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MN 140 - dhātuvibhaṅga sutta

Le récit de la division des éléments

Pukkusati était devenu roi de Takka au moment où Bimbisāra montait sur le trône du Magadha, ils avaient le même âge. Malgré l’éloignement de leurs pays, ils nouèrent des liens d’amitié par l’intermédiaire des marchands qui allaient d’un royaume à l’autre, et ils conclurent des accords pour favoriser le commerce. Ils échangèrent plusieurs fois des cadeaux en gage d’amitié. Dans ce contexte, Bimbisāra envoya à Pukkusati une plaque en or sur laquelle était gravée l’annonce qu’un Tathāgata était apparu dans le monde, ainsi que des éloges du Bouddha, du Dhamma et du Sangha.

Pukkusati fut ému à l’extrême par ce qu’il lut. Il pratiqua la vigilance à l’inspir-expir et atteignit l’absorption contemplative. Il décida de renoncer à la royauté, fit apporter du marché deux robes couleur safran et un bol en argile, quitta son palais et devint un sans-foyer. Il choisit l’ascète Gotama comme maître, bien qu’il ne l’eut jamais vu.

Il chemina par étapes vers Rājagaha, capitale du Magadha, car la plaque en or lui laissait croire que maître Gotama s’y trouvait. Il ne s’arrêta donc pas à Sāvatthi où séjournait le Bienheureux, et atteignit Rājagaha, où il logea chez Bhaggava le potier, lequel hébergeait volontiers des renonçants, novices ou non.

Chaque matin, maître Gotama avait l’habitude d’observer le monde avec son œil divin. Un jour il vit Pukkusati et le danger mortel qui le menaçait. Il collecta sa nourriture dans Sāvatthi avec les moines avant de partir seul sans prévenir personne, et il se hâta vers Rājagaha.

Ainsi ai-je entendu.

En ce temps-là le Bienheureux voyageait chez les Magadhesis. Il se hâta vers Rājagaha et se rendit chez Bhaggava le potier auquel il dit :

— Si cela ne te dérange pas, Bhaggava, je passerai la nuit dans ton atelier.

— Cela ne me dérange pas, Maître, mais il y a là un renonçant qui est arrivé le premier. S’il y consent, tu pourras y demeurer autant qu’il te plaira.

Il y avait à cette époque un fils de bonne famille du nom de Pukkusati qui était passé du foyer au sans-foyer par confiance dans le Bienheureux. C’était lui qui était arrivé le premier dans l’atelier du potier. Le Bienheureux alla trouver le Vénérable Pukkusati, l’aborda et lui dit :

— Si cela ne te dérange pas, moine, je resterai cette nuit dans l’atelier.

— L’atelier du potier est vaste, mon ami. Le vénérable peut y demeurer autant qu’il lui plaira.

Le Bienheureux entra donc dans l’atelier du potier, arrangea une litière d’herbes dans un coin et s’assit, jambes croisées, dos droit, en fixant l’attention devant lui.


Il resta assis une grande partie de la nuit. Le Vénérable Pukkusati aussi resta assis une grande partie de la nuit. Alors, le Bienheureux pensa : « Ce fils de bonne famille ne se comporte-t-il pas de belle manière ? Je dois l’interroger. » Le Bienheureux demanda au Vénérable Pukkusati :

— Pour qui es-tu passé du foyer au sans-foyer, moine ? Qui est ton maître ? Dans quel Dhamma trouves-tu ton bonheur ?

— Il y a, mon ami, l’ascète Gotama, un fils des Sakyas, qui a quitté le clan Sakya. Une flatteuse réputation accompagne le Bienheureux Gotama : Le Bienheureux est accompli et parfait Bouddha, doué de science et de bonne conduite, bien allé, connaisseur du monde, suprême, cocher des mâles à dresser, maître des brahmā et des hommes, Bouddha, Maître suprême(*). C’est pour ce Maître que j’ai quitté mon foyer, le Bienheureux est mon maître, c’est dans son Dhamma que je me complais.

Chacun de ces termes est expliqué en Visud VII 2.

— Mais où demeure à présent ce Bienheureux accompli et parfait Bouddha ?

— Il y a dans les régions du nord, mon ami, une ville du nom de Sāvatthi. C’est là que séjourne à présent le Bienheureux accompli et parfait Bouddha.

— As-tu déjà vu le Bienheureux, moine ? Et si tu le voyais, le reconnaîtrais-tu ?

— Je n’ai encore jamais vu le Bienheureux, mon ami, et si je le voyais, je ne le reconnaîtrais pas.

Le Bienheureux pensa : « C’est pour moi que ce fils de bonne famille a quitté son foyer, je dois lui indiquer l’Enseignement ». Il s’adressa au Vénérable Pukkusati :

— Je vais t’indiquer l’Enseignement, moine. Écoute et fais bien attention, je vais parler.

— Bien, mon ami, répondit le Vénérable Pukkusati.

Le Bienheureux lui dit(*) :

— L’homme n’est rien d’autre que six éléments, moine, six zones de contact, dix-huit comportements mentaux, et quatre supports grâce auxquels les imaginations débridées de l’esprit ne se produisent plus — quand elles sont stoppées, on parle de Sage apaisé. Il faut ne pas relâcher la sagacité, préserver continuellement la vérité, toujours développer le renoncement et s’exercer totalement à la paix. Ainsi s’énonce la division des éléments.

Pukkusati était un sāmaṇera, il en avait déjà la stricte vertu extérieure et intérieure, ainsi qu’une intense concentration. Le Bienheureux lui indiqua donc directement la supravoyance.

À quoi se rapporte la phrase « L’homme n’est rien d’autre que six éléments, moine » ? Elle se rapporte à l’élément terre, à l’élément eau, à l’élément feu, à l’élément vent, à l’élément espace et à l’élément conscience. C’est de ces six éléments que l’on parle ici.

À quoi se rapporte « L’homme n’est rien d’autre que six zones de contact » ? Cela se rapporte à l’œil comme zone de contact (avec les apparences visibles), à l’oreille… au nez… à la langue… au corps… et à la faculté de connaître comme zone de contact (avec les connaissables). C’est de ces six zones de contact que l’on parle ici.

À quoi se rapporte « L’homme n’est rien d’autre que dix-huit comportements mentaux » ? Quand on voit une apparence avec l’œil, on la considère avec satisfaction, ou on la considère avec mécontentement, ou on la considère avec neutralité. Quand on entend un son avec l’oreille… Quand on sent une odeur avec le nez… Quand on goûte une saveur avec la langue… Quand on sent un toucher avec le corps… Quand on connaît un connaissable avec la faculté de connaître, on le considère avec satisfaction, ou avec mécontentement, ou avec neutralité. Ainsi y a-t-il six comportements de satisfaction, six de mécontentement et six de neutralité. C’est de ces dix-huit comportements mentaux que l’on parle ici.

À quoi se rapporte « L’homme n’est rien d’autre que quatre supports ? » Au support de la sagacité, au support de la vérité, au support du renoncement et au support de l’apaisement. C’est de ces quatre supports que l’on parle ici.

À propos de quoi dit-on « Il faut ne pas relâcher la sagacité, préserver continuellement la vérité, toujours développer le renoncement et s’exercer totalement à la paix » ?

Et, pour commencer, de quelle façon doit-on ne pas relâcher la sagacité ?

Il y a donc ces six éléments, l’élément terre, l’élément eau, l’élément feu, l’élément vent, l’élément espace et l’élément conscience.

Qu’est-ce que l’élément terre, moine ? On distingue son propre élément terre et l’élément terre extérieur à soi. Parmi ce qui est propre à soi, intérieur à soi, tout ce qui est dur ou solide, et saisi (comme moi ou comme mien), constitue son propre élément terre, à savoir : les cheveux, les poils, les ongles, les dents, la peau, la chair, les ligaments, les os, la moelle, les reins, le cœur, le foie, la membrane, la rate, les poumons, le tube digestif, l’attache du tube digestif, le contenu de l’estomac, les fèces et tout autre constituant propre à soi, intérieur à soi, dur ou solide, et saisi. Cet élément terre propre à soi et l’élément terre extérieur à soi forment l’élément terre dans son ensemble, et il faut le voir, tel qu’il est, avec une juste sagacité : « Ceci n’est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n’est pas pour moi un moi-autonome ». Et si on le voit avec cette juste sagacité, on se désintéresse de l’élément terre, l’élément terre n’envoûte plus l’esprit.

Qu’est-ce que l’élément eau ? On distingue son propre élément eau et l’élément eau extérieur à soi. Parmi ce qui est propre à soi, intérieur à soi, tout ce qui est fluide ou liquide, et saisi, constitue son propre élément eau, à savoir la bile, le flegme, le pus, le sang, la sueur, la graisse, les larmes, le sébum, la salive et tout autre constituant propre à soi, intérieur à soi, fluide ou liquide, et saisi. Cet élément eau propre à soi et l’élément eau extérieur à soi forment l’élément eau dans son ensemble, et il faut le voir, tel qu’il est, avec une juste sagacité : « Ceci n’est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n’est pas pour moi un moi-autonome ». Et si on le voit avec cette juste sagacité, on se désintéresse de l’élément eau, l’élément eau n’envoûte plus l’esprit.

Qu’est-ce que l’élément feu ? On distingue son propre élément feu et l’élément feu extérieur à soi. Parmi ce qui est propre à soi, intérieur à soi, tout ce qui est chaleur ou échauffement, et saisi, constitue son propre élément feu, à savoir la fièvre, l’assèchement de la vieillesse, les brûlures, la digestion du mangé, du bu, du mâché et du savouré, et tout autre constituant propre à soi, intérieur à soi, chaleur ou échauffement, et saisi. Cet élément feu propre à soi et l’élément feu extérieur à soi forment l’élément feu dans son ensemble, et il faut le voir, tel qu’il est, avec une juste sagacité : « Ceci n’est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n’est pas pour moi un moi-autonome ». Et si on le voit avec cette juste sagacité, on se désintéresse de l’élément feu, l’élément feu n’envoûte plus l’esprit.

Qu’est-ce que l’élément vent ? On distingue son propre élément vent et l’élément vent extérieur à soi. Parmi ce qui est propre à soi, intérieur à soi, tout ce qui est souffle ou mouvement, et saisi, constitue son propre élément vent, à savoir les souffles montants(*), les souffles descendants, les souffles abdominaux, les souffles intestinaux, les souffles qui meuvent les membres, l’inspiration, l’expiration et tout autre constituant propre à soi, intérieur à soi, souffle ou mouvement, et saisi. Cet élément vent propre à soi et l’élément vent extérieur à soi forment l’élément vent dans son ensemble, et il faut le voir, tel qu’il est, avec une juste sagacité : « Ceci n’est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n’est pas pour moi un moi-autonome ». Et si on le voit avec cette juste sagacité, on se désintéresse de l’élément vent, l’élément vent n’envoûte plus l’esprit.

Les souffles montants font vomir, cracher, roter, etc. Les souffles descendants font uriner et déféquer.

Qu’est-ce que l’élément espace ? On distingue son propre élément espace et l’élément espace extérieur à soi. Parmi ce qui est propre à soi, intérieur à soi, tout ce qui est ouverture ou espace, et saisi, constitue son propre élément vent, à savoir les conduits auditifs, les narines, l’ouverture de la bouche, là par où on avale le mangé, le bu, le mâché et le savouré, là où on le stocke, là par où on l’évacue, et tout autre constituant propre à soi, intérieur à soi, ouverture ou espace, et saisi. Cet élément espace propre à soi et l’élément espace extérieur à soi forment l’élément espace dans son ensemble, et il faut le voir, tel qu’il est, avec une juste sagacité : « Ceci n’est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n’est pas pour moi un moi-autonome ». Et si on le voit avec cette juste sagacité, on se désintéresse de l’élément espace, l’élément espace n’envoûte plus l’esprit.

Il ne subsiste alors, moine, qu’un état de conscience bien épuré et limpide, et l’on connaît toutes choses avec cette qualité de conscience. On reconnaît ainsi l’agréable, on reconnaît ainsi le désagréable (dukkha) on reconnaît ainsi le neutre.

Quand un contact est source de bien-être, il y a un ressenti agréable. Et quand on ressent cette sensation agréable, on reconnaît clairement que l’on ressent une sensation agréable. Quand ce contact cesse, on reconnaît : « Ce ressenti agréable qui s’est produit en raison d’un contact approprié disparaît à présent et s’évanouit ».

Quand un contact est source de mal-être, il y a un ressenti désagréable. Et quand on ressent cette sensation désagréable, on reconnaît clairement que l’on ressent une sensation désagréable. Quand ce contact cesse, on reconnaît : « Ce ressenti désagréable qui s’est produit en raison d’un contact approprié disparaît à présent et s’évanouit ».

Quand un contact n’est source ni de mal-être ni de bien-être, il n’y a un ressenti ni désagréable ni agréable. Et quand on ressent cette sensation neutre, on reconnaît clairement que l’on ressent une sensation neutre. Quand ce contact cesse, on reconnaît : « Ce ressenti neutre qui s’est produit en raison d’un contact approprié disparaît à présent et s’évanouit ».

Si l’on rapproche deux tisons jusqu’à les mettre en contact, ils chauffent et le feu prend. Et si on les écarte d’une façon ou d’une autre, leur chaleur tombe et disparaît. De même, quand un contact est source de bien-être, de mal-être, ou ni de l’un ni de l’autre, il y a un ressenti agréable, désagréable ou neutre. On reconnaît ce ressenti. Quand le contact cesse, on reconnaît que le ressenti associé au contact disparaît et s’évanouit.

Il ne subsiste alors, moine, qu’un regard neutre bien épuré, limpide, souple, malléable et resplendissant.

Supposons qu’un orfèvre chevronné ou un apprenti orfèvre prépare un creuset. Une fois le creuset prêt, il y allume du feu. Il prend ensuite de l’or brut avec des pincettes et l’introduit par l’ouverture du creuset. Tantôt il l’attise, tantôt il l’asperge d’eau, tantôt il l’examine de près. L’or brut se raffine de plus en plus, perd ses impuretés, n’a plus de scories, devient souple, malléable, resplendissant, et il convient à la fabrication de n’importe quel bijou que l’on veuille faire, que ce soit une bague, une boucle d’oreille, un collier ou une guirlande en or. De même, il ne subsiste plus que ce regard neutre bien épuré, limpide, souple, malléable et resplendissant.

On reconnaît alors : « Si je tourne ce regard neutre bien épuré et limpide vers le domaine de l’espace infini et que je produis l’état d’être correspondant, le regard neutre relatif à cet état et nourri par lui peut durer très longtemps. Si je tourne ce regard neutre bien épuré et limpide vers le domaine de la conscience infinie et que je produis l’état d’être correspondant, le regard neutre relatif à cet état et nourri par lui peut durer très longtemps. Si je tourne ce regard neutre bien épuré et limpide vers le domaine du néant et que je produis l’état d’être correspondant, le regard neutre relatif à cet état et nourri par lui peut durer très longtemps. Si je tourne ce regard neutre bien épuré et limpide vers le domaine sans perception ni absence de perception et que je produis l’état d’être correspondant, le regard neutre relatif à cet état et nourri par lui peut durer très longtemps.

Mais on reconnaît aussi : « Si je tourne ce regard neutre bien épuré et limpide vers le domaine de l’espace infini et que je produis l’état d’être correspondant, cet état est encore conditionné(*). Si je tourne ce regard neutre bien épuré et limpide vers le domaine de la conscience infinie et que je produis l’état d’être correspondant, cet état est encore conditionné. Si je tourne ce regard neutre bien épuré et limpide vers le domaine du néant et que je produis l’état d’être correspondant, cet état est encore conditionné. Si je tourne ce regard neutre bien épuré et limpide vers le domaine sans perception ni absence de perception et que je produis l’état d’être correspondant, cet état est encore conditionné.

Cet état n’est pas éternel, il est voulu, créé, produit par des causes et des conditions.

Alors, on ne construit plus rien, on n’a plus aucun dessein d’exister ou de disparaître. Ne construisant plus rien et n’ayant plus aucun dessein d’existence ou de disparition, on ne s’attache plus à rien dans le monde. Ne s’attachant plus à rien, on n’a plus soif de rien. N’ayant plus soif de rien, on atteint en soi-même le complet Dénouement. On reconnaît que la naissance est détruite, la vie sainte achevée, fait ce qui était à faire et rien de plus ici-bas.

Ensuite, quand on ressent une sensation agréable, on la reconnaît comme temporaire, on reconnaît qu’il ne faut pas s’y attacher, on reconnaît qu’il ne faut pas s’en satisfaire. Quand on ressent une sensation désagréable, on la reconnaît comme temporaire, on reconnaît qu’il ne faut pas s’y attacher, on reconnaît qu’il ne faut pas s’en satisfaire. Quand on ressent une sensation neutre, on la reconnaît comme temporaire, on reconnaît qu’il ne faut pas s’y attacher, on reconnaît qu’il ne faut pas s’en satisfaire.

Et, quand on ressent une sensation agréable, on la ressent sans y être attaché. Quand on ressent une sensation désagréable, on la ressent sans y être attaché. Quand on ressent une sensation neutre, on la ressent sans y être attaché.

Quand on ressent une sensation limitée au corps, on reconnaît qu’on ressent une sensation limitée au corps. Quand on ressent une sensation limitée à la vie, on reconnaît qu’on ressent une sensation limitée à la vie. On reconnaît que tous les ressentis dont on a joui ici-bas s’éteindront après la dissolution du corps, quand la vie sera épuisée.

Une lampe à huile luit grâce à l’huile et à la mèche. Quand l’huile ou la mèche s’épuise et qu’on n’en apporte pas d’autres, la lampe n’est plus alimentée et s’éteint. De même, quand on ressent une sensation limitée au corps… une sensation limitée à la vie…, on reconnaît que tous les ressentis s’épuiseront…

Un moine qui reconnaît tout cela a le support de l’ultime sagacité, car la connaissance de la destruction de tous les malheurs représente l’ultime et pure sagacité.

Sa liberté, établie sur la vérité, est inébranlable. Car ce qui est altérable est trompeur alors que le Dénouement, qui est inaltérable, est vérité. Un tel moine a donc le support de l’ultime vérité, car le Dénouement, inaltérable, est l’ultime et pure vérité.

Quand il était sot, auparavant, il y avait les tromperies(*) achevées auxquelles il croyait. Mais elles sont à présent éliminées, éradiquées, arasées, elles n’existent plus et ne peuvent pas se reproduire dans le futur. Un moine de cette sorte a le support de l’ultime renoncement, car le rejet de toutes ces tromperies constitue l’ultime et pur renoncement.

Les tromperies, upadhi, représentées par les cinq ensembles, les souillures de l’esprit, les activités et les plaisirs sensoriels.

Quand il était sot, auparavant, il y avait la convoitise, l’attirance et l’attachement. Mais ils sont à présent éliminés, éradiqués, arasés, ils n’existent plus et ne peuvent pas se reproduire dans le futur. Quand il était sot, auparavant, il y avait l’agressivité, l’aversion et la haine, mais elles sont à présent éliminées, éradiquées, arasées, elles n’existent plus et ne peuvent pas se reproduire dans le futur. Quand il était sot, auparavant, il y avait l’aveuglement, la confusion et l’égarement, mais ils sont à présent éliminés, éradiqués, arasés, ils n’existent plus et ne peuvent pas se reproduire dans le futur. Un moine de cette sorte a le support de l’ultime apaisement, car l’élimination de l’attachement et de la confusion représente l’ultime et pur apaisement.

Quand on a dit « Il faut ne pas relâcher la sagacité, préserver continuellement la vérité, toujours développer le renoncement et s’exercer totalement à la paix », c’est de cela que l’on parlait.

À propos de quoi dit-on « grâce auxquels les imaginations débridées de l’esprit ne se produisent plus — quand elles sont stoppées on parle de Sage apaisé » ?

« je suis » : imagination(*) que cela ! « Je suis cela » : imagination que cela ! « Je serai » : imagination que cela ! « Je ne serai pas » : imagination que cela ! « J’aurai une apparence » : imagination que cela ! « Je n’aurai pas d’apparence » : imagination que cela ! « J’aurai une perception » : imagination que cela ! « Je n’aurai pas de perception » : imagination que cela ! « Je n’aurai ni perception ni absence de perception » : imagination que cela !

L’imagination, maññita, résulte d’un désir, d’une appréciation ou d’une croyance.

L’imagination est une maladie, moine, elle est un abcès, une épine. Quand on est allé au-delà de toute imagination, on parle de Sage apaisé.

Et un Sage apaisé ne naît pas, ne vieillit pas, ne tremble pas et n’a pas de désir. Il n’y a rien qui puisse le faire naître. S’il ne naît pas, comment vieillirait-il ? S’il ne vieillit pas, comment mourrait-il ? S’il ne meurt pas, que pourrait-il craindre ? S’il ne craint rien, que pourrait-il désirer ?

C’est de cela que l’on parle quand on dit : « grâce auxquels les imaginations débridées de l’esprit ne se produisent plus — quand elles sont stoppées on parle de Sage apaisé ».

Retiens donc cette division des éléments telle que je te l’ai exposée en bref, moine. »

Alors le Vénérable Pukkusati pensa : « C’est sûrement le Maître que j’ai rencontré. C’est sûrement le Bienheureux que j’ai rencontré. C’est sûrement le parfait Bouddha que j’ai rencontré ».

Il se leva, ajusta sa robe de dessus sur son épaule, inclina la tête jusqu’aux pieds du seigneur et lui dit :

— Par sottise, par erreur, par maladresse, j’ai commis une transgression, car j’ai cru pouvoir m’adresser au Bienheureux en l’appelant « mon ami ». Que le Bienheureux accepte ma transgression comme une transgression que j’éviterai dans le futur.

— Il est vrai, moine, que par sottise, par erreur, par maladresse, tu as commis une transgression en croyant pouvoir m’appeler « mon ami ». Et puisque tu as reconnu cette transgression et que tu l’as traitée selon la règle, nous l’acceptons comme telle. Car il est bon dans l’entraînement des Êtres Nobles de voir une transgression pour ce qu’elle est, de la traiter selon la règle et de s’engager à l’éviter dans le futur.

— Je voudrais recevoir l’ordination majeure en présence du Bienheureux.

— As-tu le bol et les robes au complet, moine ?

— Non, Maître, je ne les ai pas au complet.

— Les Tathāgatas ne confèrent pas l’ordination majeure à qui n’a pas le bol et les robes au complet.

Le Vénérable Pukkusati était satisfait des paroles du Bienheureux, il s’en réjouit. Puis il se leva, salua le Bienheureux, tourna autour de lui en le gardant à sa droite et s’en alla chercher ce qui lui manquait (la robe double que les bhikkhu se doivent d’avoir). Mais pendant qu’il était dans sa quête, une vache errante le priva de la vie (en l’encornant alors qu’il venait d’apercevoir un tissu abandonné sur une décharge).


Des moines allèrent en grand nombre trouver le Bienheureux. Ils le saluèrent en arrivant et s’assirent convenablement. Une fois bien assis, ils demandèrent au Bienheureux :

— Le fils de bonne famille qu’on appelait Pukkusati et auquel le Bienheureux a donné une instruction en bref a fini sa vie. Quelle est sa destinée ? Et son sort ultérieur ?

— Sage était Pukkusati, ce fils de bonne famille, moines. Il a cheminé en accord avec l’enseignement et ne m’a pas ennuyé par une controverse sur cet enseignement. Pukkusati a éliminé les cinq chaînes qui lient aux états inférieurs. Là où il a pris naissance, il a atteint le complet Dénouement sans avoir à revenir de ce monde-là.

Ainsi parla le Bienheureux.

Les moines furent satisfaits des paroles du Bienheureux et ils s’en réjouirent.

infos sur cette page

Origine : Enseignements et discussions entre Bouddha, ses disciples, ses antagonistes… (Nord de l’Inde actuelle)

Date : Ve siècle avant notre ère

Traducteur : Christian Maës

Mise à jour : 25 févr. 2011