Cliquez ici pour afficher normalement la page (avec mise en forme et graphisme). Si ça ne fonctionne pas, vérifiez que votre navigateur accepte JavaScript et supporte les CSS. Nous vous recommandons un navigateur respectant les standards, tel que : Google Chrome, Firefox, Safari…

Vous êtes ici : accueil > vipassanā > enseignements > visuddhi > kankhāvitarana
résumé de la page

Enseignement ā propos du développement de l’éradication du doute.

kaṅkhāvitaraṇa visuddhi (la pureté de l’affranchissement du doute)

L’enseignement d’aujourd’hui porte sur la pureté de l’affranchissement du doute, appelé kaṅkhāvitaraṇa visuddhi en pali. De nombreux doutes peuvent apparaître, comme à propos des trois temps, des renaissances, etc. Ces doutes peuvent être écartés grâce à la vue juste paccaya pariggaha ñāṇa, la connaissance percevant le processus des causes et effets. Selon le visuddhi magga, la réalisation de cette connaissance confère le statut de cūḷa sotāpana, ce qui procure la certitude de renaître dans les mondes supérieurs à l’issue de l’existence présente. Un yogī ne devrait toutefois pas se contenter de cela ; il devrait continuer son entraînement. Ainsi, afin que chacun puisse être écarté de tout doute et tout scepticisme, je vais vous livrer cet enseignement sur la pureté de l’affranchissement du doute.

Un puthujjana peut adopter huit sortes de doutes à propos du dhamma :

  1. Bouddha a-t-il existé ?
  2. L’enseignement de Bouddha est-il juste ?
  3. Les moines sont-ils de nobles êtres qui mettent en application l’enseignement de Bouddha ?
  4. Est-ce que sīla, samādhi et pañña constituent vraiment un entraînement important ?
  5. Y a-t-il des existences passées ?
  6. Y a-t-il des existences futures ?
  7. Y a-t-il à la fois des existences passées et des existences futures ?
  8. Est-ce que le paṭiccasamuppāda (le processus des 12 causes interdépendantes) enseigné par Bouddha est vrai ou n’est-ce qu’un simple concept ?

Un puthujjana peut adopter seize sortes de doutes à propos de soi :

les cinq doutes à propos du passé

  1. Ai-je existé dans le passé ?
  2. N’ai-je pas existé dans le passé ?
  3. Qu’ai-je été dans le passé ?
  4. Comment étais-je dans le passé ?
  5. De là, dans quelle vie ai-je abouti ?

les cinq doutes à propos du futur

  1. Existerai-je dans le futur ?
  2. N’existerai-je plus dans le futur ?
  3. Que serai-je dans le futur ?
  4. Comment serai-je dans le futur ?
  5. De là, dans quelle vie aboutirai-je ?

les six doutes à propos du présent

  1. Suis-je réel ?
  2. Ne suis-je pas réel ?
  3. Que suis-je ?
  4. Comment suis-je ?
  5. D’où viens-je ?
  6. Où vais-je ?

Les doutes sont nombreux à propos du cycle des renaissances. Certains se demandent pourquoi ils sont actuellement dans le monde humain. Beaucoup croient qu’ils ont tous été créés par un Dieu. Certains croient que les êtres surgissent par une loi naturelle de prédestination. Certains croient qu’ils surgissent à travers leurs parents. Certains croient qu’après la mort du corps, il y a une âme qui se déplace vers un nouveau corps. Tous ces doutes peuvent être écartés par paccayapariggaha ñāṇa, la connaissance du processus des causes et effets. Cette connaissance, qui peut être réalisée grâce à un entraînement soutenu à satipaṭṭhāna, correspond à kaṅkhāvitaraṇa (la pureté de l’affranchissement du doute).

Les causes et effets sont de trois types :

  1. paccaya samudaya ou paṭiccasamuppāda, apparition dépendant d’une origine
  2. kamma samudaya, apparition dépendant d’une action
  3. khaṇika samudaya, apparition d’instant en instant

1. Dans le paṭiccasamuppāda, l’ignorance des quatre nobles vérités est la première liaison du processus de la vie. Voici tout le processus :

  • En raison de l’ignorance apparaissent les formations mentales ;
  • En raison des formations mentales apparaît la conscience ;
  • En raison de la conscience apparaissent les phénomènes physiques et mentaux ;
  • En raison des phénomènes physiques et mentaux apparaissent les six sphères des sens ;
  • En raison des six sphères des sens apparaît le contact ;
  • En raison du contact apparaît la sensation ;
  • En raison de la sensation apparaît le désir passionné ;
  • En raison du désir passionné apparaît l’attachement ;
  • En raison de l’attachement apparaît le devenir ;
  • En raison du devenir apparaît la naissance ;
  • En raison de la naissance apparaissent la décrépitude, la mort, les lamentations, les peines, les douleurs, les chagrins, les désespoirs.

2. Dans le kamma samudaya, il y a l’acte et le résultat ; un acte sain produira un résultat favorable et un acte malsain produira un résultat défavorable. À ce propos, un jeune homme du nom de Subha s’approcha de Bouddha pour lui demander : « Vénérable Bouddha, parmi les êtres, pourquoi certains naissent-ils dans des conditions supérieures alors que d’autres naissent dans des conditions inférieures ? Pourquoi certains naissent-ils en bonne santé alors que d’autres naissent en mauvaise santé ? Pourquoi certains naissent-ils beaux alors que d’autres naissent laids ? Pourquoi certains naissent-ils dans des conditions riches alors que d’autres naissent dans des conditions pauvres ? Pourquoi certains naissent-ils intelligents alors que d’autres naissent stupides ? Pourquoi certains ont-ils une vie longue alors que d’autres ont une vie courte ? »

Bouddha répondit très brièvement : « Ces différences sont dues au résultat du kamma. Ce sont les actions des êtres qui les font renaître dans des conditions différentes. » La réponse étant trop courte pour l’éclairer, le jeune Subha sollicita une explication plus précise auprès de Bouddha. Le Bienheureux développa alors sa réponse de manière plus détaillée :

« Subha, la condition des êtres dépend des actions commises précédemment. Commettre un meurtre est la cause, l’existence courte est l’effet ; s’abstenir de nuire à la vie des êtres est la cause, la longue existence est l’effet ; se livrer à toutes sortes d’oppressions à l’égard des autres est la cause, la mauvaise santé est l’effet ; faire preuve de bienveillance à l’égard des autres est la cause, la bonne santé est l’effet ; se mettre toujours en colère est la cause, renaître dans les apāya est l’effet ; être patient et aimable est la cause, bénéficier d’une belle apparence est l’effet ; la jalousie du succès ou de la richesse d’autrui est la cause, avoir peu d’amis est l’effet ; se réjouir avec bonté du succès et de la richesse d’autrui est la cause, avoir de nombreux amis est l’effet ; la pratique généreuse du don est la cause, le succès et la richesse sont l’effet ; l’avarice est la cause, la pauvreté est l’effet ; le fait de refuser d’enseigner son savoir aux autres est la cause, l’inintelligence est l’effet ; le fait d’enseigner généreusement son savoir aux autres est la cause, l’intelligence est l’effet. »

3. Dans le khaṇika samudaya, chaque effet apparaît simultanément après chaque cause. C’est ce type de causes et effets que tout yogī expérimente chaque fois qu’il note les perceptions qui apparaissent les unes après les autres. Lorsque le yogī note durant la marche, il s’aperçoit que l’intention d’effectuer un pas apparaît avant le pas. Il comprend alors que l’intention d’effectuer le pas est la cause, et le pas est l’effet. À l’identique, il comprend que le mouvement du pas est la cause, et le fait de noter ce mouvement est l’effet. En notant « lever, avancer, poser », les intentions de lever, d’avancer et de poser le pied sont les causes, et les mouvements de levée, d’avancée et de poser du pied sont les effets ; ces mouvements sont les causes et le fait de les noter est les effets. Dans les changements de posture, l’intention de se mettre debout ou assis est l’intention, le fait d’être debout ou assis est l’effet ; le fait d’être debout ou assis est la cause, le fait de noter ces postures est l’effet. En notant le mouvement de l’abdomen, ce mouvement est la cause, le fait de le noter est l’effet. Ainsi, en notant les perceptions apparaissant par les six portes sensorielles, le yogī s’aperçoit qu’il n’y a que des causes et des effets qui se succèdent les uns après les autres.

Lorsqu’un son est entendu, la plupart des gens pensent qu’il est directement entendu. En réalité, il n’en est pas ainsi ; si un son apparaît, c’est parce qu’il est l’effet d’une cause.

Pour qu’une vision puisse être notée, il faut…

  1. un bon œil
  2. la présence de lumière
  3. le fait d’avoir le regard dirigé sur l’objet
  4. la conscience qui connaît la perception visuelle

Ces quatre facteurs sont la cause et la vision est l’effet. La vision est la cause et le fait de la noter est l’effet.

Pour qu’un son puisse être noté, il faut…

  1. une bonne oreille
  2. la présence d’un son
  3. l’absence d’obstacle entre l’oreille et le son
  4. la conscience qui connaît la perception auditive

Ces quatre facteurs sont la cause et l’audition est l’effet. L’audition est la cause et le fait de la noter est l’effet.

Pour qu’un goût puisse être noté, il faut…

  1. une bonne langue
  2. la présence d’un goût
  3. la présence d’un élément liquide (l’humidité de la langue)
  4. la conscience qui connaît la perception gustative

Ces quatre facteurs sont la cause et le goût est l’effet. Le goût est la cause et le fait de le noter est l’effet.

Pour qu’un toucher puisse être noté, il faut…

  1. une partie sensible (aux sensations tactiles) du corps
  2. la présence d’un objet matériel
  3. un contact physique entre le corps et l’objet
  4. la conscience qui connaît la perception tactile

Ces quatre facteurs sont la cause et le toucher est l’effet. Le toucher est la cause et le fait de le noter est l’effet.

Pour qu’une odeur puisse être notée, il faut…

  1. un bon nez
  2. la présence d’une odeur
  3. un mouvement de l’air (qui permet de véhiculer l’odeur)
  4. la conscience qui connaît la perception olfactive

Ces quatre facteurs sont la cause et l’odeur est l’effet. L’odeur est la cause et le fait de la noter est l’effet.

Ainsi, les effets ne se produisent que s’il y a une cause ; s’il n’y a pas de cause, il ne peut pas y avoir d’effet. Dès lors que le yogī voit que tout est seulement une suite de causes et d’effets, il est libre de doutes. De ce fait, il comprend que le processus des causes qui engendrent de nouvelles existences. Quelle est la cause d’une nouvelle existence ? Ce sont les formations mentales, enracinées dans l’ignorance et le désir, qui causent la renaissance. Les actions passées conditionnent le devenir présent ; les actions présentes conditionnent le devenir futur.

Si le yogī n’est pas capable de noter tous les phénomènes physiques et mentaux qui apparaissent, cela est en partie dû à l’ignorance qui masque la compréhension juste. L’ignorance provoque l’attachement, et l’attachement mène au désir. En raison de ce dernier, le yogī ne peut pas demeurer immobile sans se laisser aller, sans suivre ses envies. Nous constatons ainsi que l’ignorance, le désir et l’attachement sont les causes du kamma, c’est-à-dire de l’action. Néanmoins, les actes méritoires accomplis par les arahant sont purs, car ces êtres n’ont plus aucune souillure mentale — kilesā. Les autres êtres étant pourvus de souillures mentales, leurs actions en sont imprégnées ; ce qui leur procure inéluctablement une nouvelle naissance. La potentialité d’une action à produire son effet lui est inhérente. Une nouvelle existence ne surgit jamais spontanément. L’action dans la vie présente est une cause dont une nouvelle vie est l’effet.

À propos des causes et effets, les aṭṭhakathā délivrent des analogies :

Un son émis en montagne est la cause et l’écho qui répond est l’effet. L’écho est une réflexion de son, produite par l’impact des ondes sonores sur une matière dure. Il n’est pas le transfert du son original à un endroit éloigné.

Une personne devant un miroir est la cause et l’image reflétée dans le miroir est l’effet. L’image reflétée n’est pas la personne.

Une bougie allumée donne sa flamme à une autre bougie : la flamme de la première est la cause et la flamme de la deuxième est l’effet. La flamme de la nouvelle bougie n’est évidemment pas celle de la première.

Un tampon est la cause et l’impression sur le papier est l’effet. L’impression laissée est comme le tampon, mais elle n’est pas le tampon lui-même, même si elle ne peut pas se faire sans lui.

Ainsi, la cause produit l’effet ; l’effet explique la cause. De bons kusala produisent de bons résultats, et des akusala produisent de mauvais résultats. C’est en raison des causes que se produisent les effets. Quand le yogī prend conscience que tout ce qui se produit est l’effet engendré par une cause, il est débarrassé des huit doutes sur le dhamma et des huit doutes sur soi, il s’affranchi alors du doute. Cela est kaṅkhāvitaraṇa visuddhi, la pureté de l’affranchissement du doute.

Pour conclure cet enseignement, je souhaiterai à tous les yogī d’être capables de remplir les sept visuddhi et de progresser dans le développement de vipassanā. Puissiez-vous tous réaliser la connaissance du processus des causes et effets, et parvenir le plus rapidement possible à nibbāna, la cessation définitive de toute souffrance !

sādhu ! sādhu ! sādhu !

infos sur cette page

Origine : Enseignement délivré au centre Mahāsī de Yangon (Birmanie)

Auteur : Vénérable Jaṭila

Traducteur : Moine Dhamma Sāmi

Date : Mars 2003

Mise à jour : 17 juin 2005