Cliquez ici pour afficher normalement la page (avec mise en forme et graphisme). Si ça ne fonctionne pas, vérifiez que votre navigateur accepte JavaScript et supporte les CSS. Nous vous recommandons un navigateur respectant les standards, tel que : Google Chrome, Firefox, Safari…

Vous êtes ici : accueil > vipassanā > a à z (1/2)
De A à Z (a-m)

toute la démarche pour mener à bien une retraite vipassanā

Ce texte est disponible sur un livret téléchargeable sur ce site.

A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z

A

Analyse

La toute première étape qui nous pousse à entamer une démarche susceptible de nous mener à la réalisation du dhamma, c’est l’analyse. Nous remettons tout en question : nos convictions, nos idées, nos croyances, nos principes, nos habitudes, notre manière de vivre, de travailler, etc. Nous vidons entièrement notre sac sur le sol et considérons chaque élément en détail.

Pour chacun de nos projets, de nos souhaits et de nos ambitions, nous essayons de réfléchir concrètement, par soi, les bénéfices ou les inconvénients, l’utilité ou l’inutilité, que nous pouvons en retirer pour nous-mêmes ou pour les autres. Dans ces analyses, nous prenons bien soin de laisser de côté tout ce que nous en savons par les autres, même des personnes de confiance. L’essentiel est de comprendre par soi-même, pour chaque chose, si elle est avantageuse, futile ou nuisible.

En s’entraînant à observer le monde tel qu’il est, en sachant objectivement et régulièrement analyser les situations, des prises de conscience se produisent naturellement ; de plus en plus fréquemment et de plus en plus profondément.

Seule, une investigation minutieuse l’existence que nous vivons nous permet de comprendre par soi-même – sans appui sur des on-dit non vérifiables –, ce qui est sain et ce qui est malsain. Là est le début de la sagesse. Une autre conséquence est de savoir vraiment ce que nous voulons. Ainsi, nous pouvons nous engager pleinement, en toute confiance et efficacement, sur une voie riche en bénéfices à court et à long terme. Tant que la bienveillance, la prudence et l’analyse objective – dépourvue de tout préjugé et de toute croyance – sont de mise, la voie choisie est profitable, car elle est inéluctablement orientée vers le développement de la connaissance juste de la réalité.

Pour une analyse valable, il importe d’abandonner, de rejeter, de mettre une croix sur toutes nos croyances, même si nous sommes intimement convaincus (ce qui est généralement le cas) de leur véracité. Cet abandon est le plus difficile à faire, car les croyances sont les attachements les plus profonds que nous ayons.

Grâce à l’analyse sur les conditions de notre existence, nous comprenons – entre autres – que le fait de prendre plaisir à une sensation provoque de l’attachement. La fin de cette sensation plaisante provoquera alors inévitablement de la souffrance, à la mesure même de l’attachement qui aura été créé pour elle. Par exemple, plus nous nous attachons à un être, et plus nous éprouverons de la souffrance à sa mort (ou en s’en séparant d’une manière ou d’une autre). Naturellement, il en est de même pour la moindre des sensations. Il va sans dire que cette souffrance est sans le moindre bénéfice, et même plutôt néfaste. L’attachement est donc néfaste, stupide et sans bénéfice. En nous séparant d’une personne pour qui nous n’avons pas d’attachement, nous n’éprouvons aucune souffrance ; le mental reste clair. Est-il besoin de préciser que nous sommes beaucoup plus amènes d’aider sainement une personne pour qui nous n’avons pas d’attachement ?

Nous comprenons aussi que l’existence n’est qu’un flot continuel de souffrances, dans lequel nous ne pouvons rien faire d’autre que tourner en rond. Parfois, nous tournons en rond agréablement, parfois nous tournons en rond désagréablement. Quelle satisfaction peut-il y avoir à cela ?

Pour mettre un terme à la souffrance, il n’y a qu’un moyen : l’éradication de l’avidité, de l’aversion et de l’ignorance, qui constituent la racine de l’attachement, de toutes les impuretés du mental. Seule, la paix de nibbāna est vide de souffrance. Pour gagner cette paix, il faut alors éliminer l’avidité, l’aversion et l’ignorance. Pour éliminer l’avidité, l’aversion et l’ignorance, il convient de s’entraîner au développement de la connaissance juste de la réalité.

Lorsque cette connaissance est pleinement accomplie, l’ignorance est éradiquée, et le reste des impuretés mentales ne se manifestent plus jamais. N’étant plus attaché aux sensations, le mental cesse de courir vainement après les plaisirs sensoriels.

Par une analyse profonde de la réalité, ayant trouvé par nous-mêmes la voie juste, nous devons établir les bases de notre entraînement…

B

Bases

Nos actes corporels, verbaux, et même mentaux, sont dominés par la bienveillance et la bienfaisance. Nous nous entraînons à la générosité chaque fois que s’en présente l’opportunité. Nous octroyons des dons, de préférence à des personnes qui en ont besoin. Le don en nature est toujours nettement plus positif que le don d’argent, car d’une part, il nécessite plus d’effort, et d’autre part, on est assuré qu’il s’agira d’un don sain, qui ne pourra pas être transformé en quelque chose de négatif (mauvaise distribution de l’argent, achat d’alcool, etc.)

Toutefois, le don n’est pas limité aux objets. Nous donnons aussi de notre temps, de notre présence, de notre savoir. La pratique idéale de la générosité consiste à donner toujours ce que nous avons de mieux, de neuf, de beau, de belle qualité, tout en gardant pour soi ce qui est moins bien, usagé, laid, de mauvaise qualité, ou plus simplement, savoir se contenter de peu, ne garder pour soi que ce qui est strictement nécessaire.

Outre le développement d’actions méritoires, comme la générosité ou la bienveillance, la base de la voie qui conduit à la connaissance juste de la réalité est principalement constituée par la vertu. Pour nous établir dans la vertu, nous n’avons rien à faire ! Au contraire, il nous faut seulement nous abstenir de faire ce qui est malsain. Rien n’est plus facile, sauf si nous avons de mauvaises habitudes fortement imprégnées. Dans ce cas, c’est précisément sur ces faiblesses qu’il nous faut focaliser notre entraînement de tous les jours.

Il est impossible d’envisager une progression dans la concentration ou dans la vision directe de la réalité en adoptant une mauvaise conduite. Pour développer la connaissance, le mental doit être pur. S’il est entaché de haine, de malhonnêteté, de lubricité, de tromperie, d’intoxication ou d’avidité excessive, comment peut-il voir la réalité telle qu’elle apparaît ? Dans ces conditions, comment peut-il œuvrer à l’accroissement de la tranquillité, de la concentration et de la sagesse ?

Il est donc primordial de faire de notre existence, de chaque situation qu’elle nous offre – facile ou difficile –, un entraînement à la vertu, où nous évitons tout acte susceptible d’être nuisible, voire inutile. Nous nous efforçons d’avoir le mental toujours clair, de plus en plus propre, en demeurant parfaitement honnête, quel que soit le contexte.

Quelle que soit notre voie, le minimum auquel nous devrions nous tenir est l’observation des cinq préceptes.

Une fois bien établis dans la vertu, nous sommes prêts pour commencer l’entraînement du développement à vipassanā

C

Commencement

L’entraînement à la vision directe, qui mène à la libération de toutes les souffrances et de toutes les insatisfactions, est comme une haute montagne. Le début est aisé pour la plupart d’entre nous. La dernière pente qui mène au sommet, très abrupte, exige toute notre énergie, toute notre concentration, toute notre vigilance et toute notre confiance. Armés de ces bons piolets et de ces bonnes cordes, nous sommes en mesure d’escalader la pente finale de la vipassanā avec la plus grande des facilités.

Pour ce faire, l’idéal est évidemment une retraite intensive de plusieurs mois dans un centre de méditation. Toutefois, il se peut que nous n’ayons pas la possibilité de le faire, ou tout du moins pas dans l’immédiat. Il y a deux raisons principales à cela : soit parce que nous ne sommes pas prêts à mener une telle existence, où l’effort et la concentration sont appliquées sans relâche – de l’instant du réveil à celui de l’endormissement le soir –, soit parce que nous avons encore des obstacles qui nous empêchent de partir (travail, enfants, responsabilités, moyens insuffisants, etc.)

Dans tous les cas, rien ne nous empêche de nous entraîner à l’observation des perceptions de manière occasionnelle. Certes insuffisante, cette façon de faire permet néanmoins de nous mettre petit à petit dans le bain. Contrairement à samatha, qui exige une tranquillité parfaite, l’entraînement qui développe vipassanā prend pour objet tout ce qui apparaît à la conscience, quoi que ce soit, où que ce soit, quelles que soient les conditions et quel que soit l’environnement. Cependant, un lieu peu agité et peu bruyant s’avère nettement plus propice pour un débutant.

Nous commençons toujours cette démarche avec les moyens dont nous disposons.

Ainsi, nous faisons des petites séances chez soi, durant des instants calmes et faibles en activité, avant que n’arrive le jour où l’on pourra s’y investir complètement dans un centre ou dans un monastère en Asie. Tant que nous demeurons encore au sein de la vie laïque (en famille, à l’université, au travail, etc.), nous ne pouvons rien faire de mieux que de nous entraîner à la concentration, au calme mental, à l’attention et à la vigilance chaque fois que se présente un moment creux : dans le train, dans l’autobus, dans une salle d’attente, dans un parc, à la queue aux caisses d’un supermarché, en prenant le repas, le soir avant de s’endormir, etc.

Cela revient, pour l’alpiniste, à s’entraîner en salle, sur un mur jonché de prises en résine, les cordes attachées à une poutre métallique. Ainsi entraîné, l’alpiniste n’en sera que plus assuré, plus rapide et plus habile le jour où il s’attaquera à la haute montagne. C’est exactement la même chose pour le mental.

C’est ce petit entraînement de tous les jours qui nous amèneront à diminuer progressivement notre attachement, jusqu’à n’avoir plus qu’un seul souhait : développer vipassanā jusqu’à l’éradication des impuretés mentales…

D

Détachement

Il n’est pas possible de réduire notre attachement en « travaillant » directement dessus, puisque le détachement n’est qu’une conséquence de vipassanā. De même que nous mettons la charrue derrière les bœufs et de même que les bœufs se contentent de concentrer leurs efforts à tirer la charrue sans se préoccuper des sillons du champ, nous commençons à nous entraîner à l’attention, à la concentration et à la vigilance, sans nous préoccuper du détachement.

Seul, l’entraînement au développement à vipassanā se charge de fondre les attachements comme neige au soleil.

Quand nous avons suffisamment diminué nos attachements, tout au moins jusqu’à aspirer à la paix plus qu’aux plaisirs sensoriels, nous cherchons un endroit qui possède toutes les conditions nécessaires à une bonne retraite vipassanā

E

Endroit

Le premier élément qui détermine l’adéquation d’un endroit où effectuer une retraite vipassanā est l’instructeur. Il faut un instructeur qualifié, et de préférence expérimenté. Sans cela, aucune progression n’est envisageable.

Un autre élément indispensable dont doit être doté cet endroit est la tranquillité. C’est-à-dire qu’il ne doit pas être trop bruyant, et surtout, il ne doit pas être agité (nous devons être isolés de l’effervescence habituelle des zones habitées). Un être pleinement réalisé peut observer les perceptions sensorielles avec la même facilité qu’il y ait du bruit ou pas, qu’il y ait de l’agitation ou pas. Ce n’est pas le cas des autres.

Le climat est également très important. S’il est excessivement froid ou chaud, l’organisme en souffre trop pour permettre au mental de développer convenablement la concentration.

Naturellement, les besoins vitaux doivent être obtenus aisément et sans préoccupation : nourriture équilibrée et en quantité satisfaisante servie sur place, logement, vêtements, hygiène (douche, w.-c., lessive…), soins médicaux, etc.

L’endroit doit aussi être épargné de dangers (animaux dangereux, brigands, maladies tropicales…) et disposer de moyens de protection contre les éléments nuisibles (moustiquaires, clôture, ombrage…)

Il doit y avoir assez de place pour que chaque yogī puisse effectuer convenablement sa marche (allée – ou parcelle de sol – plate, longue d’au moins huit ou dix mètres).

Des retraites d’une semaine à quelques semaines sont parfois organisées dans les pays occidentaux, où un instructeur compétent est invité. Pour les longues retraites, le Myanmar est sans le moindre doute le pays le plus recommandable (en particulier dans les centres qui appliquent la méthode décrite en détail sur ce site.)

Outre le fait qu’il n’y ait personne sur place pour nous guider convenablement, pratiquer à la maison ne nous conduit jamais bien loin, même si cela reste mieux que rien. Un nombre incalculable d’empêchements y règnent : la famille nous réclame, le téléphone nous harcèle, les visites nous arrachent brutalement à la tranquillité, des bruits peuvent nous paraître inquiétants, nous avons le mental assailli par le travail, les activités de la journée ou les choses à faire, etc. Cette multitude de choses tracasse immanquablement l’esprit qui n’arrive plus à se concentrer.

Si nous avons vraiment la volonté de faire une retraite dans des conditions convenables, nous obtiendrons les moyens de nous rendre en Asie, car nous saurons gérer intelligemment nos revenus, même s’ils sont au plus bas.

Lorsqu’un endroit convenable a été trouvé, nous nous renseignons sur les conditions d’admission…

F

Frais de retraite

La retraite elle-même ne coûte pas un seul sou, en tout cas pas si le moine instructeur est sérieux ; il n’accepterait jamais que l’enseignement du dhamma soit vendu. Un enseignement payant a toutes les chances d’être faux. Comment pourrions-nous imaginer Bouddha lui-même, avant de délivrer un enseignement, imposer un tarif à tous ceux qui souhaitent l’écouter ? Cela dit, certains centres ne perçoivent pas suffisamment de dons (généralement, dans les régions dépourvues de population theravadine). Dans ces lieux, il peut être demandé une participation à chaque yogī pour couvrir les frais (entretien, nourriture, électricité, etc.). Toutefois, cela ne doit pas tenir compte de l’enseignement ou des instructions de méditation.

Ce qui coûte dans cette démarche, ce sont essentiellement les moyens de s’y rendre et les obligations administratives : le billet d’avion, les taxes de douane et de séjour, le visa. Au Myanmar, il existe un « meditation visa » qui peut durer trois, six ou douze mois et qui se renouvelle aussi longtemps que dure notre entraînement dans un centre de méditation.

Selon le pays choisi, le prix de certains vaccins (obligatoires ou conseillés) peut être ajouté aux frais.

Une fois ces dépenses faites, le visa dans le passeport et le billet d’avion en poche, nous pouvons préparer notre valise…

G

Garde-robe

Pour effectuer une retraite vipassanā, nous n’avons besoin de presque rien : un jeu de vêtements que l’on porte sur soi et un autre comme rechange, avec un pull de laine ou une veste en cas de climat frais. Dans les régions chaudes, les tongs (ou les sandales) constituent l’idéal pour les pieds.

En dehors des vêtements et de notre brosse à dents, nous n’avons pratiquement pas besoin de plus d’affaires. Nous pouvons éventuellement prendre un réveil-matin, quelques médicaments (contre la diarrhée, les douleurs…), des affaires d’hygiène (savon, lessive, rasoir, coupe-ongles…), etc. De toute façon, les affaires de nécessités se trouvent dans tous les pays du monde. En principe, la plupart des affaires sont prêtées (ou fournies) par les centres de méditation bien organisés : moustiquaire, couvertures, coussins de méditation, ombrelle, bougies, thermos, etc.

En arrivant dans le centre de méditation choisi, nous prenons connaissance des horaires…

H

Horaires

Au moment de l’inscription ou juste après, on nous demande d’observer les huit préceptes, on nous fait connaître le règlement du lieu (qui concerne essentiellement le respect du lieu et des autres yogī), et l’emploi du temps. Les horaires qu’il présente varient peu d’un centre à l’autre. Voici, à titre d’exemple, celui du « Mahāsī meditation centre » d’Yangon (Myanmar)…

  • 03h00 Toilette et marche
  • 04h00 Assise
  • 05h00 Repas et marche
  • 06h00 Assise
  • 07h00 Marche
  • 08h00 Assise
  • 09h00 Douche et marche
  • 10h00 Repas
  • 11h00 Marche
  • 12h00 Assise
  • 13h00 Marche
  • 14h00 Assise
  • 15h00 Marche
  • 16h00 Assise ou entrevues de méditation (un jour sur deux)
  • 17h00 Marche
  • 18h00 Assise
  • 19h00 Marche
  • 20h00 Assise
  • 21h00 Sommeil (ou marche et assise jusqu’à 23h00 si possible)

En clair, l’entraînement commence dès l’instant du réveil, se poursuit à tout instant, quelles que soient les activités (repas, douche, ouverture de porte, etc.) jusqu’à l’endormissement le soir, c’est-à-dire 24 heures sur 24, moins le sommeil, évidemment.

Aussitôt que nous entamons notre retraite, nous avons besoin d’un guide capable de nous fournir les instructions indispensables pour notre parcours…

I

Instructeur

Il est indispensable que nous soyons suivis de près par un instructeur qualifié, afin de disposer des informations nécessaires à notre progression à travers toutes les étapes de la connaissance. Autrement, nibbāna ne restera jamais qu’un rêve !

Seul, Bouddha a eu la capacité d’y parvenir par lui-même, grâce aux pāramī exceptionnelles qu’il avait développées au fil de temps incalculables.

Si nous pratiquons seuls, il nous est impossible d’éviter l’égarement sur des voies erronées, même si nous avons pris connaissance de la bonne méthode et de manière détaillée. Sans entretien régulier avec un instructeur, nous suivons de mauvaises voies sans même nous en apercevoir. Un instructeur qualifié est un guide indispensable pour nous assurer de rester solidement ancré sur les rails de la voie qui mène à la libération.

Comment trouver son instructeur ? Si nous avons peu d’expérience à propos de la « voie de la connaissance », il ne nous est pas facile de savoir à qui s’en remettre. La seule chose à faire est d’essayer. Nous faisons une retraite auprès d’un instructeur, puis auprès d’un autre. Si notre retraite nous paraît stérile, bien que nous ayons appliqué à la lettre et avec un effort soutenu les indications de l’instructeur, nous changeons d’instructeur. En revanche, si nous constatons notre retraite bénéfique, nous restons auprès de l’instructeur.

Nous avons en fait peu de critères pour évaluer le degré de compétence d’un instructeur. Le critère le plus visible est sa conduite, c’est pourquoi il ne faut pas hésiter à observer ses comportements. Comment un instructeur peu vertueux ou avide de confort et de luxe peut-il nous être d’une aide efficace sur la voie du développement de la sagesse ?

Nous ne devons pas faire confiance à un instructeur uniquement parce qu’il a une grande réputation (les plus connus sont parfois les plus mauvais et les meilleurs sont parfois les moins connus) ou parce qu’on nous le recommande (même s’il s’agit de notre meilleur ami, ou même si c’est sur ce site !)

Si nous avons une grande confiance envers l’enseignement de Bouddha (non parce que nos parents sont bouddhistes ou par une croyance aveugle, mais par une compréhension personnelle après une analyse objective), il est essentiel que l’enseignement de l’instructeur qui nous guide soit en parfait accord avec la parole de Bouddha (c’est-à-dire les Écritures palies).

Le monde a toujours été, est, et sera toujours rempli d’ignorants qui s’auto proclament instructeur (ou maître, professeur, etc.). Ces êtres sont dangereux, car ils nous enlisent dans des chemins boueux. Ils consacrent toute leur énergie à donner l’apparence du maître parfait, afin d’attirer le plus de monde possible à eux, ne visant qu’à accroître leur renommée.

Refusons de nous soumettre à un instructeur invisible. Certains prétendent guider leurs disciples en leur faisant écouter collectivement des enregistrements, tandis qu’ils se trouvent à l’autre bout de la planète (s’il ne s’agit que des instructions de base, cela ne pose pas de problème, car elles sont les mêmes pour tous). Rien n’est plus grotesque ! Comment espérer bénéficier des informations indispensables à la pratique qui nous est propre sans nous entretenir personnellement avec un instructeur ? Soyons très prudents !

Lorsque nous avons choisi un instructeur, nous devons lui faire totalement confiance, ne serait-ce que pour évaluer sa compétence. Ce n’est qu’ainsi qu’il nous sera possible de savoir si son enseignement est valable ou pas ; encore faut-il mettre convenablement en application ses instructions ! S’il s’avère que nous ne faisons que tourner en rond dans notre entraînement, nous envisagerons de changer d’instructeur, mais tant que nous effectuons une retraite, il importe de faire complètement confiance aux indications de l’instructeur.

Une fois que nous avons entamé notre retraite auprès d’un instructeur, la seule chose que nous ayons à faire, c’est d’appliquer les instructions (qui nous sont personnellement destinées) telles quelles, sans chercher à faire quoi que ce soit d’autre. Ce faisant, il nous faut faire preuve d’un minimum de détermination, de volonté et d’effort (qui ne fatigue absolument pas, lorsqu’il est correctement appliqué).

L’intégralité des personnes qui se sont contentées de suivre convenablement les indications d’un instructeur sérieux sont parvenues (dans un temps raisonnable) à expérimenter la cessation des phénomènes physiques et mentaux, que Bouddha appelle nibbāna.

Quand l’instructeur nous délivre les indications propres à notre entraînement, il nous suffit de les appliquer, de manière juste…

J

Juste

La voie de vipassanā est la voie juste dans les deux sens du terme. Cela signifie qu’elle est la bonne et la seule voie qui mène à la libération de dukkha, et qu’il convient d’appliquer l’effort, l’attention et la concentration de façon juste pour la développer, c’est-à-dire de manière bien dosée, juste comme il le faut. Il ne faut surtout jamais rien forcer. Nous rencontrons souvent les plus grandes difficultés, car nous forçons exagérément nos efforts, persuadés que plus l’on force, mieux c’est. Faisant ainsi, nous sommes physiquement surmenés et n’en récoltons que de la fatigue et du découragement.

L’effort nécessaire dans le développement de la vipassanā n’est pas « l’effort maximal », c’est « l’effort juste ». Autrement dit, c’est un effort minime qu’il convient d’appliquer là où il faut et au bon moment. Le jour où nous comprenons ce type d’effort, nous prenons conscience qu’il n’a rien d’épuisant, qu’il se fait automatiquement avec un peu d’habitude, et que tous les efforts que nous produisions auparavant étaient autant inutiles que néfastes à notre entraînement. Il est dommage que beaucoup de yogī abandonnent cet entraînement uniquement à cause de cette mauvaise compréhension.

Ce qui est valable pour l’effort l’est tout autant avec l’attention et la concentration. « L’attention juste » signifie qu’il convient de porter pleinement son attention sur les phénomènes physiques et mentaux, l’un après l’autre. L’attention doit être à la fois pleine, durer tout le temps de la phase observée et se limiter à l’objet observé dans l’instant. Si nous essayons de porter notre attention sur le plus d’objets en même temps, nous ne distinguerons rien du tout et la vision directe ne pourra avoir lieu.

De la même manière, « la concentration juste » est une concentration adéquate, en juste équilibre avec l’énergie. Dans l’entraînement au développement de vipassanā, nous alternons habituellement les marches et les assises en durée égale, car la marche permet l’accroissement et l’entretien de l’énergie indispensable à la progression sur cette voie, et l’assise, quant à elle, permet l’accroissement de la concentration indispensable à cette progression. Si les assises sont longues et essentielles dans les méditations de type samatha (où la concentration pure est primordiale), la marche et le reste (les activités du corps en mangeant, en se lavant, etc.) ont autant d’importance que l’assise dans le développement de vipassanā. Si nous mettons trop l’accent sur la concentration en dépit de l’énergie, le déséquilibre ainsi créé nous empêchera d’aller plus loin. La situation inverse aurait bien sûr le même résultat.

Aussitôt que nous arrivons à équilibrer l’effort juste, l’attention juste et la concentration juste, il y a khaṇika samādhi

K

khaṇika
samādhi

Le khaṇika samādhi est le type de concentration propre au développement de la vipassanā. Contrairement au samatha, il s’agit d’une concentration d’instant par instant. Cette concentration est extrêmement profonde, mais elle est « invisible », car elle ne dure chaque fois qu’un très bref instant. On peut s’en rendre compte seulement lorsqu’elle devient répétée un très grand nombre de fois en l’espace de peu de temps.

Parfois, nous sommes persuadés de nous tromper, de stagner, de perdre notre temps. Bien souvent, comme pour nous encourager, c’est lorsque nous nous relâchons que nous « sentons » qu’il y a du progrès. Inversement, nous pouvons être persuadés d’être très avancés dans le processus de vipassanā en raison de certaines façons peu habituelles de percevoir les choses ou de sentir son mental clair et son corps léger, alors qu’il n’en est rien.

Cela peut être complètement déconcertant ; surtout si nous nous sommes toujours mis en tête l’idée « samādhi = sérénité, légèreté, clarté mentale, lucidité, etc. ». C’est pourquoi vipassanā est particulièrement subtile. La meilleure chose à faire est donc d’appliquer au mieux les instructions qui nous sont données, sans rien espérer, sans rien attendre ; d’autant plus que le fait d’attendre quelque chose constitue précisément l’un des plus gros obstacles.

Ainsi, le khaṇika samādhi est une concentration multiple. Il requiert un effort double : un effort de fixation et un effort de maintenance. L’effort de fixation consiste à poser l’attention en profondeur sur l’objet au moment même où il apparaît à la conscience et tel qu’il est perçu. L’effort de maintenance consiste à répéter cette fixation de l’attention sur son objet à chaque instant. Le khaṇika samādhi ne se développe que s’il est répété continuellement, sur une période plus ou moins longue. C’est pourquoi il est impératif que nous ne fassions rien d’autre que de nous consacrer à établir l’attention sur les phénomènes physiques et mentaux durant notre entraînement. Si nous commençons à bavarder, à lire ou à penser, le processus est rapidement endommagé.

Lorsque nous sommes débutants, il est impératif d’être lents dans nos moindres mouvements si nous espérons développer le khaṇika samādhi

L

Lenteur

Pendant une retraite vipassanā, la lenteur est un élément indispensable, qui doit être présent à chaque instant, quelles que soient les activités. Nous faisons tout au ralenti : chaque pas, chaque geste, chaque changement de posture. Ce n’est qu’à ce prix-là que l’attention peut s’établir correctement, car la conscience a le temps de porter soigneusement son observation sur le mouvement effectué pendant toute sa durée, ou sur tout autre objet. Si notre corps est agité ou que nous nous déplaçons vite, comment est-il possible d’observer convenablement, en détail, un seul phénomène ? Comment pouvons-nous obtenir la moindre concentration ?

La douche et la lessive font partie des rares cas où il n’est guère possible de demeurer très lent. Peu importe, nous essayons simplement de ne pas être trop hâtifs dans nos gestes et surtout, d’observer tranquillement les phénomènes que nous pouvons percevoir, dans la mesure de notre capacité (même s’ils sont peu nombreux). Ce n’est qu’à force de s’y entraîner que nous finirons par devenir habiles à en observer de plus en plus.

Autant que nous prenons soin de n’effectuer que des mouvements lents, nous devons prendre soin de tous les observer…

M

Mouvements

Dès le début de notre retraite, nous devons nous déterminer à porter notre observation sur tous les mouvements que nous effectuons dans la journée, sans en omettre un seul. Les premiers temps, il y aura forcément des oublis. Peu importe, ce n’est qu’à force d’essayer constamment que nous pourrons en observer de plus en plus, jusqu’à ne plus en manquer un seul. Voici, à titre indicatif, quelques mouvements (de notre corps bien entendu) qu’il convient d’observer attentivement et soigneusement :

Redressement du corps (au réveil), pivotement du corps, posage des pieds sur le sol, lever du corps, pas durant la marche, habillage, déshabillage, abaissement d’une poignée de porte, ouverture de porte, fermeture de porte, abaissement du corps, saisie d’une affaire, contact entre la main et une chose, pliage et dépliage d’une serviette de bain, tournage d’un robinet, lavage du visage, descentes et montées d’escaliers, passage de la posture debout à la posture assise, service de nourriture à l’aide de plats, de cuillères, préparation d’une bouchée, soulèvement des couverts, insertion de la nourriture dans la bouche, mâchement, prise du verre dans les mains, soulèvement du verre, posage du verre, prise de la serviette, pose de la serviette sur les genoux, lavage de l’assiette (ou du bol), applicage de dentifrice sur la brosse à dents, brossage des dents, rinçage de la bouche, lessive, étendage, douche, accroupissement aux w.-c., rasage, prosternations devant l’instructeur, etc.

Naturellement, la liste est beaucoup plus longue.

Si nous parvenons à observer attentivement, soigneusement et profondément chacun de nos mouvements et de nos sensations, nous parviendrons inéluctablement au but suprême…

Page suivante : n à z

infos sur cette page

Origine : Texte écrit conjointement pour le site et pour un livret

Auteur : Moine Dhamma Sāmi

Date : Janv. 2004

Mise à jour : 28 juin 2006