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résumé de la page

Importance de l’équilibre entre la concentration et l’effort, ainsi qu’entre la sagesse et la confiance, durant l’entraînement au développement de la vision directe de la réalité.

Plusieurs exemples racontés dans des petits récits se passant au temps de Bouddha.

L’importance de l’équilibre des facultés dans vipassanā

L’enseignement d’aujourd’hui traite de l’importance de l’équilibre des facultés dans vipassanā. Les cinq facultés essentielles sont : sati (l’attention), samādhi (la concentration), vīriya (l’effort), saddhā (la foi) et pañña (la sagesse). Parmi ces facultés, il est très important que saddhā et pañña, ainsi que samādhi et vīriya, soient bien équilibrés pendant le satipaṭṭhāna. Il n’est pas bien mettre exagérément l’accent sur saddhā, sur vīriya ou sur samādhi. Par contre, il n’y a pas d’exagération possible sur sati ; plus le yogī est attentif, mieux cela est.

Dans l’entraînement au satipaṭṭhāna, il y a quatre postures : debout, en marche, assise et allongée. Parmi ces quatre postures, la marche et la posture debout tendent à développer vīriya. Le samādhi est aussi développé pendant l’adoption de ces postures, mais l’accent est surtout mis sur le vīriya. Pour demeurer debout sans tomber, un effort est obligatoirement fourni. Pareillement, l’effort est nécessaire lors de la marche, pour effectuer les pas, les uns après les autres. C’est pourquoi ces deux postures sont indispensables pour permettre le développement du vīriya pendant l’entraînement au satipaṭṭhāna.

L’assise et la posture allongée, quant à elles, tendent à développer le samādhi. Le vīriya est aussi développé pendant l’adoption de ces postures, mais l’accent est surtout mis sur le samādhi. Le samādhi est la tranquillité de l’esprit. En étant assis ou allongé, le corps aussi est calme. Les yeux sont fermés et le mouvement régulier de l’abdomen pendant la respiration est observé ; ce qui encourage la tranquillité du mental. C’est pourquoi ces deux postures sont indispensables pour permettre le développement du samādhi pendant l’entraînement au satipaṭṭhāna.

Enfin, il est nécessaire que saddhā et pañña soient équilibrés. Ce n’est qu’une fois que toutes ces facultés sont correctement équilibrées qu’il est possible de progresser dans le satipaṭṭhāna. C’est pour cela que les textes canoniques font toujours état d’éloges envers les ariyā dont l’entraînement au satipaṭṭhāna est équilibré, aussi bien entre saddhā et pañña qu’entre samādhi et vīriya.

L’entraînement est correct seulement si saddhā et pañña sont équilibrés et seulement si samādhi et vīriya sont équilibrés. Si l’une de ces facultés n’est pas équilibrée, l’entraînement ne peut pas être correct. La chambre à air de chacune des deux roues d’une bicyclette doit être gonflée comme l’autre afin de pouvoir rouler vite et bien. Si l’une des deux chambres à air est à plat, il ne sera pas possible de rouler correctement. Il en est de même avec les yeux ou les oreilles ; chaque paire de ces organes doit être intacte pour permettre une bonne vision ou pour entendre correctement. Si une oreille ou un œil est défectueux, l’ouïe ou la vue ne pourra pas être correcte. De la même façon, une personne ayant une jambe ou un bras défectueux ne pourra pas avoir des activités normales du corps comme les personnes qui ont leurs deux jambes ou leurs deux bras convenablement constitués.

Pour les yogī qui s’entraînent au satipaṭṭhāna, de la même manière, le progrès peut être bon et rapide seulement si saddhā et pañña sont équilibrés et si samādhi et vīriya le sont également. Dans les textes canoniques, il est indiqué que ceux qui développent une forte saddhā, négligeant pañña, ont tendance à croire tout ce qui leur est dit, sans réfléchir, même les choses les plus fausses. Croire ou vénérer (quelqu’un ou une chose) est aussi saddhā. Du temps de Bouddha, certaines personnes croyaient que ceux qui demeuraient nus étaient parvenus à la libération. D’autres vénéraient ceux qui adoptaient des comportements de chiens ou de vache, ou ceux qui portaient des vêtements faits de cheveux humains ou d’autres éléments particuliers.

Il y a toutes sortes de croyances aussi extravagantes les unes que les autres. Si nous n’avons que la foi, nous ne disposons pas de la sagesse nécessaire pour distinguer ce qui est honteux de ce qui ne l’est pas, ce qui est dangereux de ce qui ne l’est pas, ce qui est malsain de ce qui ne l’est pas, et ce qui est nuisible de ce qu’il ne l’est pas. Ne sachant pas discerner un enseignement juste d’un enseignement erroné, les personnes qui croient et qui mettent en pratique les enseignements incorrects peuvent aboutir à de graves problèmes, voire en mourir.

C’est pourquoi celui qui n’a que saddhā, dépourvu de pañña, est incapable de réfléchir avec considération. De ce fait, il est sujet à vénérer des choses totalement erronées ; il peut vénérer de faux bouddhas, un faux dhamma, de faux moines. Comme le dit l’expression birmane : « Celui qui a la foi, mais qui est sans sagesse tombe sur le mauvais chemin ».

Parallèlement, les personnes ayant développé pañña, mais dépourvues de saddhā, peuvent être malfaisantes et malsaines. Il y a des gens qui sont très habiles dans l’étude et la connaissance des textes. Néanmoins, dépourvus de saddhā pour la générosité, ils ne pratiquent pas le don. Dépourvus de saddhā pour la conduite, ils ne pratiquent pas la vertu. Dépourvus de saddhā pour la concentration, ils ne pratiquent ni samatha, ni satipaṭṭhāna. En plus de cela, ils entravent les autres, qui s’appliquent dans leur pratique de dāna, sīla et bhāvanā.

Ils leur font des remarques défavorables comme : « si vous pratiquez dāna (le don), cela prolongera votre existence dans le saṃsarā », « dāna est une chose trop facile », « Si vous jetez tous vos restes de nourriture dans la nature, les fourmis vont en profiter, cela aussi est dāna », etc. Naturellement, nourrir les insectes (si toutefois cela est fait dans cet état d’esprit) est aussi une pratique de dāna, mais la moindre qui soit.

Aussi, ces gens ne pratiquent pas sīla (la vertu) pour eux-mêmes. En plus de cela, ils influencent les autres à se détourner de leur pratique de sīla. En se rendant dans les monastères, ils disent aux autres : « il n’est pas la peine d’aller prendre les préceptes auprès d’un moine, car on peut tout aussi bien avoir un esprit pur en restant chez soi ». Il ne faut jamais écouter les conseils malséants de ces gens, qui eux-mêmes n’ont pas de vertu.

En prenant les préceptes devant un moine (ou un spécialiste du sīla) de façon solennelle, nous sommes soucieux de veiller à ne pas les rompre. Tandis que si nous prenons ces préceptes seuls, chez soi, de façon non formelle, le fait d’y accorder peu d’attention, nous sommes très facilement amenés à les transgresser en suivant nos réflexes habituels, comme tuer un insecte ou manger une friandise le soir. C’est pourquoi il est recommandé de prendre les préceptes avec un moine compétent en la matière.

Pour finir, ces gens ne pratiquent pas bhāvanā (la concentration) pour eux-mêmes. En plus de cela, ils influencent les autres à s’écarter de leur entraînement. Ils leur disent : « puisque Bouddha a dit “Qui cherche le dhamma le trouve dans son corps”, pourquoi aller dans un centre de méditation ? Ce n’est donc pas la peine d’aller chercher ailleurs. Le mieux est de rester tranquillement chez soi ». Ces conseils sont également dangereux.

L’entraînement à la méditation ou au satipaṭṭhāna requiert impérativement un instructeur compétent, apte à donner la méthode juste et les informations indispensables à notre entraînement. Il faut également un endroit convenable, tranquille, inspirant et où nous nous sentons bien. Pour que les conditions propices à un tel entraînement soient pleines, il est bien d’avoir, en plus de l’instructeur, des « amis du dhamma », avec lesquels nous pouvons nous encourager mutuellement. Ici, dans ce centre de méditation, il y a des personnes complètement aptes à enseigner le dhamma et à guider dans le satipaṭṭhāna. Il y a aussi des yogī qui peuvent s’encourager les uns les autres. Tout cela ne peut pas être trouvé chez soi. À la maison, il y a de nombreuses activités qui empêchent le développement de la méditation ou de la vipassanā, dans lesquelles nous sommes inévitablement impliqués, d’une manière ou d’une autre. Les gens qui prônent l’inutilité des centres de méditation, recommandant de rester chez soi pour s’entraîner à la bhāvanā, n’ont, par définition, aucune inclination pour s’y entraîner eux-mêmes.

Comme le dit l’expression birmane : « Celui qui a la sagesse, mais qui est sans foi développe la ruse malsaine ». C’est pourquoi saddhā et pañña doivent être équilibrés. Nous devons croire en ce qui est raisonnable. Il ne faut jamais faire une confiance aveugle à qui que ce soit ni à quoi que ce soit. Avant de croire en quoi que ce soit, il est bien d’analyser avant ; il convient, pour cela, de peser le pour et le contre en considérant les bénéfices de chaque chose.

Il est extrêmement bénéfique et bienfaisant de fréquenter des personnes dotées d’un bon pañña et d’une bonne saddhā. Elles sont d’un appui et d’une aide inestimable au sein de la société. C’est pourquoi il est primordial que le pañña et la saddhā soient correctement équilibrés.

Le samādhi et le vīriya doivent aussi être bien équilibrés. Le samādhi est la tranquillité du mental, et le vīriya est l’effort et l’énergie. Comme il est expliqué au début de cet enseignement, les postures assise et allongée tendent essentiellement au développement du samādhi. Pour permettre un bon développement de la concentration, il est nécessaire de bénéficier d’un vīriya correct. C’est pourquoi il faut aussi effectuer la marche le temps qu’il convient. Pour cela, les yogī qui sont ici alternent la marche et l’assise chaque heure. Si, seule, l’assise était propice au progrès dans la vipassanā, les instructeurs enjoindraient aux yogī de demeurer tout le temps assis, mais il n’en est pas ainsi. En demeurant seulement assis, naît un excès de samādhi.

Dans les textes canoniques, il est mentionné que les yogī développant trop le samādhi et insuffisamment le vīriya développent la paresse et la torpeur. Ainsi, le yogī qui privilégie les séances d’assise et la posture allongée, faisant peu de marches, développe la paresse, la somnolence, des piquages de tête fréquents, l’ennui, voire la langueur et l’accablement. Si de tels symptômes apparaissent, le yogī saura qu’il met trop l’accent sur le samādhi. Il saura donc qu’il doit renforcer le vīriya. Pour renforcer le vīriya, le yogī peut augmenter le nombre de points de touche d’un à trois, de trois à cinq, etc., et augmenter le temps de marche. Une fois que le vīriya et le samādhi ont été correctement équilibrés, la torpeur et la somnolence ne peuvent plus apparaître.

Inversement, si le yogī s’entraîne beaucoup en marchant et peu en assise, le vīriya sera excessif et le samādhi déficient. En conséquence, les vagabondages de l’esprit sont fréquents pendant l’assise, et le yogī met longtemps avant de prendre conscience qu’il est perdu dans les pensées. Durant la marche, également, le début d’un pas à beau être noté, l’esprit peut facilement s’évader avant la fin du pas, voire demeurer dans les pensées jusqu’à la fin de la séance de marche. Dans ce cas, la solution sera d’augmenter le temps de l’assise et de réduire légèrement le temps de la marche, de façon à rééquilibrer le samādhi et le vīriya.

Du temps de Bouddha vivait un certain Sona. Fils d’un homme richissime, il était quelqu’un d’extrêmement délicat et sensible. Il est dit qu’il avait même des poils sur la plante de ses pieds tant il était douillet. Après avoir entendu la parole de Bouddha, le riche Sona eut le souhait de rejoindre la communauté du Bienheureux. Ayant fait son entrée dans le saṃgha, il réfléchit ainsi : « j’ai mené jusqu’à aujourd’hui une existence très délicate ; il me faut dorénavant pratiquer le dhamma avec une ardeur et une persévérance ininterrompues sans plus accorder le moindre intérêt au confort ». Déterminé à développer un vīriya intense, il s’est mis à marcher de longues heures durant. Étant donné leur délicatesse, ses pieds se sont couverts d’ampoules. À force de marcher sur la terre rugueuse, ils finirent même par se couvrir de sang. Comme il ne pouvait plus marcher, il continua son satipaṭṭhāna en avançant à quatre pattes, sur les genoux et les mains. Il s’évertua de la sorte jusqu’à avoir aussi les genoux et les mains ensanglantés.

Le Vénérable Sona se mit à songer ainsi : « Malgré mes efforts soutenus, je reste toujours au même point ; de toute évidence, je ne suis pas fait pour le dhamma. » Perdant toute confiance, il fut sur le point de mettre un terme à son entraînement. Juste à ce moment-là, Bouddha passa tout près, accompagné d’un groupe de moines. Le Bienheureux demanda à l’un de ces moines : « ce moine qui effectue sa marche vient-il d’accomplir un travail de boucherie ? Qui est-il ? » Un moine lui répondit : « il s’agit de Sona, Vénérable Bouddha. Il est le fils d’un riche, et a les pieds très délicats. Ayant beaucoup pratiqué la marche, ses pieds se sont couverts d’ampoules, et finalement de sang. » Bouddha déclara : « puisqu’il en est ainsi, je vais lui donner un enseignement. » Cela dit, il se rendit vers le Vénérable Sona.

Arrivé auprès de lui, Bouddha entama le dialogue :

« — Mon cher Sona, durant votre vie, avez-vous déjà joué de la harpe ?

— Oui, Vénérable Bouddha, j’étais même plutôt doué à la harpe.

— Comment disposiez-vous les cordes de votre instrument pour obtenir un bon son ?

— Les cordes ne doivent être ni trop lâches, ni trop tendues, pour obtenir un bon son, Vénérable Bouddha. Si elles sont trop lâches, le son sera assourdi, si elles sont trop tendues, elles se cassent net.

— Il en est exactement de même avec le satipaṭṭhāna, Sona ; le samādhi et le vīriya doivent être correctement équilibrés. Pour cela, il convient d’effectuer autant de marche que d’assise. Concernant la nourriture et la médecine, c’est semblable : pour être en bonne santé, il convient de manger régulièrement – ni trop, ni trop peu –, et de consommer des médicaments en dosage convenable, lorsque besoin est. »

Le nouveau moine Sona a obéi aux instructions de Bouddha. Il a soigné ses pieds, ses genoux et ses mains, il a mangé correctement et a poursuivi son entraînement en développement également le samādhi et le vīriya, grâce à un dosage équilibré entre les assises et les marches. Peu de temps après, il devint ariyā.

Dans son entraînement au satipaṭṭhāna, chaque yogī peut, à l’identique, s’il parvient à équilibrer la saddhā et le pañña, ainsi que le samādhi et le vīriya, réaliser magga ñāṇa et phala ñāṇa. Puisse chacun être capable de s’entraîner ainsi de manière équilibrée, et aboutir ainsi, dans le plus bref délai possible, à nibbāna, la cessation définitive de toute souffrance. C’est ainsi que se conclut cet enseignement.

sādhu ! sādhu ! sādhu !

infos sur cette page

Origine : Enseignement délivré au centre Mahāsī de Yangon (Birmanie)

Auteur : Vénérable Jaṭila

Traducteur : Moine Dhamma Sāmi

Date : Mars 2003

Mise à jour : 17 juin 2005