. Sāriputta signifie Fils de Sāri.

— C’est merveilleux, mon ami, c’est extraordinaire, mon ami, à quel point le Vénérable Puṇṇa, fils de Mantāni, a répondu point par point à des questions de plus en plus profondes comme un disciple bien instruit qui comprend parfaitement l’enseignement du Maître ! C’est une chance pour ses compagnons dans la vie sainte, c’est une bonne fortune pour ses compagnons dans la vie sainte de pouvoir contempler et honorer le Vénérable Puṇṇa, fils de Mantāni. Si ses compagnons dans la vie sainte contemplent le Vénérable Puṇṇa, fils de Mantāni, et s’ils l’honorent en le portant sur un coussin au dessus de leur tête, c’est une chance pour eux, c’est une bonne fortune pour eux. Pour nous aussi c’est une chance, pour nous aussi c’est une bonne fortune de pouvoir contempler et honorer le Vénérable Puṇṇa, fils de Mantāni.

Ainsi parla-t-il. Et le Vénérable Puṇṇa, fils de Mantāni, demanda au Vénérable Sāriputta :

— Comment s’appelle le vénérable ? Sous quel nom ses compagnons dans la vie sainte le connaissent-ils ?

— Je m’appelle Upatissa, mon ami, et mes compagnons dans la vie sainte me connaissent comme Fils de Sāri.

— Nous avons donc prodigué des conseils au disciple qui est semblable au Maître sans savoir qu’il s’agissait du Vénérable Sāriputta ! Si nous avions su qu’il s’agissait du Vénérable Sāriputta, nous n’aurions pas tant parlé ! C’est merveilleux, mon ami, c’est extraordinaire, mon ami, à quel point le Vénérable Sāriputta a posé point par point des questions de plus en plus profondes comme un disciple bien instruit qui comprend parfaitement l’enseignement du Maître ! C’est une chance pour ses compagnons dans la vie sainte, c’est une bonne fortune pour ses compagnons dans la vie sainte de pouvoir contempler et honorer le Vénérable Sāriputta. Si ses compagnons dans la vie sainte contemplent le Vénérable Sāriputta et s’ils l’honorent en le portant sur un coussin au dessus de leur tête, c’est une chance pour eux, c’est une bonne fortune pour eux. Pour nous aussi c’est une chance, pour nous aussi c’est une bonne fortune de contempler et d’honorer le Vénérable Sāriputta.

Voilà comment ces deux grands nāgas(*) se réjouirent mutuellement de leurs bonnes paroles.

Nāga : être mythique représenté parfois comme un grand serpent, parfois comme un grand éléphant.

infos sur cette page

Origine : Enseignements et discussions entre Bouddha, ses disciples, ses antagonistes… (Nord de l’Inde actuelle)

Date : Ve siècle avant notre ère

Traducteur : Christian Maës

Mise à jour : 25 févr. 2011