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MN 31 - cūḷa gosiṅga sutta

Le petit récit de Gosinga

Le village de Nādika se trouvait au bord d’un lac, dans le pays des Vajjis. Les habitants y avaient construit une maison en briques et l’avaient donnée au Bienheureux. Et ils avaient édifié autour de la maison tous les bâtiments nécessaires à un grand monastère. Près de ce village se trouvait le bois de Gosinga, ce qui signifie « corne de vache ». Une branche en forme de corne avait poussé sur le tronc du plus grand arbre de cette forêt et lui avait valu ce nom.

Ainsi ai-je entendu.

En ce temps-là le Bienheureux séjournait, près de Nādika, dans la Maison en Briques.

À cette époque les Vénérables Anuruddha, Nandiya et Kimbila(*) séjournaient dans la forêt d’arbres-sals de Gosinga. Un soir, le Bienheureux sortit de sa retraite et se dirigea vers le bois de Gosinga.

À cette époque les trois vénérables avaient atteint l’Accomplissement ultime, mais on trouvera dans le récit n°128 l’évocation du temps où ils n’étaient encore que des êtres ordinaires.

Quand le gardien du bois vit approcher le Bienheureux, il lui dit :

— N’entre pas dans ce bois, ascète, car il y a là trois fils de bonne famille qui semblent aspirer au bonheur. Ne les dérange pas.

Mais le Vénérable Anuruddha entendit le conseil que le gardien donnait au Bienheureux, et il dit au gardien :

— N’arrête pas le Bienheureux, ami gardien, car il est notre maître.

Puis il alla chercher les Vénérables Nandiya et Kimbila et leur dit :

— Approchez, vénérables. Approchez, vénérables. Le Bienheureux, notre maître, est arrivé.

Alors, les trois vénérables vinrent accueillir le Bienheureux. L’un prit son bol et sa robe double, un autre prépara une place, et le dernier de l’eau pour laver les pieds. Le Bienheureux s’assit sur la place préparée et se lava les pieds.

Puis les trois vénérables saluèrent le Bienheureux et s’assirent convenablement. Quand ils furent bien assis, le Bienheureux leur demanda :

— Cela va-t-il bien, Anuruddhas(*) ? Cela se passe-t-il bien ? Ne manquez-vous pas d’offrandes ?

Le pluriel Anuruddhas indique que le Vénérable Anuruddha était le porte-parole des deux autres et qu’à travers lui, le Bienheureux s’adressait aux trois moines.

— Cela va bien, Maître, cela se passe bien, nous ne manquons pas d’offrandes.

— Êtes-vous en harmonie les uns avec les autres, Anuruddhas ? Heureux ensemble ? Sans disputes ? Fusionnés comme du lait et de l’eau ? Vous voyez-vous l’un l’autre avec les yeux de l’affection ?

— Assurément, Maître, nous sommes en harmonie, heureux ensemble, sans disputes, fusionnés comme le lait et l’eau, nous nous voyons l’un l’autre avec les yeux de l’affection.

— Et de quelle manière êtes-vous en harmonie, Anuruddhas, heureux ensemble, sans disputes, fusionnés comme le lait et l’eau ? De quelle manière vous voyez-vous l’un l’autre avec les yeux de l’affection ?

— Maître, je pense : « Il est profitable pour moi, il est bien pour moi de demeurer avec d’aussi bons compagnons dans la vie sainte ». Et mes actions sont empreintes d’amitié envers ces vénérables, ainsi que mes paroles et mon activité mentale, visibles aussi bien que cachées. Et je pense aussi : « Pourquoi ne pas rejeter mon propre état d’esprit pour vivre en accord avec celui de ces vénérables ? » Je rejette donc mon propre état d’esprit pour vivre en accord avec celui de ces vénérables. Distincts sont nos corps, mais nos esprits semblent ne faire qu’un.

Les deux autres vénérables dirent exactement la même chose au Bienheureux.

— C’est bien, Anuruddhas, c’est bien, approuva le Bienheureux. Mais demeurez-vous vigilants, énergiques et résolus ?

— Oui, Maître, nous demeurons vigilants, énergiques et résolus.

— Et de quelle manière, Anuruddhas, demeurez-vous vigilants, énergiques et résolus ?

— Sur ce point, Maître, le premier qui revient de sa collecte au village prépare les places, dispose l’eau pour boire et l’eau pour se laver et place un bol pour les restes. Quand le dernier revient de sa collecte au village, s’il reste de la nourriture et qu’il désire la manger, il le fait. S’il ne le désire pas, il jette les restes sur un sol dépourvu d’herbes courtes ou le plonge dans une eau sans vie (pour éviter de détruire de petites herbes ou des animalcules). Puis il replie les places, range l’eau pour boire et l’eau pour se laver, lave et range le bol pour les restes et balaye la place des repas.

Celui qui voit par la suite que le vase pour l’eau à boire ou celui de l’eau pour se laver est vide, le remplit. S’il ne peut le faire seul, il le signale à un autre par un signe de la main et nous l’aidons à le remplir. Et ce n’est pas pour autant que nous rompons le silence. Et une nuit sur cinq nous nous asseyons ensemble toute la nuit pour parler du Dhamma. C’est ainsi, Maître, que nous demeurons vigilants, énergiques et résolus.

— C’est bien, Anuruddhas, c’est bien. Mais en étant ainsi vigilants, énergiques et résolus, atteignez-vous une suave excellence supra-humaine capable d’engendrer les ariyā ?

— Comment n’en serait-il pas ainsi, Maître ? Nous pouvons, en nous isolant du sensoriel, en nous isolant des agents pernicieux, accéder autant que nous voulons au premier jhāna – lequel comporte prise-ferme (vitakka) et application-soutenue (vicāra), et consiste en un ravissement-félicité (pīti) né de l’isolement – et y demeurer. Cette réalisation est, pour nous qui sommes vigilants, énergiques et résolus, une suave excellence supra-humaine capable d’engendrer les ariyā.

— C’est bien, Anuruddhas, c’est bien. Mais pour transcender cet état et l’épurer davantage, atteignez-vous une autre excellence supra-humaine et suave capable d’engendrer les ariyā ?

— Comment n’en serait-il pas ainsi, Maître ? Nous pouvons, par la disparition de la prise-ferme et de l’application-soutenue, accéder autant que nous voulons au deuxième jhāna – qui consiste en assurance-sereine intérieure et en élévation unique de l’esprit, qui est dépourvu de prise-ferme et d’application-soutenue, et consiste en un ravissement-félicité né de la concentration – et y demeurer. Cette réalisation est, pour nous… une suave excellence supra-humaine capable d’engendrer les ariyā.

— C’est bien, Anuruddhas, c’est bien. Mais pour transcender cet état et l’épurer davantage, atteignez-vous une autre excellence supra-humaine et suave capable d’engendrer les ariyā ?

— Comment n’en serait-il pas ainsi, Maître ? Nous pouvons, en nous détachant aussi du ravissement et en maintenant l’équanimité, (upekkhā) en restant vigilants, pleinement conscients, et en ressentant physiquement le bonheur, accéder autant que nous voulons au troisième jhāna – à propos duquel les ariyā déclarent « on reste neutre et vigilant dans le bonheur » – et y demeurer. Cette réalisation est, pour nous qui sommes vigilants, énergiques et résolus, une suave excellence supra-humaine capable d’engendrer les ariyā.

— C’est bien, Anuruddhas, c’est bien. Mais pour transcender cet état et l’épurer davantage, atteignez-vous une autre excellence supra-humaine et suave capable d’engendrer les ariyā ?

— Comment n’en serait-il pas ainsi, Maître ? Nous pouvons, par l’élimination du plaisir et l’élimination de la douleur, par la disparition antérieure des satisfactions et des insatisfactions, accéder au quatrième jhāna – ni désagréable ni agréable, qui consiste en pureté de la vigilance par l’équanimité – et y demeurer. Cette réalisation est, pour nous qui sommes vigilants, énergiques et résolus, une suave excellence supra-humaine capable d’engendrer les ariyā.

— C’est bien, Anuruddhas, c’est bien. Mais pour transcender cet état et l’épurer davantage, atteignez-vous une autre excellence supra-humaine et suave capable d’engendrer les ariyā ?

— Comment n’en serait-il pas ainsi, Maître ? Nous pouvons, en transcendant totalement les perceptions physiques pures, en supprimant les perceptions-chocs, en ne prêtant plus attention aux perceptions diverses, accéder au domaine de l’espace infini – « infini est l’espace » – et y demeurer. Cette réalisation est, pour nous qui sommes vigilants, énergiques et résolus, une suave excellence supra-humaine capable d’engendrer les ariyā.

— C’est bien, Anuruddhas, c’est bien. Mais pour transcender cet état et l’épurer davantage, atteignez-vous une autre excellence supra-humaine et suave capable d’engendrer les ariyā ?

— Comment n’en serait-il pas ainsi, Maître ? Nous pouvons, en transcendant totalement le domaine de l’espace infini, accéder autant que nous voulons au domaine de la conscience infinie – « infinie est la conscience » – et y demeurer. Cette réalisation est, pour nous qui sommes vigilants, énergiques et résolus, une suave excellence supra-humaine capable d’engendrer les ariyā.

— C’est bien, Anuruddhas, c’est bien. Mais pour transcender cet état et l’épurer davantage, atteignez-vous une autre excellence supra-humaine et suave capable d’engendrer les ariyā ?

— Comment n’en serait-il pas ainsi, Maître ? Nous pouvons, en transcendant totalement le domaine de la conscience infinie, accéder au domaine du néant – « il n’y a rien » – et y demeurer. Cette réalisation est, pour nous qui sommes vigilants, énergiques et résolus, une suave excellence supra-humaine capable d’engendrer les ariyā.

— C’est bien, Anuruddhas, c’est bien. Mais pour transcender cet état et l’épurer davantage, atteignez-vous une autre excellence supra-humaine et suave capable d’engendrer les ariyā ?

— Comment n’en serait-il pas ainsi, Maître ? Nous pouvons, en transcendant totalement le domaine du néant, accéder au domaine sans perception ni absence de perception et y demeurer. Cette réalisation est, pour nous qui sommes vigilants, énergiques et résolus, une suave excellence supra-humaine capable d’engendrer les ariyā.

— C’est bien, Anuruddhas, c’est bien. Mais pour transcender cet état et l’épurer davantage, atteignez-vous une autre excellence supra-humaine et suave capable d’engendrer les ariyā ?

— Comment n’en serait-il pas ainsi, Maître ? Nous pouvons, en transcendant totalement le domaine sans perception ni absence de perception, accéder autant que nous voulons à l’arrêt des perceptions et du ressenti et supprimer les contaminations grâce à une vision sagace. Cette réalisation est, pour nous qui sommes vigilants, énergiques et résolus, une suave excellence supra-humaine capable d’engendrer les ariyā. Et nous ne voyons, Maître, aucun état suave meilleur ou supérieur à celui-là.

— C’est bien, Anuruddhas, c’est bien. Il n’y a en effet aucun état suave meilleur ou supérieur à celui-là. »

Ensuite le Bienheureux instruisit les Vénérables Anuruddha, Nandiya et Kimbila par un discours du Dhamma, il les convainquit, les enflamma et les exalta. Puis il se leva de sa place et partit. Les vénérables accompagnèrent un peu le Bienheureux, avant de revenir.

Les Vénérables Nandiya et Kimbila demandèrent alors au Vénérable Anuruddha :

— Avions-nous informé le Vénérable Anuruddha des différentes absorptions contemplatives que nous avions atteintes, pour que le Vénérable Anuruddha les révèle ainsi en présence du Bienheureux jusqu’à l’élimination des contaminations ?

— Non, les vénérables ne m’avaient pas informé des différentes absorptions contemplatives qu’ils avaient atteintes, mais, en sondant avec mon esprit l’état d’être des vénérables, j’ai connu les différentes absorptions contemplatives qu’ils avaient atteintes. De plus, des divinités m’en avaient informé et j’ai pu les énumérer quand le Bienheureux m’a questionné.


Dīgha Parajana, un génie (yakkha), vint trouver le Bienheureux. Il le salua en arrivant et se tint convenablement debout. Ainsi debout le génie dit au Bienheureux :

— Il est profitable pour les Vajjis, Maître, il est bon pour le peuple des Vajjis que le Tathāgata accompli et parfait Bouddha séjourne chez eux ainsi que les trois vénérables, le Vénérable Anuruddha, le Vénérable Nandiya et le Vénérable Kimbila(*).

Il est bon qu’ils puissent voir le Bienheureux et les trois vénérables, les honorer, leur donner des offrandes et entendre leur enseignement.

Les deva de la terre (divinités des arbres, des rochers, etc.) entendirent les paroles du génie et proclamèrent aussi :

— Il est profitable pour les Vajjis, Maître, il est bon pour le peuple des Vajjis que le Tathāgata accompli et parfait Bouddha séjourne chez eux ainsi que les trois vénérables.

Les deva de la cour des quatre grands rois… les deva Trente-Trois… les deva Yāmas… les deva Tusita… les deva qui aiment créer… les deva qui ont pouvoir sur les créations des autres… les deva de l’entourage de brahmā proclamèrent aussi :

— Il est profitable pour les Vajjis, Maître, il est bon pour le peuple des Vajjis que le Tathāgata accompli et parfait Bouddha séjourne chez eux ainsi que les trois vénérables.

Voilà comment les vénérables furent aussitôt connus jusque dans le monde de brahmā en un instant.

— C’est ainsi, Dīgha, c’est bien ainsi. Et si le clan dont sont issus ces trois fils de bonne famille se les remémore clairement, cela lui vaudra bonheur et bien-être pour longtemps.

Et si les voisins de ce clan… le hameau… le village… la ville… la région dont sont issus ces trois fils de bonne famille se les remémore clairement, cela lui vaudra bonheur et bien-être pour longtemps.

Et si tous les nobles… tous les brahmanes… tous les vessa… et tous les serviteurs se remémorent clairement ces trois fils de bonne famille, cela leur vaudra bonheur et bien-être pour longtemps.

Si, Dīgha, le monde avec ses deva, ses Māras et ses brahmā, si cette humanité avec ses ascètes et ses brahmanes, ses rois divins et ses hommes, se remémorent clairement ces trois fils de bonne famille, cela leur vaudra bonheur et bien-être pour longtemps.

Vois, Dīgha, jusqu’à quel point la réussite de ces trois fils de bonne famille agit sur le bien-être et le bonheur du plus grand nombre, pour le bénéfice, le bien-être et le bonheur des brahmā et des hommes.

Ainsi parla le Bienheureux.

Le génie Dīgha Parajana fut satisfait des paroles du Bienheureux et il s’en réjouit.

infos sur cette page

Origine : Enseignements et discussions entre Bouddha, ses disciples, ses antagonistes… (Nord de l’Inde actuelle)

Date : Ve siècle avant notre ère

Traducteur : Christian Maës

Mise à jour : 25 févr. 2011