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MN 57 - kukkuravatika sutta

Le récit de l’adepte canin

Il y avait à cette époque des renonçants qui adoptaient le comportement de certains animaux. L’adepte bovin portait des cornes sur la tête, une queue, et faisait semblant de brouter l’herbe au milieu des vaches. L’adepte canin faisait tout comme les chiens, il mangeait à même le sol, urinait en levant la patte et montrait les dents aux autres chiens. Au lieu de s’asseoir normalement, il grattait d’abord le sol avec les pieds, puis se pliait et grattait le sol avec les mains, secouait la tête, grognait et s’accroupissait bras et jambes repliés dans la position d’un chien aux pieds de son maître. Ces renonçants espéraient que ces comportements non humains leur vaudraient une bonne renaissance.

Ainsi ai-je entendu.

En ce temps-là le Bienheureux séjournait chez les Koḷiyas dont la ville s’appelle Haliddavasana.

L’adepte bovin Puṇṇa, fils des Koḷiyas, et l’adepte canin nu Séniya vinrent voir le Bienheureux. Puṇṇa salua le Bienheureux en arrivant et s’assit convenablement. Séniya salua le Bienheureux – ils échangèrent des paroles aimables et mémorables – et il s’accroupit comme un chien.

Une fois bien assis, l’adepte bovin Puṇṇa demanda au Bienheureux :

— L’adepte canin nu Séniya réalise une performance difficile, Maître, il mange ce qu’on laisse sur le sol, et cela fait longtemps qu’il s’est complètement engagé dans le rite canin. Quelle sera sa destinée ? Où ira-t-il après la mort ?

— Il suffit, Puṇṇa ! Laissons cela ! Ne me pose pas cette question !

Mais Puṇṇa posa la question une deuxième… et une troisième fois. À la troisième fois, le Bienheureux dit :

— Puisque tu ne m’écoutes pas, Puṇṇa, quand je te dis « Il suffit, laissons cela, ne me pose pas cette question », je vais te répondre. Si quelqu’un pratique le rite canin totalement et sans arrêt, adopte le comportement des chiens totalement et sans arrêt, veut faire comme les chiens totalement et sans arrêt, et imite les chiens totalement et sans arrêt, lors de la destruction du corps, après la mort, il renaît dans la compagnie des chiens. Si de plus il croit que ce comportement, ce rite, cette ascèse, cette vie sainte fera de lui un brahmā ou un deva, cette croyance est fausse. Et s’il a cette croyance erronée, il connaîtra, je l’affirme, l’une de ces deux destinées, l’enfer ou une naissance animale. Donc, si le rite canin réussit, il mène à la compagnie des chiens, mais à l’enfer s’il dévie (à cause de la croyance).

À ces mots l’adepte canin nu Séniya poussa des cris et versa des larmes. Le Bienheureux fit remarquer à Puṇṇa :

— Je t’avais bien dit : « Il suffit ! Laissons cela ! Ne me pose pas cette question !

— Maître, je ne me lamente pas à cause des paroles du Bienheureux, mais parce que je me suis totalement engagé dans le rite canin depuis si longtemps.

Mais, Maître, l’adepte bovin Puṇṇa, fils des Koḷiyas, s’est complètement engagé, lui, dans le rite bovin depuis longtemps. Quelle sera sa destinée ? Où ira-t-il après la mort ?

— Il suffit, Séniya ! Laissons cela ! Ne me pose pas cette question !

Mais Séniya posa la question une deuxième fois… et une troisième fois. À la troisième fois, le Bienheureux dit :

— Puisque tu ne m’écoutes pas, Séniya, quand je te dis « Il suffit, laissons cela, ne me pose pas cette question », je vais te répondre. Si quelqu’un pratique le rite bovin totalement et sans arrêt, adopte le comportement des vaches totalement et sans arrêt, veut faire comme les vaches totalement et sans arrêt, et qu’il imite les vaches totalement et sans arrêt, lors de la destruction du corps, après la mort, il renaît dans la compagnie des vaches. Si de plus il croit que ce comportement, ce rite, cette ascèse, cette vie sainte fera de lui un brahmā ou un deva, cette croyance est fausse. Et s’il a cette croyance erronée, il connaîtra, je l’affirme, l’une de ces deux destinées, l’enfer ou une naissance animale. Donc, si le rite bovin réussit, il mène à la compagnie des vaches, mais à l’enfer s’il dévie.

À ces mots l’adepte bovin Puṇṇa poussa des cris et versa des larmes. Le Bienheureux fit remarquer à Séniya :

— Je t’avais bien dit : « Il suffit ! Laissons cela ! Ne me pose pas cette question !

— Maître, je ne me lamente pas à cause des paroles du Bienheureux, mais parce que je me suis totalement engagé dans le rite bovin depuis si longtemps. Mais j’ai confiance dans le Bienheureux, le Bienheureux peut exposer le Dhamma de telle sorte que j’abandonne le rite bovin et que Séniya abandonne le rite canin.

— Alors, Puṇṇa, écoute et fais bien attention, je vais parler.

— Bien, Maître, répondit Puṇṇa.

Et le Bienheureux dit :

— Il y a quatre sortes d’actions, Puṇṇa, que j’ai vues de mes propres yeux, par connaissance directe, et que j’ai révélées. Il y a l’action sombre à conséquence sombre, l’action claire à conséquence claire, l’action sombre et claire à conséquence sombre et claire, et l’action ni sombre ni claire à conséquence ni sombre ni claire. Cette dernière mène à la destruction des actions.

Qu’est donc, Puṇṇa, l’action sombre à conséquence sombre ? Quelqu’un commet intentionnellement des actions agressives, qu’elles soient physiques, verbales ou mentales(*). De ce fait, il va renaître dans un monde d’agressions. Dans ce monde agressif, il sera soumis à des contacts agressifs et ressentira des sensations d’agressions totalement douloureuses comme dans le cas des êtres de l’enfer.

Action : kamma. Ce récit met l’accent sur les intentions. Les actions agressives sont les 12 intentions pernicieuses (Visud XIV 89), et les actions inoffensives représentent les intentions bénéfiques (Visud XIV 83).

Ainsi, Puṇṇa, l’apparition de l'(être) existant résulte de l'(action) ayant existé. On apparaît selon ce qu’on a fait et les contacts (effets des actions antérieures) affectent celui qui est apparu. De cette façon, les êtres héritent de leurs actes, je le proclame.

Voici, Puṇṇa, ce qu’on appelle action sombre à conséquence sombre.

Et qu’est donc, Puṇṇa, l’action claire à conséquence claire ?

Quelqu’un ne commet pas intentionnellement des actions bienfaisantes, qu’elles soient physiques, verbales ou mentales. De ce fait, il va renaître dans un monde plaisant. Dans ce monde plaisant, il sera soumis à des contacts plaisants et ressentira des sensations plaisantes, totalement agréables comme dans le cas des deva splendides.

Ainsi, Puṇṇa, l’apparition de l’existant résulte de l’ayant existé. On apparaît selon ce qu’on a fait et les contacts affectent celui qui est apparu. De cette façon, les êtres héritent de leurs actes, je le proclame.

Voici, Puṇṇa, ce qu’on appelle action claire à conséquence claire.

Et qu’est donc, Puṇṇa, l’action sombre et claire à conséquence sombre et claire ?

Quelqu’un ne commet pas intentionnellement des actions tantôt agressives tantôt bienfaisantes, qu’elles soient physiques, verbales ou mentales. De ce fait, il va renaître dans un monde tantôt agressif tantôt plaisant. Dans ce monde tantôt agressif tantôt plaisant, il sera soumis à des contacts tantôt agressifs tantôt plaisants et ressentira des sensations tantôt agressives tantôt plaisantes, le sombre et le clair étant mélangés, comme c’est le cas pour les hommes, pour certains deva et pour certains déchus.

Ainsi, Puṇṇa, l’apparition de l’existant résulte de l’ayant existé. On apparaît selon ce qu’on a fait et les contacts affectent celui qui est apparu. De cette façon, les êtres héritent de leurs actes, je le proclame.

Voici, Puṇṇa, ce qu’on appelle action sombre et claire à conséquence sombre et claire.

Et qu’est donc, Puṇṇa, l’action ni sombre ni claire à conséquence ni sombre ni claire, action qui mène à la destruction des actions ?

L’intention d’éliminer les actions sombres à conséquence sombre, l’intention d’éliminer les actions claires à conséquence claire ou l’intention d’éliminer les actions sombres et claires à conséquence sombre et claire, voilà ce qu’on appelle action ni sombre ni claire à conséquence ni sombre ni claire, voilà ce qui mène à la destruction des actions.

Telles sont, Puṇṇa, les quatre sortes d’actions que j’ai vues de mes propres yeux, par connaissance directe, et que j’ai révélées.

Ainsi parla le Bienheureux.

Et l’adepte bovin Puṇṇa, fils des Koḷiyas, lui dit :

— C’est merveilleux, honorable Gotama ! C’est merveilleux, honorable Gotama ! C’est comme si l’honorable Gotama avait redressé ce qui penchait, avait révélé ce qui était caché, avait montré le chemin à l’égaré, et avait apporté une lampe dans l’obscurité pour que ceux qui ont des yeux voient ! C’est ainsi de plusieurs façons que l’honorable Gotama a exposé l’enseignement. Je cherche refuge auprès de l’honorable Gotama, du Dhamma et du Sangha. Que l’honorable Gotama me considère dès à présent comme un upāsaka qui gardera le refuge tant qu’il lui restera un souffle de vie.

Mais l’adepte canin nu Séniya déclara au Bienheureux :

— C’est merveilleux, honorable Gotama ! C’est merveilleux, honorable Gotama ! C’est comme si l’honorable Gotama avait redressé ce qui penchait, avait révélé ce qui était caché, avait montré le chemin à l’égaré, et avait apporté une lampe dans l’obscurité pour que ceux qui ont des yeux voient ! C’est ainsi de plusieurs façons que l’honorable Gotama a exposé l’enseignement. Je cherche refuge auprès de l’honorable Gotama, du Dhamma et du Sangha. Puissè-je être admis en présence du Bienheureux, puissè-je être ordonné.

— Celui qui vient d’une autre école, Séniya, et qui demande à être admis dans ce Dhamma-vinaya et à recevoir l’ordination, doit faire quatre mois de probation. Au bout des quatre mois, s’ils en décident ainsi, les moines le font entrer et l’ordonnent moine. Et là aussi les différences entre les individus me sont connues(*).

— Si ceux qui viennent d’une autre école, Maître, qui demandent à être admis dans ce Dhamma-vinaya et à recevoir l’ordination, doivent faire quatre mois de probation, et si au bout des quatre mois les moines, s’ils en décident ainsi, les font entrer et les ordonnent moines, je ferai, moi, quatre ans. Si au bout des quatre ans les moines en décident ainsi, ils me feront entrer et m’ordonneront moine.

Le Bouddha voit qui a besoin d’une période de probation et qui n’en a pas besoin.


L’adepte canin nu Séniya reçut l’admission en présence du Bienheureux, il reçut l’ordination.


Fraîchement ordonné, le Vénérable Séniya resta solitaire, retiré, vigilant, énergique et résolu. Il ne lui fallut pas longtemps pour voir de ses propres yeux, par connaissance directe, dans la réalité présente, cet aboutissement insurpassable de la vie sainte pour lequel les fils de bonne famille passent à juste titre du foyer au sans-foyer, il y accéda, il y demeura. Il reconnut « détruite est la naissance, achevée la vie sainte, fait ce qui était à faire et rien de plus ici-bas ». Le Vénérable Séniya devint l’un des Accomplis.

infos sur cette page

Origine : Enseignements et discussions entre Bouddha, ses disciples, ses antagonistes… (Nord de l’Inde actuelle)

Date : Ve siècle avant notre ère

Traducteur : Christian Maës

Mise à jour : 25 févr. 2011