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MN 135 - cūḷa kammavibhaṅga sutta

Le petit récit de la division des actes

Le beau Mānava (littéralement Jeune Homme) était le fils de Toddeyya, prêtre royal et chef de Tudi, un village proche de Sāvatthi. Toddeyya était aussi riche qu’avare, il répétait que « les richesses s’épuisent si l’on donne » et il ne donnait donc jamais rien à personne. Quand il mourut, il prit renaissance sous la forme d’un chien dans sa propre demeure. Son fils Mānava adorait ce chien.

Un jour, maître Gotama alla tout seul collecter sa nourriture à Tudi de maison en maison. Quand il arriva à celle de Mānava, le chien le vit et se dirigea vers lui en aboyant, car il détestait les ascètes faisant leur collecte. Le Bienheureux lui dit : « Toddeyya, tu m’as repoussé autrefois et te voilà chien. Tu aboies encore après moi et tu iras en enfer ». Le chien baissa la tête, se coucha dans la poussière et personne ne pouvait plus le faire bouger.

Quand Mānava rentra chez lui, il vit le chien couché et demanda ce qui s’était passé. On le lui raconta. Mānava se mit en colère : « Mon père est à présent dans le ciel de Brahmā, aucun chien ne s’appelle Todeyya, l’ascète Gotama a pris mon père pour un chien, il raconte n’importe quoi ! » et il se rendit au parc Anāthapiṇḍika pour demander des comptes.

Là, maître Gotama lui demanda si l’on avait trouvé la totalité du trésor de son père Todeyya. Mānava répondit que non. Maître Gotama conseilla à Mānava de retourner chez lui, de prendre soin du chien et de lui demander où se trouvait trésor, Mānava verrait alors qui a dit la vérité. Mānava procéda comme conseillé, le chien trotta vers un certain coin et commença à gratter le sol. Mānava creusa là et déterra le trésor. Il fut alors convaincu que l’ascète Gotama savait tout des renaissances.

Ainsi ai-je entendu.

En ce temps-là le Bienheureux séjournait, près de Sāvatthi, dans le parc Anāthapiṇḍika du bois Jéta.

Or le beau Mānava, fils de Todeyya, vint trouver le Bienheureux qu’il salua en arrivant. Ils échangèrent des paroles aimables et mémorables qu’il conclut en s’asseyant convenablement. Une fois bien assis, le beau Mānava demanda au Bienheureux :

— Pour quelle cause, honorable Gotama, pour quelle raison voit-on parmi les hommes des êtres inférieurs et d’autres supérieurs ? On en voit certains dont la vie est courte et d’autres qui vivent longtemps, on en voit de malades et d’autres en bonne santé, on en voit de laids et d’autres beaux, on en voit d’obscurs et d’autres célèbres, on en voit de pauvres et d’autres riches, on en voit de famille humble et d’autres de famille éminente, on en voit d’idiots et d’autres intelligents. Quelle en est la cause, quelle en est la raison ?

— Les êtres ont leurs actes en propre, Mānava, ils héritent de leurs actes, ils dépendent de leurs actes, ils ont leurs actes pour compagnons, leurs actes comme refuge. Ce sont les actes qui divisent les êtres en supérieurs et inférieurs.

— Je ne comprends pas clairement ce que l’honorable Gotama vient de dire sans le détailler. Il serait bon que l’honorable Gotama m’expose l’enseignement de telle sorte que je puisse en comprendre tous les détails.

— Dans ce cas, Mānava, écoute et fais bien attention, je vais parler.

— Bien, vénérable, répondit Mānava.

Et le Bienheureux dit ceci :

— Prenons, Mānava, le cas d’une femme ou d’un homme qui a détruit le souffle vital avec férocité, qui a les mains couvertes de sang et persiste dans le meurtre et la destruction sans aucune pitié pour les êtres vivants. Celui qui a commis de telles actions et s’y est complu, apparaît lors de la dissolution du corps, après la mort, dans une existence inférieure, une mauvaise destinée, un état de déchéance, un enfer. Et s’il n’atteint pas un tel état, s’il atteint la condition humaine(*), il vivra peu de temps quel que soit son lieu de naissance. Car elles mènent au raccourcissement de la vie, cette action de détruire le souffle vital, cette férocité, ces mains couvertes de sang, cette persistance dans le meurtre et la destruction, cette cruauté envers les êtres vivants.

Il y a quatre sortes d’actions selon leur effet : générer une nouvelle situation (dans la vie présente ou après), renforcer l’effet d’une autre action et le prolonger, atténuer l’effet d’une autre action et l’abréger, stopper l’effet d’une autre action et le remplacer par le sien.

Voici au contraire, Mānava, une femme ou un homme qui a renoncé à détruire le souffle vital, il s’est abstenu de le détruire, a posé le bâton, posé l’épée, il est resté respectueux, amical et soucieux de l’intérêt de tout ce qui respire et existe. Celui qui a agi ainsi et persisté dans cette attitude, apparaît lors de la dissolution du corps, après la mort, dans une bonne destinée, un monde céleste. Et s’il n’atteint pas un tel état, s’il atteint la condition humaine, où qu’il renaisse il vivra longtemps. Car elle mène à l’allongement de la vie, cette action de renoncer à détruire le souffle vital, de s’abstenir de le détruire, de poser l’épée et le bâton, de rester respectueux, amical et soucieux de l’intérêt de tout ce qui respire et existe.

Prenons maintenant, Mānava, le cas d’une femme ou d’un homme qui a frappé autrui avec la main, à coups de pierres, de bâton, ou avec une épée. Celui qui a commis de telles actions et s’y est complu, apparaît lors de la dissolution du corps, après la mort, dans une existence inférieure, une mauvaise destinée, un état de déchéance, un enfer. Et s’il n’atteint pas un tel état, s’il atteint la condition humaine, il subira de grandes souffrances (maladies, épidémies, etc.) où qu’il soit né. Car elle mène à l’augmentation de la souffrance, cette action de frapper avec la main, avec des pierres, un bâton ou une épée.

Voici au contraire, Mānava, une femme ou un homme qui a renoncé à frapper… Celui qui a agi ainsi et s’y est complu… apparaît dans une bonne destinée, un monde céleste. Et s’il n’atteint pas un tel état, s’il atteint la condition humaine, il connaîtra peu de souffrances. Car elle mène à la diminution des souffrances, cette action de renoncer à frapper…

Prenons aussi, Mānava, le cas d’une femme ou d’un homme irritable et emporté. Quand on lui faisait ne serait-ce qu’un petit reproche, il s’en offusquait, s’en irritait, devenait agressif, s’entêtait, se mettait en colère, manifestait de l’aversion ou de la défiance. Celui qui a commis de telles actions apparaît dans une existence inférieure… Et s’il atteint la condition humaine, il sera laid. Car elle mène à un enlaidissement(*) cette action de se mettre en colère…

Quelqu’un qui se met en colère est laid tant que dure sa colère, quel que soit son aspect par ailleurs.

Voici au contraire, Mānava, une femme ou un homme qui n’était ni irritable ni emporté. Même quand on lui faisait de grands reproches, il ne s’en offusquait pas, ne s’en irritait pas, ne devenait pas agressif, ne s’entêtait pas et ne manifestait pas de colère, d’aversion ni de défiance. Celui qui a agi ainsi… apparaît dans une bonne destinée… Et s’il atteint la condition humaine, il sera resplendissant. Car elle mène à un embellissement cette action qui s’oppose à la colère…

Prenons encore, Mānava, le cas d’une femme ou d’un homme qui a été jaloux. Il a jalousé la réussite et les belles œuvres d’autrui, il a jalousé l’estime, le respect ou la vénération qu’on leur témoignait, il les a critiqués et sa jalousie a grandi. Celui qui a commis de telles actions apparaît dans une existence inférieure… Et s’il atteint la condition humaine, il sera rejeté et dédaigné. Car elle mène à refuser (les vertus d’autrui) cette action de jalouser…

Voici au contraire, Mānava, une femme ou un homme qui n’était pas jaloux. Il n’a pas jalousé la réussite et les belles œuvres d’autrui, non plus que le respect ou la vénération qu’on leur témoignait, il ne les a pas critiqués et sa jalousie n’a pas grandi. Celui qui a agi ainsi… apparaît dans une bonne destinée… Et s’il atteint la condition humaine, on recherchera sa compagnie. Car elle mène à une plus haute considération cette action qui s’oppose à la jalousie…

Prenons aussi, Mānava, le cas d’une femme ou d’un homme qui, par avarice, ne donnait pas aux ascètes et aux brahmanes de nourriture, de boisson, de robes ni de véhicules, pas de colliers, de parfum ni d’onguents, de literie, de toit ni de lampe. Celui qui a commis de telles actions apparaît dans une existence inférieure… Et s’il atteint la condition humaine, il sera pauvre. Car il mène à un appauvrissement, ce refus de donner…

Voici au contraire, Mānava, une femme ou un homme qui donnait aux ascètes et aux brahmanes nourriture et boisson, robes et véhicules, colliers, parfum et onguents, literie, toit et lampe. Celui qui a agi ainsi… apparaît dans une bonne destinée… Et s’il atteint la condition humaine, il sera riche. Car elle mène à l’enrichissement, cette action de donner…

Prenons encore, Mānava, le cas d’une femme ou d’un homme prétentieux et vaniteux. Il ne saluait pas qui devait l’être, il ne se levait pas quand il le devait, il ne cédait pas sa place (d’assise) à qui le méritait, il ne cédait pas le passage à qui il aurait dû, il n’honorait pas qui devait être honoré, il ne respectait pas qui devait être respecté, il n’estimait pas qui devait être estimé, il ne révérait pas qui devait être révéré. S’il a commis de telles actions…, il apparaît dans une existence inférieure… Et s’il atteint la condition humaine, il naît dans une pauvre famille. Car elles mènent à l’irrespect ces actions prétentieuses…

Voici au contraire, Mānava, une femme ou un homme sans prétention ni vanité… S’il a agi ainsi… il apparaît dans une bonne destinée… Et s’il atteint la condition humaine, il naît dans une famille éminente. Car elles mènent au respect, ces actions dépourvues de prétention et de vanité…

Prenons enfin, Mānava, le cas d’une femme ou d’un homme qui n’a pas demandé, quand il rencontrait un ascète ou un brahmane, ce qui est profitable et ce qui est nuisible, ce qui est blâmable et ce qui ne l’est pas, ce qu’il faut pratiquer et ce qu’il faut éviter, ce qui lui sera bienfait et bonheur pour longtemps et ce qui lui sera nuisance et malheur pour longtemps. S’il a commis de telles actions…, il apparaît dans une existence inférieure… Et s’il atteint la condition humaine, il sera stupide. Car elle mène à l’idiotie cette action de ne pas interroger…

Voici au contraire, Mānava, une femme ou un homme qui a demandé, quand il rencontrait un ascète ou un brahmane, ce qui est profitable… S’il a agi ainsi… il apparaît dans une bonne destinée… Et s’il atteint la condition humaine, il sera intelligent. Car elle mène à la compréhension cette action qui consiste à interroger un ascète ou un brahmane quand on le rencontre…

Ainsi, Mānava, les actions qui raccourcissent la vie débouchent sur une vie courte et celles qui allongent la vie débouchent sur une vie longue. Les actions qui accroissent la souffrance débouchent sur de grandes souffrances et celles qui la diminuent débouchent sur peu de souffrance. Les actions qui enlaidissent débouchent sur la laideur et celles qui embellissent débouchent sur la beauté. Les actions qui tendent à rejeter débouchent sur un rejet et celles qui tendent à estimer débouchent sur une plus haute estime. Les actions qui appauvrissent débouchent sur la pauvreté et celles qui enrichissent débouchent sur la richesse. Les actions qui refusent d’honorer débouchent dans une famille humble et celles qui honorent débouchent dans une famille éminente. Les actions qui favorisent la bêtise débouchent sur l’idiotie et celles qui favorisent la compréhension débouchent sur l’intelligence.

Les êtres ont leurs actes en propre, Mānava, ils héritent de leurs actes, ils dépendent de leurs actes, ils ont leurs actes pour compagnons, leurs actes comme refuge. Ce sont les actes qui divisent les êtres en supérieurs et inférieurs.

Ainsi parla le Bienheureux. Et le beau Mānava s’écria :

— C’est merveilleux, honorable Gotama ! C’est merveilleux, honorable Gotama ! C’est comme si l’honorable Gotama avait redressé ce qui penchait, avait révélé ce qui était caché, avait montré le chemin à l’égaré, et avait apporté une lampe dans l’obscurité pour que ceux qui ont des yeux voient ! C’est ainsi de plusieurs façons que l’honorable Gotama a exposé l’enseignement. Je cherche refuge auprès de l’honorable Gotama, du Dhamma et du Sangha. Que l’honorable Gotama me considère dès à présent comme un upāsaka qui gardera le refuge tant qu’il lui restera un souffle de vie.

infos sur cette page

Origine : Enseignements et discussions entre Bouddha, ses disciples, ses antagonistes… (Nord de l’Inde actuelle)

Date : Ve siècle avant notre ère

Traducteur : Christian Maës

Mise à jour : 25 févr. 2011