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résumé de la page

Ensemble d’explications sur de grandes notions qui régissent la réalité, accompagnées d’histoires illustrant leurs ascpects pratiques, et de dialogues avec Bouddha.

Qui cherche le dhamma le trouve dans son corps

Le sujet de l’enseignement d’aujourd’hui est : « Qui cherche le dhamma le trouve dans son corps ». Il a été exposé par Bouddha dans le texte pali aṅguttara, du Rohitassa sutta. Il enseigne que chacun peut trouver les « quatre nobles vérités » dans son propre corps.

1) dukkha saccā est la noble vérité de la souffrance. La naissance est souffrance, l’éloignement des personnes aimées est souffrance, la proximité avec les personnes non aimées est souffrance, ne pas obtenir ce qu’on désire est souffrance. De manière générale, tous les phénomènes physiques et mentaux susceptibles de provoquer de l’attachement ou de l’aversion sont souffrance.

2) samudaya saccā est la noble vérité de l’origine de la souffrance. taṇhā est cette soif qui nous fait obtenir une autre vie. C’est à la fois ce qui nous fait apprécier les choses et nous accaparer des choses. On distingue trois sortes de taṇhā, toutes à l’origine de la souffrance : kāma taṇhā, la soif de satisfaire ses désirs et ses plaisirs sensoriels ; bhava taṇhā, la soif d’une vie après la mort ; vibhava taṇhā, la soif de ne plus connaître de vie (de s’auto- annihiler) après la mort.

bhava taṇhā, cette croyance en l’existence d’une entité qui perdure après la mort, (d’une âme ou d’une personnalité qui existe indépendamment du processus physique et mental constituant l’existence et qui continue éternellement) est causée par sassata diṭṭhi.

vibhava taṇhā, la croyance en la non-existence de vie après la mort, ou auto annihilation, est causée par uccheda diṭṭhi. Cette croyance encourage les gens à produire de mauvaises actions, car ils pensent qu’il ne peut y avoir la moindre conséquence après la mort.

3) nirodha saccā est la noble vérité de l’extinction de la souffrance. C’est l’extinction de la soif (samudaya saccā) et de la souffrance (dukkha saccā) qui entraîne la réalisation de nibbāna. Quiconque souhaite parvenir à ce but doit donc s’entraîner avec effort.

4) magga saccā est la noble vérité de la voie permettant de parvenir à l’extinction de la souffrance. L’entraînement qui permet d’arriver à l’extinction de dukkha saccā, à l’extinction de samudaya saccā et à la réalisation de nirodha saccā – c’est-à-dire l’élément éteint nibbāna – sont les « huit nobles voies » (ariyā maggaṅga).

Les huit nobles voies :

  1. sammā diṭṭhi : (la vue juste)
  2. sammā saṅkappa : (la pensée juste)
  3. sammā vācā : (la parole juste)
  4. sammā kammanta : (l’action juste)
  5. sammā ājīva : (le moyen d’existence juste)
  6. sammā vāyāma : (l’effort juste)
  7. sammā sati : (l’attention juste)
  8. sammā samādhi : (la concentration juste)

Il convient de s’efforcer à développer chacune de ces huit nobles voies. Les bhikkhu et les yogī qui s’entraînent au développement de la vipassanā, développent par la même occasion les huit nobles voies.

Lorsque, durant la marche, on connaît le mouvement du pied gauche au moment où le pas gauche s’effectue, cela est sammā diṭṭhi. Le fait de noter mentalement ce mouvement, cela est sammā saṅkappa. L’effort fourni pour observer chaque pas, cela est sammā vāyāma. Le fait de porter son attention sur le mouvement de chaque pas, cela est sammā sati. La vigilance qui permet à la conscience de demeurer de façon continue en phase avec les phénomènes observés, cela est sammā samādhi. Ceci sont les cinq pubbabhāga magga. Dès lors qu’un yogī est en retraite vipassanā, étant donné qu’il est tenu aux huit préceptes, les trois ariyā maggaṅga suivants sont déjà inclus : sammā vāsā, sammā kammanta, et sammā ājīva.

C’est pourquoi chaque yogī développe les huit nobles voies, lorsqu’il note le mouvement de ses pas durant la marche, lorsqu’il note le mouvement de son abdomen durant l’assise et lorsqu’il note les mouvements de son corps durant les activités. Ainsi, en notant successivement les phénomènes qui apparaissent les uns après les autres, les huit nobles voies se développant à chaque note, dukkha saccā est décomposé et connu, samudaya saccā est écarté et, parvenant à nirodha saccā, nibbāna peut être expérimenté. « Qui cherche le dhamma le trouve dans son corps » signifie qu’on peut accomplir la connaissance des quatre nobles vérités en consacrant toute son énergie à noter les phénomènes physiques et mentaux qui apparaissent dans son propre corps.

Dans la recherche du dhamma, il est très important d’appliquer la méthode correcte. Le buddha sāsanā (l’application de l’enseignement de Bouddha) se découpe en trois parties : le pariyatti (étude du dhamma) le paṭipatti (mise en pratique du dhamma) et le paṭivedha (réalisation du dhamma). Sans un minimum de pariyatti, le paṭipatti ne peut être clair. Sans le paṭipatti, le paṭivedha ne peut pas être accompli. Le pariyatti est comme une digue, le paṭipatti comme de l’eau, et le paṭivedha comme une fleur de lotus. Sans la présence de la digue, l’eau ne peut rester en place. Sans eau, le lotus ne peut fleurir.

Autre exemple : Le pariyatti est comme une méthode de préparation médicale, le paṭipatti comme l’utilisation d’un médicament, et le paṭivedha comme la guérison d’une maladie. Si on ne connaît pas la méthode de préparation du médicament, il ne sera pas possible de l’utiliser. Sans ce médicament, la maladie ne peut être traitée. Par conséquent, il est indispensable de suivre convenablement la voie du pariyatti, du paṭipatti, et du paṭivedha.

Ensuite, en accord avec cette juste voie, il convient de s’efforcer avec persévérance et vigilance, à l’aide d’une énergie bien établie.

Qu’est-ce que le corps ? C’est l’ensemble des agrégats physiques et mentaux (nāma et rūpa), y compris leurs perceptions (sañña). Un corps humain a des dimensions d’environ 1,80 mètre de long sur 30 centimètres de large. « Qui cherche le dhamma le trouve dans son corps » signifie qu’on peut accomplir la connaissance des quatre nobles vérités en notant avec précision et justesse les phénomènes physiques et mentaux qui apparaissent dans son propre corps. Cet enseignement est issu du texte pali aṅguttara.

Lorsque Bouddha demeurait au royaume de Sāvatthi, dans le monastère de Jetavana, un brahmā nommé Rohitassa est venu lui rendre visite. Il arriva vers minuit, le corps rayonnant, s’agissant d’un brahmā. Après s’être prosterné trois fois devant Bouddha, s’étant assis à une place convenable, joignant respectueusement les mains, le brahmā interrogea le Bienheureux à l’aide de ces paroles : « Vénérable Bouddha, est-il possible de parvenir à pied au bout de l’univers, là où il n’y a pas de naissance, ni de maladie, ni de vieillesse, ni de mort ? »

Bouddha répliqua : « Rohitassa, au bout de l’univers, là où il n’y a pas de naissance, ni de maladie, ni de vieillesse, ni de mort, c’est nibbāna ; et on ne peut y parvenir à pied, c’est impossible. »

Dans sa question, le brahmā Rohitassa fait référence à la fin du okāsa loka alors que Bouddha, dans sa réponse, fait référence à la fin du saṅkhāra loka. Cependant, cette question et cette réponse ne se contredisent pas, car la fin du okāsa loka peut très bien être pris pour la fin du saṅkhāra loka.

À ce moment-là, Rohitassa dit à Bouddha : « Vénérable Bouddha, dire qu’il n’est pas possible de parvenir à pied à nibbāna, je trouve cette réponse est vraiment très étonnante ! Permettez-moi de vous relater une anecdote de mon passé.

Dans une ancienne vie, je fus le fils d’un chasseur, du nom de Rohitassa. En renonçant à la vie de famille, je partis dans la forêt pour y mener une vie d’ermite en plein cœur de la forêt. En pratiquant la méditation sans relâche et avec détermination, je parvins à expérimenter des jhāna et à développer des abhiñña (pouvoirs psychiques). À cette époque, il me restait une centaine d’années à vivre. Je fus capable de faire le tour de l’univers durant le même temps que la flèche tirée par un archer habile traverse l’ombre d’un palmier. Je pus franchir l’océan de la rive est à la rive ouest, en un seul pas.

J’avais un profond désir de parvenir à la fin de l’univers. Ne pouvant taire cette soif de voyager, je mis de côté tout le temps nécessaire à l’alimentation et à la déjection, et consacrai la totalité du temps à parcourir l’univers. Je voyageai à une vitesse vertigineuse, grâce à mes pouvoirs psychiques, en espérant trouver la fin de l’univers. Sans y parvenir, je mourus et repris naissance dans le monde des brahmā, où je suis à présent.

Vénérable Bouddha, vous confirmez complètement mon expérience lorsque vous dites : « au bout de l’univers, là où il n’y a pas de naissance, ni de maladie, ni de vieillesse, ni de mort, c’est nibbāna ; et on ne peut y parvenir à pied, c’est impossible » ».

Bouddha déclara : « Rohitassa, si la fin de l’univers n’a pas été atteinte, cela signifie que la souffrance (dukkha) n’a pas été éteinte. Pour l’éteindre, il faut trouver les quatre nobles vérités (dukkha saccā, samudaya saccā, nirodha saccā et magga saccā) dans le corps. Pour y parvenir, la seule voie correcte est de chercher dans le corps. »

En bref, dukkha saccā (la noble vérité de la souffrance) se résume aux cinq agrégats. C’est précisément ce que notent les yogī lorsqu’ils portent leur attention sur le mouvement de chaque pas, sur le mouvement du gonflement et du dégonflement de l’abdomen, sur les visions, sur les sons, etc. Avant que les yogī s’entraînent à vipassanā, ils ne savent pas qu’il s’agit de dukkha saccā (la noble vérité de la souffrance). Aveuglés par le taṇhā, ils pensent que cela est agréable ou plaisant. Les visions, les sons et les autres sensations sont perçus comme des plaisirs.

Les attachements, l’avidité envers les sensations plaisantes sont justement samudaya saccā (la noble vérité de l’origine de la souffrance). Pour se débarrasser de dukkha saccā et de samudaya saccā, les yogī doivent développer le magga saccā. C’est en s’entraînant à vipassanā bhāvanā, c’est-à-dire à noter tous les phénomènes physiques et mentaux qui apparaissent à la conscience, que le magga saccā se développe. En notant avec persévérance tous ces phénomènes, tout yogī parviendra progressivement à développer vipassanā (la vision intérieure), et finalement, à parvenir au stade où tous les phénomènes physiques et mentaux n’apparaissent même plus ; cela s’appelle nibbāna. C’est pour cette raison que Bouddha nous a enseigné : « Qui cherche le dhamma le trouve dans son corps ».

Nous devons faire preuve de prudence, car beaucoup de commentateurs se méprennent sur cette phrase. Ils prétendent que Bouddha affirme que les quatre nobles vérités se trouvent dans le corps de chacun, et que de ce fait, il n’est nul besoin de fournir le moindre effort pour trouver le dhamma. Cette opinion est totalement incorrecte. Le dhamma découvert par Bouddha est très subtil. Certains enseignements nécessitent une bonne interprétation.

Premier exemple : une forêt constituée de tecks est appelée une forêt de tecks. Néanmoins, cela ne signifie pas pour autant qu’on y trouve que des tecks, qu’il ne peut y avoir d’autres espèces d’arbres.

Second exemple : lorsqu’on dit que le président Untel a effectué une visite à tel endroit, cela ne signifie pas qu’il se soit déplacé tout seul. Il était accompagné de ses gardes du corps, de ses secrétaires, et de toute sa suite. Cependant, on ne désigne que la personne principale. Ce moyen de parler s’appelle padhāna en pali. Un autre, qui s’appelle phalānumāna, consiste à la déduction d’une cause par la connaissance de son effet. Lorsque le niveau d’un fleuve déborde soudainement, inondant les alentours de ses eaux, nous en déduisons que c’est parce qu’il y a de violentes pluies qui arrosent la région de la source du fleuve. L’inondation est l’effet et la violente pluie la cause.

Troisième exemple : le moyen de parler qui s’appelle atthāpanna. Ne mangeant rien le jour, Devadatta avait l’estomac plein. Dans cette affirmation, sachant que Devadatta avait l’estomac plein, nous en déduisons qu’il mangeait durant la nuit.

Aussi, lorsque Bouddha nous dit que les quatre nobles vérités se trouvent dans notre propre corps, cela ne veut pas dire qu’elles se présentent comme un bloc solide, logé dans le corps. Ce n’est qu’en s’évertuant à développer magga saccā (la voie qui mène à nibbāna) que dukkha saccā peut être connu, et ainsi, samudaya saccā peut être extirpé. Autrement dit, c’est en développant la cause qu’est la contemplation des phénomènes physiques et mentaux que se produit l’effet qu’est nibbāna, leur cessation.

Ainsi, comme l’indique Bouddha dans son enseignement (qui cherche le dhamma le trouve dans son corps), puisse chaque yogī être capable de trouver les quatre nobles vérités en observant son propre corps, et parvenir alors à nibbāna, la cessation définitive de toute souffrance.

sādhu ! sādhu ! sādhu !

infos sur cette page

Origine : Enseignement délivré au centre Mahāsī de Yangon (Birmanie)

Auteur : Vénérable Jaṭila

Traducteur : Moine Dhamma Sāmi

Date : Mars 2003

Mise à jour : 17 juin 2005