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MN 27 - cūḷa hatthipadopama sutta

Le petit récit des empreintes d’éléphant

Deux fois par an il y avait une grande fête à Sāvatthi, capitale du royaume du Kosala. Pour la préparer, les habitants balayaient les rues et y répandaient du sable, ils disposaient des fleurs, répartissaient des jarres pleines, déployaient des bannières et brûlaient de l’encens. Tôt le matin, le grand brahmane Jānussoni se lavait et mangeait avant de s’habiller de blanc et de sortir du palais pour monter sur un grand char d’apparat tout décoré d’argent et tiré par quatre juments blanches aux harnachements argentés. Les brahmanes vêtus eux aussi de blanc l’entouraient en portant des parasols blancs. En tête du grand cortège qui s’était assemblé venaient des jeunes gens qui distribuaient des fruits et lançaient des pièces de monnaie. La foule poussait des acclamations et agitait joyeusement des pièces d’étoffe. Le cortège parcourait la ville au milieu des signes de bon augure et les hommes de mérite montaient au palais. Le brahmane sortait ensuite de la ville par la porte sud afin d’en faire le tour en la gardant à main droite. C’est à ce moment qu’il aperçut Pilotika, un jeune homme du clan Vacchāyana, qui revenait vers la ville après avoir servi le Bienheureux et les grands confirmés.

Ainsi ai-je entendu.

En ce temps-là le Bienheureux séjournait, près de Sāvatthi, dans le parc Anāthapiṇḍika du bois Jéta.

Or comme le brahmane Jānussoni sortait de Sāvatthi au plus fort de la journée dans un char tout blanc tiré par des juments, il aperçut Pilotika l’errant qui arrivait. Il lui demanda :

— D’où vient donc l’honorable Vacchāyana au plus fort de la journée ?

— Je viens, vénérable, de chez l’ascète Gotama.

— Que pense l’honorable Vacchāyana de la sagacité dont fait montre l’ascète Gotama ? Le considère-t-il comme un sage ?

— Qui suis-je, vénérable, pour juger de la sagacité dont l’ascète Gotama fait preuve ? Seul son égal pourrait juger de la sagacité de l’ascète Gotama.

— C’est par une bien grande louange assurément que l’honorable Vacchāyana glorifie l’ascète Gotama !

— Qui suis-je, vénérable, pour glorifier l’ascète Gotama ? Car ce sont les sommités qui glorifient l’honorable Gotama, lui le meilleur des brahmā et des hommes.

— Quelle raison a bien pu trouver l’honorable Vacchāyana pour placer une telle confiance en l’ascète Gotama ?

— Vénérable, quand un habile traqueur d’éléphants pénètre dans une forêt à éléphants et qu’il y voit une grande empreinte d’éléphant, longue et large, il peut en tirer la conclusion qu’il s’agit certainement d’un grand éléphant. De même, vénérable, j’ai vu auprès de l’ascète Gotama quatre signes qui m’ont amené à conclure que le Bienheureux était un parfait Bouddha, que le Dhamma du Bienheureux était bien énoncé et que le Sangha se trouvait sur le bon chemin.

— Quels étaient ces quatre signes ?

— J’ai vu, vénérable, des sages de la noblesse, subtils, rompus aux débats, pénétrants, habitués à détruire avec sagacité toutes les formes de croyances. Ils apprenaient que l’ascète Gotama allait s’arrêter dans telle ville ou tel village. Ils préparaient une question : « Nous irons trouver l’ascète Gotama pour lui poser cette question. S’il y répond de telle façon, nous mettrons en évidence les défauts de sa réponse de telle manière. Et s’il y répond de telle autre façon, nous mettrons en évidence les défauts de sa réponse de telle autre manière. »

Puis ils apprenaient que l’ascète Gotama s’était arrêté dans la ville ou le village prévu. Ils allaient trouver l’ascète Gotama, et l’ascète Gotama les instruisait par un discours du Dhamma, il les convainquait, les enflammait et les exaltait. Quand ils étaient instruits par le discours du Dhamma, qu’ils étaient convaincus, enflammés, exaltés, ils ne posaient même pas leur question à l’ascète Gotama. Comment auraient-ils pu réfuter sa réponse ? Au contraire, ils devenaient disciples de l’ascète Gotama. Quand j’eus vu ce premier signe auprès de l’ascète Gotama, je suis arrivé à la conclusion que le Bienheureux était un parfait Bouddha, que le Dhamma du Bienheureux était bien énoncé et que le Sangha se trouvait sur le bon chemin.

J’ai vu aussi, vénérable, de sages brahmanes, subtils… (la formule se répète à l’identique)

J’ai vu aussi, vénérable, de sages maîtres de maison, subtils… (même formule)

J’ai vu aussi, vénérable, de sages ascètes, subtils… (même récit jusqu’à)… ils ne posaient même pas leur question à l’ascète Gotama. Comment auraient-ils pu réfuter sa réponse ? Au contraire, ils saisissaient cette occasion pour demander à l’ascète Gotama de passer du foyer au sans-foyer, et l’ascète Gotama les faisait passer.

Quand ils étaient ainsi passés au sans-foyer, ils restaient solitaires, retirés, vigilants, énergiques, résolus, et il ne leur fallait alors pas longtemps pour voir de leurs propres yeux, par connaissance directe, dans la réalité présente, cet insurpassable Achèvement de la vie sainte pour lequel les fils de bonne famille passent à juste titre du foyer au sans-foyer, il ne leur fallait pas longtemps pour y accéder et y demeurer. Ils disaient : « Nous allions auparavant à notre perte, nous étions déjà presque perdus, car nous nous prenions pour des ascètes alors que nous n’en étions pas, nous nous prenions pour des brahmanes alors que nous n’en étions pas, nous nous prenions pour des Accomplis alors que nous n’en étions pas. Mais à présent nous sommes vraiment des ascètes, nous sommes vraiment des brahmanes, nous sommes vraiment des Accomplis. » Quand j’ai vu ce quatrième signe auprès de l’ascète Gotama, je suis arrivé à la conclusion que le Bienheureux était un parfait Bouddha, que le Dhamma du Bienheureux était bien énoncé et que le Sangha se trouvait sur le bon chemin. »

— C’est bien, vénérable, parce que j’ai vu ces quatre signes auprès de l’ascète Gotama que je suis arrivé à la conclusion que le Bienheureux était un parfait Bouddha, que le Dhamma du Bienheureux était bien énoncé et que le Sangha se trouvait sur le bon chemin.

À ces paroles, le brahmane Jānussoni descendit de son char tout blanc attelé de juments, il arrangea sa robe de dessus sur son épaule, salua mains jointes dans la direction du Bienheureux et s’exclama :

— Hommage au Bienheureux accompli et parfait Bouddha ! Hommage au Bienheureux accompli et parfait Bouddha ! Hommage au Bienheureux accompli et parfait Bouddha ! Puissions-nous un jour ou l’autre rencontrer l’honorable Gotama. Puissions-nous avoir une conversation avec lui.


Par la suite, le brahmane Jānussoni alla trouver le Bienheureux. Il échangea en arrivant des paroles courtoises avec le Bienheureux puis conclut leurs salutations aimables et mémorables en s’asseyant convenablement. Quand il fut bien assis, le brahmane Jānussoni raconta au Bienheureux toute la conversation qu’il avait eue avec Pilotika l’errant.

Alors le Bienheureux dit au brahmane Jānussoni :

— Ainsi énoncée, brahmane, l’image des empreintes d’éléphant n’est pas complète dans tous ses détails. Écoute, brahmane, comment la compléter. Fais bien attention, je vais parler.

— Bien, vénérable, répondit le brahmane.

Et le Bienheureux lui dit ceci :

— Quand le traqueur d’éléphants pénètre dans la forêt à éléphants, brahmane, et qu’il voit une grande empreinte d’éléphant, longue et large, s’il est un habile traqueur, il ne tire pas aussitôt la conclusion qu’il s’agit d’un grand éléphant. Pourquoi ? Parce qu’il y a dans la forêt de petites éléphantes qui laissent de grandes empreintes, et celle-ci pourrait être la leur. Le traqueur avance donc plus loin.

En avançant plus loin dans la forêt à éléphants, il voit de nouveau la grande empreinte, longue et large, ainsi que des traces de frottement en hauteur. S’il est un habile traqueur, il ne tire pas encore la conclusion qu’il s’agit d’un grand éléphant. Pourquoi ? Parce qu’il y a dans la forêt de grandes éléphantes brunes qui laissent de grandes empreintes, et celle-ci pourrait être l’une des leurs. Le traqueur avance encore.

En avançant encore plus loin, il voit encore la grande empreinte, longue et large, il voit les traces de frottement en hauteur ainsi que de hautes lacérations causées par des défenses et de hautes branches brisées. Mais s’il est un habile traqueur, il n’arrive pas encore à la conclusion qu’il s’agit d’un grand éléphant. Pourquoi ? Parce qu’il y a dans la forêt de grandes éléphantes aux défenses divergentes qui laissent de grandes empreintes, et celle-ci pourrait être la leur. Le traqueur avance toujours plus.

En avançant toujours plus dans la forêt, il voit la grande empreinte, longue et large, il voit aussi les traces de frottement en hauteur, les lacérations élevées causées par les défenses et les hautes branches brisées, et il voit de plus, au pied d’un arbre ou à ciel ouvert, un grand éléphant, marchant, debout, assis ou couché. Alors seulement il arrive à la conclusion qu’il s’agit bien d’un grand éléphant.

De même, brahmane, un Tathāgata apparaît dans ce monde, il est accompli, parfait Bouddha, doué de science et de bonne conduite, bien-allé, connaisseur du monde, suprême, cocher des mâles à dresser, maître des brahmā et des hommes, Bouddha et Maître supême (cette formule est expliquée en Visud VII 2). Il voit de ses propres yeux, par connaissance directe, ce monde avec ses deva, ses Māras, ses brahmā, ses ascètes et ses brahmanes, et cette humanité avec ses rois divins et ses hommes, et il le proclame. Il enseigne le Dhamma, bon au début, bon au milieu et bon à la fin, avec le fond et la forme, et il montre la vie sainte dans son intégralité et sa parfaite pureté (formule commentée en Visud VII 69).

Un maître de maison, un fils de maison ou un natif de tel ou tel clan entend ce Dhamma, et ce Dhamma lui donne confiance dans le Tathāgata. Et quand il a cette confiance, il réfléchit : « Mon foyer est encombré et poussiéreux(*) alors que l’errance se vit au grand air. Il n’est pas facile pour ceux qui restent chez eux de mener la vie sainte dans son intégralité, entièrement pure et polie comme une conque. Je ferais mieux de me faire raser les cheveux et la barbe, de revêtir les robes safran et de passer du foyer au sans-foyer. »

Les obstacles à la vie sainte sont nombreux au foyer, et les poussières de l’attachement, de l’aversion et des illusions y salissent toutes choses.

Par la suite, il abandonne la masse de ses biens, grande ou petite, il abandonne le cercle de ses connaissances, grand ou petit, il se fait raser les cheveux et la barbe, il revêt les robes safran et passe du foyer au sans-foyer.

Après ce passage, il adopte l’entraînement et le mode de vie des moines. Il rejette la destruction du souffle vital et s’abstient de détruire le souffle vital. Il pose le bâton, il pose l’épée, il se contient, il est compatissant et soucieux du bien-être de tout ce qui existe et respire.

Il rejette le vol et s’abstient de prendre ce qui n’est pas donné. Il ne prend que ce qui est donné, il n’aspire qu’à ce qui est donné, il reste pur de tout vol.

Il rejette les conduites impures, il s’en écarte, mène une vie chaste et s’abstient des relations sexuelles naturelles aux villageois.

Il rejette les tromperies et s’abstient de tromper. Il dit la vérité, il persiste dans la vérité et y persévère, il est digne de confiance et ne se joue pas de son monde.

Il rejette les paroles malveillantes et s’abstient de parler avec malveillance. Il ne rapporte pas ici ce qu’il a entendu là-bas pour nuire à ceux-là, il ne rapporte pas là-bas ce qu’il a entendu ici pour nuire à ceux-ci, il réconcilie ceux qui sont brouillés, il réunit les réconciliés, il se plaît à la concorde, se délecte de la concorde, se réjouit de la concorde et prononce les paroles qui amènent la concorde.

Il rejette les paroles dures ou grossières et s’abstient de parler grossièrement. Les paroles qu’il prononce sont douces, agréables à l’oreille, elles vont au cœur, elles sont courtoises, délicieuses et plaisantes pour le plus grand nombre.

Il rejette les vains bavardages et s’abstient de bavarder. Il parle en temps opportun, il dit ce qui est, il parle de la réalité, il parle du Dhamma, il parle du vinaya, et ses paroles, dignes d’êtres retenues, sont opportunes, argumentées, bien cadrées et utiles.

Il s’abstient de détruire les plantes et les arbres. Il se contente d’un seul repas par jour et s’abstient de manger la nuit ou en dehors du temps prescrit. Il s’abstient de chanter, de danser et de jouer de la musique, il renonce aux spectacles excitants. Il s’abstient de porter des guirlandes, des parfums, du maquillage, des bijoux ou des cosmétiques. Il refuse les lits grands ou élevés. Il refuse l’or et l’argent. Il refuse les grains crus. Il refuse la viande crue. Il refuse les femmes et les jeunes filles. Il refuse les esclaves, hommes ou femmes. Il refuse les chèvres et les boucs. Il refuse les coqs et les cochons. Il refuse les éléphants, les vaches, les chevaux et les juments. Il refuse les champs et les terres. Il refuse de porter des messages. Il refuse d’acheter ou de vendre. Il s’abstient de falsifier les poids, les monnaies ou les mesures. Il s’abstient de frauder, de tromper ou d’escroquer. Il s’abstient de mutiler, d’exécuter, d’enchaîner, d’attaquer les passants, de piller ou de se livrer à des violences. Il se contente de la robe qui lui couvre le corps et du bol qui lui remplit l’estomac, et où qu’il aille, il les emporte avec lui. Partout où va l’oiseau, il vole avec ses ailes. De même, le moine se contente de la robe qui lui couvre le corps et du bol qui lui emplit l’estomac, et où qu’il aille, il les emporte avec lui.

Quand il se conforme à l’ensemble de ces vertus immaculées, il ressent un bonheur intérieur sans défaut.

Quand il voit une apparence avec l’œil… quand il entend un son avec l’oreille… quand il sent une odeur avec le nez… quand il goûte une saveur avec la langue… quand il sent un toucher avec le corps… ou quand il connaît un connaissable avec la faculté de connaître, il n’en saisit pas le signe principal ni les détails révélateurs qui permettraient à la convoitise, à l’insatisfaction et à d’autres agents mauvais et pernicieux de l’envahir aussi longtemps que la faculté correspondante reste incontrôlée. Il s’engage dans ce contrôle, protège cette faculté et se consacre au contrôle de cette faculté. (Explication de cette formule en Visud I 53).

Quand il va vers l’avant ou vers l’arrière, il agit en toute sagacité(*). Quand il regarde devant lui ou de côté, il agit en toute sagacité. Quand il plie ou étend les membres, il agit en toute sagacité. Quand il revêt la robe double ou (une autre) robe, quand il prend son bol, il agit en toute sagacité. Quand il mange, boit, mâche ou savoure, il agit en toute sagacité. Quand il urine ou défèque, il agit en toute sagacité. Quand il marche, quand il se tient debout, assis ou couché, quand il est éveillé, quand il parle, quand il se tait, il agit en toute sagacité.

Quand il va, ou se penche, dans telle ou telle direction, il le fait sans perdre de vue sa pratique, il considère si ce mouvement est bon pour sa pratique. Il n’imagine pas que quelqu’un avance ou recule, mais il voit qu’une action mentale guide l’élément vent, lequel meut le composé corporel.

On raconte qu’un moine confirmé était en train de converser avec ses disciples quand il plia brusquement le bras. Puis il le déplia lentement avant de le replier sans hâte. Les disciples furent surpris. Le confirmé leur dit : « Depuis que j’ai choisi un objet de pratique, mes amis, je n’ai jamais fait un mouvement en perdant de vue cet objet. Mais voilà qu’en parlant avec vous, j’ai plié le bras en oubliant l’objet. Voilà pourquoi je l’ai ramené à sa position initiale pour le plier de nouveau, cette fois-ci sans perdre l’objet. »

Quand il se conforme à l’ensemble de ces vertus immaculées, qu’il possède en outre ce pur contrôle des facultés et cette pleine conscience vigilante, il se rend dans un lieu de séjour isolé : forêt, pied d’un arbre, montagne, grotte, ravin, cimetière, plateau boisé, tente ou paillote. Là, après le repas, quand il est revenu de sa collecte, il s’assied jambes croisées, se redresse et fixe sa vigilance devant lui.

En éliminant toute convoitise pour le monde, il demeure sans convoitise et lave son attention de toute convoitise. En éliminant le défaut de l’aversion, il demeure sans aversion, il reste soucieux du bien-être de tout ce qui existe et respire, et il lave son attention de tout forme d’aversion. En éliminant l’engourdissement et la torpeur, il demeure sans engourdissement ni torpeur, il perçoit lucidement, il reste vigilant, pleinement conscient et lave son attention de tout engourdissement ou torpeur. En éliminant l’agitation et l’inquiétude, il demeure sans agitation, son attention reste paisible et il lave son attention de toute agitation ou inquiétude. En éliminant l’hésitation, il demeure sans hésitation, il ne se pose pas de questions et lave son attention de toute hésitation relative aux manifestations bénéfiques.

Quand il a éliminé ces cinq obstacles(*) – ces impuretés de l’attention qui affaiblissent la sagacité –, c’est seulement en s’isolant du sensoriel, en s’isolant des agents pernicieux, qu’il accède au premier jhāna – lequel comporte prise-ferme (vitakka) et application-soutenue (vicāra) et consiste en un ravissement-félicité (pīti) né de l’isolement –, et qu’il y demeure. Voilà, brahmane, ce qu’on appelle empreinte du Tathāgata, trace de frottement du Tathāgata, lacération gravée par le Tathāgata. Mais le disciple noble n’arrive pas encore à la conclusion que le Bienheureux est un parfait Bouddha, que le Dhamma du Bienheureux est bien énoncé et le Sangha en bon chemin.

L’élimination des cinq obstacles caractérise la « concentration de proximité » (Visud IV 31). Il faut cultiver ensuite l’art de l’insertion (Visud IV 42) pour atteindre le premier jhāna (premier niveau d’absorption contemplative).

En outre, brahmane, par la disparition de la prise-ferme et de l’application-soutenue, le moine accède au deuxième jhāna qui consiste en assurance-sereine intérieure et en élévation unique de l’esprit, qui est dépourvu de prise-ferme et d’application-soutenue, et consiste en ravissement-félicité né de la concentration, et il y demeure. Voilà, brahmane, ce qu’on appelle empreinte du Tathāgata, trace de frottement du Tathāgata, lacération gravée par le Tathāgata. Mais le disciple noble n’arrive pas encore à la conclusion que le Bienheureux est un parfait Bouddha, que le Dhamma du Bienheureux est bien énoncé et le Sangha en bon chemin.

En outre, brahmane, en se détachant aussi du ravissement, le moine maintient l’équanimité (upekkhā). Vigilant et pleinement conscient, il ressent physiquement le bonheur et accède à ce troisième jhāna à propos duquel les Immaculés déclarent : « On reste neutre et vigilant dans le bonheur », et il y demeure. Voilà, brahmane, ce qu’on appelle empreinte du Tathāgata, trace de frottement du Tathāgata, lacération gravée par le Tathāgata. Mais le disciple noble n’arrive pas encore à la conclusion que le Bienheureux est un parfait Bouddha, que le Dhamma du Bienheureux est bien énoncé et le Sangha en bon chemin.

En outre, brahmane, par l’élimination du plaisir et l’élimination de la douleur, par la disparition antérieure des satisfactions et des insatisfactions, le moine accède au quatrième jhāna, ni désagréable, ni agréable, qui consiste en pureté de la vigilance par l’équanimité, et il y demeure. Voilà, brahmane, ce qu’on appelle empreinte du Tathāgata, trace de frottement du Tathāgata, lacération gravée par le Tathāgata. Mais le disciple noble n’arrive pas encore à la conclusion que le Bienheureux est un parfait Bouddha, que le Dhamma du Bienheureux est bien énoncé et le Sangha en bon chemin.

Quand son attention est ainsi concentrée, purifiée, sans tache, sans souillure mineure, qu’elle est souple, maniable, stable et immuable, il l’oriente vers la connaissance-remémoration des vies antérieures (Visud XIII 12). Il se remémore des vies antérieures variés, à savoir une naissance, deux naissances, trois, quatre, cinq, dix, vingt, trente, quarante, cinquante, cent, mille, cent mille naissances, plusieurs ères de destruction, plusieurs ères d’édification, plusieurs ères de destruction et d’édification : « J’eus là tel nom, telle lignée, telle couleur, telle nourriture, je connus tel bonheur et tel malheur, j’eus telle durée de vie. Quand je décédai, je naquis à un endroit où j’eus tel nom, telle lignée, telle couleur, telle nourriture, où je connus tel bonheur et tel malheur, et où j’eus telle durée de vie. Quand je décédai, je naquis ici ». Ainsi se remémore-t-il des vies antérieures variés avec leurs aspects et leurs désignations. Voilà, brahmane, ce qu’on appelle empreinte du Tathāgata, trace de frottement du Tathāgata, lacération gravée par le Tathāgata. Mais le disciple noble n’arrive pas encore à la conclusion que le Bienheureux est un parfait Bouddha, que le Dhamma du Bienheureux est bien énoncé et le Sangha en bon chemin.

Quand son attention est ainsi concentrée, purifiée, sans tache, sans souillure mineure, qu’elle est souple, maniable, stable et immuable, il l’oriente vers la connaissance de la mort et de la renaissance des êtres (Visud XIII 71) . Avec l’œil divin purifié et plus qu’humain, il voit les êtres mourant et renaissant, inférieurs ou supérieurs, beaux ou laids, fortunés ou infortunés. Il reconnaît que le parcours des êtres dépend de leur kamma : « Les êtres qui se conduisent mal physiquement, verbalement et mentalement, qui critiquent les ariyā, qui ont des croyances erronées et qui agissent en ayant des croyances erronées, accèdent, lors de la brisure du corps et après la mort, à une perdition, une mauvaise destinée, une déchéance, un enfer. Les êtres qui se conduisent bien physiquement, verbalement et mentalement, qui ne critiquent pas les ariyā, qui ont des croyances justes et qui agissent en ayant des croyances justes, accèdent, lors de la brisure du corps et après la mort, à une bonne destinée, un monde céleste. » C’est ainsi qu’avec l’œil divin… il reconnaît que le parcours des êtres dépend de leur kamma. Voilà, brahmane, ce qu’on appelle empreinte du Tathāgata, trace de frottement du Tathāgata, lacération gravée par le Tathāgata. Mais le disciple noble n’arrive pas encore à la conclusion que le Bienheureux est un parfait Bouddha, que le Dhamma du Bienheureux est bien énoncé et le Sangha en bon chemin.

Quand son attention est ainsi concentrée, purifiée, sans tache, sans souillure mineure, qu’elle est souple, maniable, stable et immuable, il l’oriente vers la connaissance de l’élimination des contaminations. Il connaît en profondeur, en vérité : « Ceci est le malheur(*) ». Il connaît en profondeur, en vérité : « Ceci est la source du malheur ». Il connaît en profondeur, en vérité : « Ceci est la cessation du malheur ». Il connaît en profondeur, en vérité : « Ceci est le chemin qui mène à la cessation du malheur ». Il connaît en profondeur, en vérité : « Ce sont les contaminations ». Il connaît en profondeur, en vérité : « Ceci est la source des contaminations ». Il connaît en profondeur, en vérité : « Ceci est l’arrêt des contaminations ». Il connaît en profondeur, en vérité : « Ceci est le chemin qui mène à l’arrêt des contaminations ». Voilà, brahmane, ce qu’on appelle empreinte du Tathāgata, trace de frottement du Tathāgata, lacération gravée par le Tathāgata. Mais le disciple noble n’arrive pas encore à la conclusion que le Bienheureux est un parfait Bouddha, que le Dhamma du Bienheureux est bien énoncé et le Sangha en bon chemin.

Le malheur, dukkha, que constitue la succession ininterrompue des instants de conscience et qui englobe tous les autres malheurs, souffrances, douleurs, plaisirs, etc.

Alors qu’il connaît cela, qu’il voit cela, son esprit est délivré de la contamination par les sens, son esprit est délivré de la contamination par l’existence, son esprit est délivré de la contamination par l’aveuglement. Dans la Délivrance vient la connaissance : « délivré. » Il sait avec sagacité que la naissance est détruite, la vie sainte vécue, fait ce qui était à faire, et rien de plus ici-bas. Voilà, brahmane, ce qu’on appelle empreinte du Tathāgata, trace de frottement du Tathāgata, lacération gravée par le Tathāgata. Et c’est à ce stade, brahmane, que le disciple noble arrive enfin à la conclusion que le Bienheureux est un parfait Bouddha, que le Dhamma du Bienheureux est bien énoncé et le Sangha en bon chemin.

À présent, brahmane, l’image des empreintes d’éléphant est complète dans tous ses détails.

Ainsi parla le Bienheureux. Et le brahmane Jānussoni s’exclama :

— C’est merveilleux, honorable Gotama ! C’est merveilleux, honorable Gotama ! C’est comme si l’honorable Gotama avait redressé ce qui penchait, avait révélé ce qui était caché, avait montré le chemin à l’égaré, et avait apporté une lampe dans l’obscurité pour que ceux qui ont des yeux voient ! C’est ainsi de plusieurs façons que l’honorable Gotama a exposé l’enseignement. Je cherche refuge auprès de l’honorable Gotama, du Dhamma et du Sangha. Que l’honorable Gotama me considère dès à présent comme un upāsaka qui gardera le refuge aussi longtemps qu’il lui restera un souffle de vie.

infos sur cette page

Origine : Enseignements et discussions entre Bouddha, ses disciples, ses antagonistes… (Nord de l’Inde actuelle)

Date : Ve siècle avant notre ère

Traducteur : Christian Maës

Mise à jour : 25 févr. 2011